- L’Inspection générale des finances annonce l’abandon progressif de la « patrouille financière » au profit d’un contrôle systémique basé sur la data, la traçabilité et l’intelligence artificielle.
- L’institution affirme avoir détecté plusieurs irrégularités dans les dépenses publiques et identifié plus de 38 000 agents fictifs lors des audits menés dans les administrations et entreprises publiques.
L’Inspection générale des finances (IGF) engage une nouvelle phase de modernisation de ses mécanismes de contrôle des finances publiques en République démocratique du Congo.
Lors d’une conférence de presse organisée ce mercredi 20 mai 2026 au siège de l’institution à Kinshasa, l’inspecteur général chef de service, Christophe Bitasimwa Bahii, a annoncé le passage progressif d’un système de contrôle classique vers un « contrôle systémique » appuyé sur la donnée, la traçabilité numérique et l’intelligence artificielle.
Selon lui, l’ancienne méthode dite de « patrouille financière », popularisée ces dernières années dans la lutte contre les détournements et la corruption, a montré ses limites en raison de son coût élevé et de son caractère ponctuel.
« Ce sont des contrôles lourds, coûteux et aux effets peu durables », a expliqué Christophe Bitasimwa, estimant que l’IGF doit désormais évoluer vers un modèle capable d’anticiper les risques plutôt que de constater les irrégularités après coup.
Cette nouvelle approche repose sur la collecte et l’analyse en temps réel des données financières et économiques afin d’améliorer la surveillance des flux publics et de renforcer la prévention des fraudes. L’objectif affiché est de transformer progressivement l’IGF en un organe de contrôle connecté aux différents circuits économiques et budgétaires de l’État.
Au cours de cette présentation, Christophe Bitasimwa a également dévoilé plusieurs chiffres liés aux performances récentes de l’institution.
Concernant le projet de transformation numérique de l’IGF, il a indiqué que le coût global des infrastructures numériques prévues à l’horizon 2028 est estimé à 39 millions de dollars américains, soit une moyenne annuelle de 13 millions USD. À ce stade, 22 millions USD de financements sont déjà identifiés, couvrant environ 56 % des besoins, tandis qu’un besoin complémentaire de 17 millions USD reste à mobiliser.
Sur le volet du contrôle des dépenses publiques, l’IGF affirme avoir permis la réalisation d’économies évaluées à 690 millions de dollars américains sur les remboursements des crédits accordés par l’État.
Les audits réalisés sur les fichiers de paie de 50 services administratifs et de 72 entreprises publiques ont également conduit à l’identification de 38 597 agents fictifs ainsi que de 1 007 doublons, pour un impact financier mensuel estimé à 15,786 milliards de francs congolais.
L’institution affirme par ailleurs avoir relevé plusieurs irrégularités dans les dépenses effectuées au sein des entreprises et établissements publics. Selon les chiffres présentés par l’IGF, les taux d’irrégularités détectés représentent 12,38 % des dépenses exécutées en dollars américains, soit 33 millions USD, 25,6 % des dépenses en euros, soit 1 million EUR, ainsi que 72,56 % des dépenses en francs congolais, correspondant à près de 9 000 milliards CDF.
Cette orientation vers l’intelligence artificielle intervient toutefois dans un contexte où plusieurs experts du numérique s’interrogent encore sur la capacité réelle de la RDC à soutenir des systèmes avancés d’analyse de données à grande échelle. Si le pays accélère depuis quelques années ses investissements dans les infrastructures numériques, notamment avec la construction de datacenters Tier III à Kinshasa et l’extension de la fibre optique, les défis restent importants en matière d’électricité, de connectivité stable, de cybersécurité et de stockage souverain des données.
Pour plusieurs analystes africains de l’IA, la réussite du modèle impulsé par l’IGF dépendra moins des annonces technologiques que de la capacité de l’État à interconnecter durablement les bases de données fiscales, douanières, bancaires et administratives. Dans cette logique, l’IA ne remplacerait pas les inspecteurs, mais deviendrait un outil d’aide à la détection des anomalies financières, à la traçabilité des dépenses publiques et à l’identification des risques de fraude en temps réel. Une évolution qui pourrait progressivement rapprocher l’IGF des standards internationaux de contrôle financier numérique observés dans plusieurs administrations modernes.
DecryptEco
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