-
Au rythme actuel d’adoption, l’intelligence artificielle n’ajouterait que 0,2 % au niveau du PIB régional au terme de la prochaine décennie.
-
Le gain pourrait approcher 4 % avec une électricité plus fiable, un Internet abordable, davantage de compétences numériques et une diffusion rapide dans les secteurs productifs.
L’intelligence artificielle promet de transformer l’économie mondiale, mais l’Afrique subsaharienne pourrait n’en recueillir qu’une faible part. Avec ses infrastructures et son niveau de préparation actuels, la région n’enregistrerait qu’un supplément de PIB de 0,2 % en dix ans, selon une étude des services du Fonds monétaire international publiée le 21 juillet 2026.
Ce chiffre ne correspond ni à une prévision de croissance annuelle ni à une hausse de 0,2 point chaque année. Il mesure l’écart entre le niveau de production obtenu après dix ans d’adoption de l’IA et celui d’une économie qui n’aurait pas davantage recours à cette technologie. Il s’agit d’une simulation, non d’une prévision ferme.
Le résultat change fortement lorsque l’IA touche davantage d’entreprises, accélère la productivité agricole et encourage de nouveaux investissements. Le scénario le plus favorable porte le supplément de PIB à environ 4 % sur la décennie. Cette progression représenterait, par simple moyenne, près de 0,4 point par an, sans supposer que les gains apparaîtraient de manière régulière.
Les réseaux électriques et numériques freinent aujourd’hui cette diffusion. Seuls 53 % des habitants de la région ont accès à l’électricité et 38 % à Internet. Les délestages interrompent les services, les connexions restent coûteuses et de nombreuses entreprises manquent de personnel capable d’intégrer ces outils dans leur production.
Les premiers gains pourraient venir de secteurs éloignés des grands groupes technologiques.
Dans l’agriculture, des services numériques peuvent transmettre les prévisions météorologiques, repérer les maladies des cultures et guider l’utilisation des semences ou des engrais. Des applications testées en Côte d’Ivoire, au Kenya, au Mali, au Nigeria et au Rwanda ont déjà montré leur capacité à soutenir les rendements.
L’éducation offre un autre terrain d’application. Au Nigeria, des expériences de tutorat assisté par l’IA ont produit des progrès comparables à ceux de 1,5 à deux années d’enseignement traditionnel, selon les travaux cités par le FMI.
Les administrations fiscales peuvent aussi analyser plus rapidement les déclarations, sélectionner les contrôles et détecter certaines irrégularités.
La région n’a donc pas besoin de commencer par construire ses propres modèles géants. Elle peut adopter des outils existants, les adapter aux langues locales et les connecter aux besoins des agriculteurs, des écoles, des hôpitaux et des petites entreprises.
Sans électricité stable, connexion abordable et formation, l’IA restera concentrée dans quelques entreprises urbaines. Avec ces bases, elle peut devenir un outil de production largement utilisé plutôt qu’une technologie réservée à une minorité.
DecryptEco
Laisser un commentaire