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Au moins 20 personnes sont mortes, 80 ont survécu et plus d’une centaine restent portées disparues après le naufrage d’une baleinière à la confluence des rivières Kasaï et Sankuru, dans le territoire d’Ilebo.
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Les premiers récits font état d’une embarcation lourdement chargée et d’un départ nocturne destiné à contourner les contrôles. Six mois après de nouvelles promesses de sanctions contre les violations des règles de navigation, le drame pose une question simple : pourquoi les mêmes risques continuent-ils d’embarquer ?
En République démocratique du Congo, un bateau peut quitter un port avec plus de 200 personnes à bord. Puis disparaître dans la nuit. Et laisser derrière lui un bilan que personne n’est encore capable de fixer définitivement.
C’est ce qui s’est produit à Ilebo, dans la province du Kasaï. Une baleinière transportant des passagers et des marchandises a sombré à la jonction des rivières Kasaï et Sankuru. Le bilan provisoire communiqué par les autorités fait état de 20 morts et de 80 rescapés. Plus d’une centaine de personnes sont encore recherchées.
Parmi les passagers figuraient de nombreux élèves qui rentraient après les épreuves de l’Examen d’État.
Les circonstances exactes doivent encore être établies. Mais plusieurs sources locales convergent sur un point : l’embarcation était fortement chargée. Radio Okapi rapporte qu’elle aurait quitté le port vers 22 heures pour échapper aux contrôles de sécurité. À l’approche de la confluence, elle se serait brisée avant de sombrer. Des pêcheurs présents à proximité ont sauvé 80 personnes.
Il faut ici résister à une conclusion trop rapide. À ce stade, une enquête reste nécessaire pour établir la chaîne précise des responsabilités. Mais… à quoi servent les règles si une embarcation peut encore partir dans de telles conditions ?
La question est d’autant plus lourde que les alertes ne datent pas d’hier.
En décembre 2025, après un autre naufrage près de Mbandaka, le gouvernement avait promis que le non-respect des règles de navigation ne serait toléré « sous aucune forme ». Dix personnes avaient alors été transférées à Kinshasa après les enquêtes, parmi lesquelles des marins, des civils et des policiers.
Six mois plus tard, Ilebo replonge le pays dans le même débat.
Le problème n’est donc pas seulement de savoir si la RDC possède des règles. Il est de savoir si ces règles empêchent réellement un départ dangereux avant qu’il ne devienne un bilan mortel.
Car la surcharge peut aussi obéir à une logique économique. Plus de passagers et plus de marchandises peuvent signifier davantage de recettes. Si le contrôle est évitable, si le départ nocturne ouvre une brèche et si la sanction reste incertaine, le risque peut finir par être intégré au fonctionnement ordinaire du transport.
Ce n’est pas encore une responsabilité établie dans le cas d’Ilebo. C’est une hypothèse de gouvernance que la répétition des naufrages rend difficile à écarter.
Pour les passagers, en revanche, le calcul est brutal. Dans de nombreuses zones mal desservies par la route, le transport fluvial n’est pas un confort. C’est parfois le seul moyen réaliste de rentrer chez soi, de vendre une marchandise, de rejoindre une école ou de maintenir une activité économique.
Le voyageur choisit alors moins son niveau de risque qu’il ne le subit.
La société civile d’Ilebo accuse les armateurs de privilégier le profit et réclame des contrôles plus stricts, y compris la nuit, ainsi que le port obligatoire de gilets de sauvetage. Ces demandes visent le cœur du problème : une règle n’est dissuasive que si son contournement devient plus difficile et plus coûteux que son respect.
Ilebo ne prouve pas encore toutes les défaillances. L’enquête devra dire qui savait, qui a laissé partir l’embarcation et quelles règles ont été violées.
Mais une chose est déjà certaine : au moins 20 personnes sont mortes, plus d’une centaine manquent encore à l’appel et, une nouvelle fois, les pêcheurs ont dû devenir les premiers sauveteurs.
En RDC, le vrai test de la sécurité fluviale ne viendra pas des sanctions annoncées après les naufrages. Il viendra du prochain bateau dangereux qui, cette fois, ne quittera pas le port.
DecryptEco
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