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Zimbabwe : la Banque mondiale met en garde contre une dédollarisation précipitée autour du ZiG

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  • La Banque mondiale estime qu’un passage trop rapide à un système monétaire reposant uniquement sur le Zimbabwe Gold (ZiG) pourrait provoquer des sorties de capitaux, raviver le marché parallèle des devises et fragiliser les progrès récents de stabilisation.

  • Le gouvernement vise une transition vers une monnaie unique d’ici 2030, mais près des deux tiers de la valeur des paiements restent effectués en dollars américains et les réserves de change demeurent inférieures au seuil de trois à six mois d’importations recherché par les autorités.

La Banque mondiale appelle le Zimbabwe à ne pas précipiter sa sortie du système multidevises au profit du Zimbabwe Gold (ZiG). Dans son Zimbabwe Growth and Jobs Report, daté du 2 septembre et rendu public le 4 septembre 2026, l’institution estime que la transition vers un système reposant uniquement sur la monnaie locale comporte un risque de « dédollarisation prématurée » si elle intervient avant que la confiance dans le ZiG et les fondamentaux monétaires ne soient suffisamment consolidés.

Introduit le 5 avril 2024, le ZiG est une monnaie structurée adossée à un ensemble d’actifs comprenant des devises étrangères et des métaux précieux, principalement de l’or. Il circule actuellement aux côtés du dollar américain et d’autres devises. Les autorités ont fixé à 2030 l’horizon d’une transition vers un système de monnaie unique dans lequel les transactions domestiques seraient effectuées en monnaie locale.

La question centrale reste toutefois la confiance. Malgré l’amélioration récente de certains indicateurs, l’économie demeure fortement dollarisée. Le FMI indiquait en juin 2026 qu’environ deux tiers de la valeur des transactions du système national de paiement étaient encore libellés en dollars américains. L’institution relevait également une part toujours élevée des dépôts bancaires en devises, signe que ménages et entreprises continuent largement d’utiliser le dollar comme moyen de paiement et réserve de valeur.

La situation s’est néanmoins stabilisée par rapport aux épisodes d’instabilité monétaire précédents. La Banque mondiale relève que la discipline budgétaire et monétaire a permis de ramener l’inflation en monnaie locale à un niveau annuel à un chiffre au début de 2026, une première depuis 1997. Entre 2021 et 2025, la croissance réelle du PIB a par ailleurs atteint près de 6 % en moyenne annuelle.

La Reserve Bank of Zimbabwe fait également état d’une progression de l’utilisation du ZiG. Les paiements électroniques dans la monnaie locale, qui représentaient environ 20 % des transactions en 2024, ont atteint en moyenne 35 % à 40 % en 2025. Les réserves en or et en devises sont parallèlement passées de 276 millions USD en avril 2024 à environ 1,2 milliard USD fin 2025.

Mais le niveau des réserves reste l’un des principaux obstacles au passage à une monnaie unique. À fin mars 2026, elles s’établissaient autour de 1,4 milliard USD, soit environ 1,5 mois d’importations. Or la stratégie officielle zimbabwéenne retient comme condition préalable un niveau équivalent à trois à six mois d’importations, ainsi qu’une inflation faible et stable, un marché des changes fonctionnel, un taux de change relativement stable et une demande plus forte pour le ZiG.

La Banque centrale elle-même a donc nuancé le caractère automatique de l’échéance de 2030. Dans sa politique monétaire 2026, elle précise que le passage à la monnaie unique doit être guidé par la réalisation de ces conditions préalables plutôt que par une date fixe. Les comptes en devises pourraient subsister, mais les transactions domestiques seraient, à terme, réalisées en monnaie locale.

L’expérience de 2019 explique cette prudence. Le précédent processus de dédollarisation, engagé avant que la confiance dans la monnaie nationale ne soit rétablie, avait été accompagné d’une nouvelle poussée inflationniste, d’écarts entre taux de change officiel et parallèle et d’une forte préférence pour le dollar. Pour la Banque mondiale, le risque consiste donc moins dans l’objectif de restaurer une monnaie nationale dominante que dans la vitesse et l’ordre des réformes nécessaires pour y parvenir.

Les prochains indicateurs à suivre seront la part du ZiG dans les paiements et les dépôts, l’évolution du différentiel entre taux officiel et parallèle, l’accumulation des réserves internationales et leur couverture des importations. Le franchissement durable du seuil de trois mois de réserves constituerait notamment une étape mesurable vers les conditions que Harare s’est lui-même fixées avant une éventuelle sortie du système multidevises.

DecryptEco

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