Accueil Finance RDC : Wameso estime que les dépenses sécuritaires ne menacent pas, à ce stade, la stabilité du franc
Finance

RDC : Wameso estime que les dépenses sécuritaires ne menacent pas, à ce stade, la stabilité du franc

Partager
Partager
  • Le gouverneur de la Banque centrale du Congo, André Wameso, estime que l’importance des dépenses sécuritaires et d’urgence ne constitue pas, dans les conditions actuelles, une menace majeure pour la stabilité du franc congolais. La progression des recettes publiques permet au Trésor d’absorber une partie importante de ces charges sans recourir au financement monétaire.

  • L’appréciation du franc produit également des effets directs sur le pouvoir d’achat des ménages rémunérés en monnaie nationale, particulièrement lorsque leurs dépenses sont facturées en dollars. Cet avantage reste toutefois variable selon la structure des revenus et des dépenses de chaque ménage.

Les dépenses sécuritaires élevées supportées par l’État ne conduisent pas nécessairement à une déstabilisation du franc congolais. Lors d’un Space organisé sur X le 13 août par le journaliste Stanis Bujakera, le gouverneur de la Banque centrale du Congo, André Wameso, a insisté sur la capacité actuelle du Trésor à financer ces charges grâce à la progression des recettes publiques.

Cette distinction est importante dans une économie fortement dollarisée. Une augmentation des dépenses de l’État devient particulièrement préoccupante pour la monnaie lorsqu’elle débouche sur une création monétaire destinée à couvrir les besoins du Trésor. L’augmentation des liquidités en francs peut alors accroître la demande de devises, exercer une pression sur le taux de change et, par la suite, alimenter l’inflation.

Ce mécanisme n’est pas celui que décrit actuellement le gouverneur. La hausse des recettes permet au Gouvernement de supporter une partie des dépenses exceptionnelles sans transférer directement leur financement au bilan de la Banque centrale.

Cette lecture rejoint l’évaluation récente du Fonds monétaire international. En juin, le FMI estimait que les performances des recettes publiques, soutenues notamment par les cours favorables des matières premières et différentes mesures fiscales, compensaient largement la pression persistante des dépenses sécuritaires. L’institution considère néanmoins que la discipline budgétaire doit être maintenue afin de préserver les investissements et les dépenses sociales.

Le contexte sécuritaire reste donc une contrainte importante pour les finances publiques, sans constituer mécaniquement une source d’instabilité monétaire.

L’impact sur le franc dépend notamment de la capacité de l’État à mobiliser suffisamment de ressources et du mode de financement utilisé pour couvrir ses besoins.

André Wameso met également en avant un autre effet de l’évolution récente du taux de change : l’amélioration du pouvoir d’achat des revenus payés en francs congolais.

L’effet est particulièrement visible pour les ménages qui perçoivent leur salaire en monnaie nationale mais supportent certaines charges en dollars. Le Gouverneur prend l’exemple d’un revenu mensuel de 2,85 millions CDF assorti d’un loyer de 500 dollars. Lorsque le dollar s’échangeait autour de 2 850 CDF, un revenu de 2,85 millions CDF représentait environ 1 000 dollars.

Avec un franc évoluant désormais autour de 2 200 à 2 300 CDF pour un dollar, le même revenu représente plus de 1 200 dollars. Pour un salaire inchangé en francs, la capacité à couvrir une dépense fixée en dollars s’est donc sensiblement améliorée.

L’ordre de grandeur d’un gain proche de 300 dollars avancé par le gouverneur correspond à cette évolution du taux de change. Il s’agit toutefois d’un gain de pouvoir d’achat en termes de change et non d’une augmentation nominale du salaire.

L’amélioration n’est pas non plus uniforme pour l’ensemble de la population. Elle bénéficie directement aux personnes rémunérées en francs qui achètent des biens importés ou acquittent des charges libellées en dollars. À l’inverse, une personne dont les revenus sont principalement en dollars reçoit moins de francs lorsqu’elle convertit ses devises.

L’appréciation du franc a également contribué à la forte décélération de l’inflation. Le FMI relève que l’inflation est tombée à 2,5 % à fin avril 2026 après l’appréciation marquée du franc intervenue à partir d’octobre 2025.

Pour la BCC, la stabilité monétaire ne se mesure donc pas uniquement à l’évolution quotidienne du cours du dollar. Elle se traduit aussi par la maîtrise de l’inflation, la préservation du pouvoir d’achat et la capacité de l’État à financer ses dépenses sans provoquer une expansion excessive de la liquidité.

La consolidation de ces résultats dépendra toutefois du maintien de la discipline budgétaire, de la mobilisation des recettes et d’une coordination étroite entre le Gouvernement et la Banque centrale.

Dans un contexte marqué par des dépenses sécuritaires élevées, cette combinaison reste déterminante pour éviter que la contrainte budgétaire ne se transforme en pression monétaire.

DecryptEco

Partager

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *