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RDC : 1,25 milliard de dollars levés, mais une dette à près de 9 % n’a pas droit à l’échec

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  • Vendredi 3 juillet 2026, devant les députés réunis en séance plénière au Palais du Peuple, la Commission ECOFIN a détaillé les échanges avec le gouvernement sur la traçabilité des fonds issus du premier eurobond de la RDC et les projets appelés à en bénéficier.

  • Kinshasa promet d’écarter les dépenses courantes et de concentrer l’argent sur des infrastructures, l’énergie et la connectivité. Mais avec des rendements de 8,75 % et 9,50 %, le vrai test commence maintenant : transformer une dette chère en actifs capables de créer durablement plus de valeur qu’ils n’en coûtent.

La RDC a réussi son entrée sur les marchés internationaux. Elle doit maintenant réussir quelque chose de plus difficile : transformer de l’argent cher en croissance réelle.

Vendredi 3 juillet 2026, au Palais du Peuple, le sujet s’est invité au cœur de la séance plénière consacrée au rapport de la Commission économique, financière et contrôle budgétaire sur le projet de loi de finances rectificative 2026.

Devant les députés, le président de la Commission ECOFIN, Guy Mafuta Kabongo, a expliqué que les discussions avec le gouvernement avaient porté sur le montant de l’emprunt, les taux d’intérêt, la mobilisation des ressources, leur traçabilité dans le budget de l’État et la liste des projets à financer.

L’engagement présenté aux élus est clair : pas de salaires, pas de fonctionnement ordinaire, pas de dépenses courantes. Les fonds doivent aller vers des investissements structurants capables d’améliorer la connectivité, l’accès à l’énergie et le capital humain.

Cette promesse arrive avec une contrainte : l’argent n’est pas bon marché.

En avril, la RDC a levé 1,25 milliard de dollars lors de sa première émission souveraine internationale. L’opération comprend une tranche de 600 millions de dollars à 8,75 % et une autre de 650 millions à 9,50 %. Les ordres ont dépassé 5 milliards de dollars, signe d’un fort appétit des investisseurs pour les titres congolais.

Mais une forte demande n’efface pas le coût de la dette.

La première enveloppe de 650 millions de dollars doit notamment financer la modernisation et l’extension de l’aéroport international de N’djili, la route Kisangani–Bafwasende, l’aéroport de Luano, une rocade à péage de 31 kilomètres autour de Kinshasa, des lignes électriques de 330 kV vers la Zambie et la centrale hydroélectrique de Katende.

Sur le papier, la logique tient. Une route peut réduire les coûts de transport. Une ligne électrique peut soutenir l’industrie. Un aéroport modernisé peut fluidifier les échanges. Une centrale peut lever une partie du verrou énergétique qui freine l’activité.

Mais à près de 9 %, une infrastructure n’a pas le luxe de rester longtemps une promesse.

Un chantier retardé immobilise du capital. Un projet mal calibré produit moins de valeur qu’attendu. Un dépassement de coûts réduit le rendement économique de l’investissement. Et pendant ce temps, la dette continue d’exister.

C’est ici que la traçabilité devient autre chose qu’un slogan de bonne gouvernance. Elle devient une question de solvabilité future.

S&P Global Ratings a d’ailleurs souligné le changement d’échelle : avant l’opération, le coût moyen du financement extérieur congolais, largement concessionnel, était estimé autour de 2 %. Le passage aux marchés internationaux ouvre donc une nouvelle source de financement, mais à un prix nettement supérieur.

Le gouvernement devra désormais montrer où va chaque dollar, combien chaque chantier absorbe, quels retards apparaissent et quels résultats sont réellement produits.

Car le succès du livre d’ordres ne prouve qu’une chose : les investisseurs ont voulu acheter la dette congolaise aux conditions proposées. Il ne garantit ni la qualité des projets, ni leur exécution, ni leur rentabilité économique.

La RDC vient ainsi de franchir une frontière importante. Elle peut désormais lever des milliards sur les marchés internationaux. Mais cette capacité impose une discipline nouvelle : l’argent reçu aujourd’hui engage les recettes publiques de demain.

À près de 9 %, la dette congolaise n’a pas seulement besoin de traçabilité. Elle a besoin de résultats. Les marchés ont déjà versé l’argent. Désormais, le véritable test commence sur les chantiers.

DecryptEco

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