Le gouvernement congolais poursuit ses efforts pour stabiliser l’approvisionnement en produits pétroliers. Dans ce cadre, une mission officielle du gouvernement congolais vient d’être menée au Nigeria par le Vice-Premier ministre en charge de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba.
Cette démarche s’inscrit dans une stratégie plus large engagée par l’exécutif afin de réduire les tensions récurrentes observées sur le marché intérieur des carburants.
Lors de ce déplacement, une réunion a été organisée avec l’homme d’affaires nigérian Aliko Dangote, dont le groupe a investi dans l’une des plus grandes raffineries du continent. Les échanges ont porté sur la possibilité d’un approvisionnement direct du marché congolais.
Lancée il y a un an et demi, la raffinerie était initialement censée atteindre sa pleine capacité début 2025. Mais des contraintes liées à l’approvisionnement en brut ont retardé cette trajectoire.
Dans un communiqué daté du mercredi 11 février, la raffinerie Dangote a annoncé avoir atteint sa pleine capacité nominale de 650 000 barils par jour, devenant la première raffinerie au monde à réaliser un tel niveau de production sur une seule unité.
Cette performance repose sur l’optimisation de l’unité de distillation de pétrole brut et du bloc de production d’essence, consolidant la stabilité opérationnelle de la plus grande installation de raffinage d’Afrique.
La montée en régime se traduit déjà en volumes concrets. La raffinerie a fourni entre 45 et 50 millions de litres d’essence par jour durant la période festive récente. Avec des installations désormais pleinement opérationnelles, elle pourrait livrer jusqu’à 75 millions de litres par jour sur le marché domestique.
Réduire la dépendance et élargir les options
La RDC reste dépendante de circuits d’importation concentrés, ce qui expose le pays aux aléas du marché international. Cette configuration limite la marge de manœuvre des autorités, notamment en période de hausse des prix ou de perturbations logistiques.
En se tournant vers le Nigeria, Kinshasa cherche à diversifier ses partenaires et à renforcer la sécurité d’accès aux produits pétroliers. Le recours à une capacité de raffinage africaine pourrait également réduire certains coûts intermédiaires liés aux importations lointaines.
Une réponse à la volatilité du marché
Le marché pétrolier international demeure instable. Les variations de prix, souvent rapides, se répercutent directement sur les économies importatrices comme la RDC. Dans ce contexte, multiplier les sources d’approvisionnement permet de limiter les ruptures et d’ajuster plus rapidement les flux en fonction des conditions du marché.
Cette approche vise aussi à améliorer la visibilité des autorités sur les volumes disponibles et les coûts, deux éléments essentiels pour encadrer la politique des prix domestiques.
Les analystes considèrent la raffinerie de Dangote comme un projet structurant pour le Nigeria. Avec une capacité de 650 000 barils par jour, elle pourrait générer jusqu’à 10 milliards de dollars d’économies annuelles en devises, en réduisant fortement les importations de produits raffinés qui dépassaient 80 %.
Cette transformation devrait stabiliser l’approvisionnement en carburants, limiter la volatilité des prix et réduire les pénuries récurrentes, tout en soutenant des industries en aval comme la pétrochimie et les engrais.
En octobre dernier, Aliko Dangote a annoncé un projet d’extension de la capacité à 1,4 million de barils par jour.
Cette expansion vise notamment à renforcer les activités pétrochimiques, avec la production d’alkylbenzènes linéaires et d’huiles de base, et à porter la production annuelle de polypropylène de 1 à 1,5 million de tonnes métriques.
Une piste à consolider
Les discussions engagées avec le groupe Dangote n’en sont qu’à un stade préliminaire. Leur concrétisation dépendra de plusieurs paramètres, notamment les conditions commerciales, les volumes disponibles et les modalités de transport.
Les spécialistes du secteur énergétique estiment que cette ouverture vers le Nigeria est cohérente avec les défis actuels du pays.
La diversification des sources d’approvisionnement est souvent présentée comme un levier immédiat pour réduire les risques de rupture.
Toutefois, ils rappellent que la question logistique reste déterminante. Le transport des produits pétroliers depuis l’Afrique de l’Ouest vers la RDC peut engendrer des coûts significatifs, en l’absence de corridors intégrés ou d’infrastructures adaptées.
La compétitivité des prix constituera également un facteur décisif. Si les produits raffinés au Nigeria s’avèrent plus attractifs que ceux issus des circuits traditionnels, l’intérêt économique sera réel. Dans le cas contraire, l’impact restera limité.
Enfin, plusieurs analystes insistent sur la nécessité d’un effort parallèle au niveau national. L’amélioration des capacités de stockage, la modernisation des infrastructures et, à plus long terme, le développement d’unités locales de transformation apparaissent comme des étapes essentielles pour renforcer durablement la sécurité énergétique du pays.
DecryptEco
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