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RDC : Kinshasa prépare sa première Bourse pour capter la ruée vers les minerais de l’IA

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  • Portée par l’intérêt croissant pour le cuivre, le cobalt et le lithium, la République démocratique du Congo prépare sa première place boursière, avec des titres libellés à la fois en franc congolais et en dollar américain.

  • Le projet vise à transformer l’appétit mondial pour les minerais stratégiques en capitaux de long terme pour les entreprises, tout en ouvrant aux Congolais la possibilité de devenir actionnaires des sociétés qui structurent l’économie nationale.

La République démocratique du Congo veut convertir son poids minier en puissance financière. Alors que la course mondiale aux infrastructures d’intelligence artificielle accélère la demande pour le cuivre, le cobalt et d’autres minerais critiques, Kinshasa prépare le lancement de sa première Bourse des valeurs, selon des informations rapportées le 2 juillet par Bloomberg News.

Le projet pourrait marquer un tournant pour une économie longtemps financée par les banques, les groupes miniers internationaux et les capitaux publics. La future Bourse de Kinshasa doit permettre la cotation de titres en franc congolais comme en dollar américain, un choix qui assume l’une des principales fragilités du système financier national : sa dollarisation massive.

Le ministre des Finances, Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi, ne cherche pas à contourner cette réalité. Plus de 95 % des dépôts du système bancaire et plus de 80 % des titres publics seraient détenus en dollars, selon les chiffres qu’il a communiqués à Bloomberg. Concevoir une place financière exclusivement en monnaie nationale reviendrait donc à bâtir un marché déconnecté des pratiques réelles des investisseurs.

Le pari consiste plutôt à avancer sur deux jambes : utiliser le dollar pour attirer les capitaux et donner de la profondeur au marché dès son lancement, tout en créant progressivement un espace plus large pour le franc congolais. Une architecture pragmatique, mais délicate, dans un pays où la confiance monétaire reste vulnérable aux épisodes de dépréciation et aux tensions inflationnistes.

Kinshasa travaille avec la Société financière internationale, bras du groupe de la Banque mondiale dédié au secteur privé, pour construire le cadre du marché des capitaux. Un projet de loi établissant l’architecture juridique du secteur est examiné au Sénat et devrait être adopté d’ici la fin de l’année. Le ministère des Finances finalise parallèlement un décret destiné à créer un régulateur indépendant chargé, notamment, d’agréer l’opérateur de la future Bourse.

Le calendrier n’est pas anodin. Premier producteur africain de cuivre et acteur central du cobalt mondial, le pays se trouve au croisement de plusieurs transformations industrielles : électrification, centres de données, réseaux électriques et montée en puissance de l’intelligence artificielle. Cette dernière exige des infrastructures physiques considérables, gourmandes en électricité, en équipements et en métaux conducteurs. Pour la RDC, l’enjeu consiste désormais à capter une plus grande part de la valeur financière générée par cette nouvelle course aux ressources.

Les projections du Fonds monétaire international renforcent cette fenêtre d’opportunité. Grâce à l’essor de ses exportations métalliques, l’économie congolaise devrait devenir la cinquième d’Afrique subsaharienne cette année, selon les estimations citées par Bloomberg. Le pays arrive aussi sur les marchés avec un signal récent : sa première émission d’euro-obligations, d’un montant de 1,25 milliard de dollars en avril, a été largement sursouscrite et aurait depuis offert environ 3 % de rendement aux investisseurs, faisant mieux que la moyenne des marchés émergents.

La future Bourse pourrait toutefois se heurter à une question centrale : qui viendra réellement s’y faire coter ? Le gouvernement cible en priorité les compagnies minières, mais souhaite également construire un vivier d’introductions en Bourse avec des entreprises d’autres secteurs. Des réductions d’impôt sur les bénéfices sont envisagées pour les sociétés cotées afin d’accélérer le mouvement.

L’ambition dépasse la seule levée de capitaux. Kinshasa veut aussi permettre aux épargnants congolais de détenir une part des entreprises qui exploitent et transforment la richesse du pays. C’est probablement là que se jouera la portée politique du projet. Depuis des décennies, la RDC figure parmi les économies les mieux dotées en ressources naturelles, sans avoir construit un marché financier capable d’associer largement sa population à la création de valeur.

Le pari reste exigeant. Une Bourse ne prospère ni par décret ni par abondance minérale. Elle exige des entreprises transparentes, des comptes audités, une protection crédible des actionnaires minoritaires, une justice commerciale prévisible et suffisamment de liquidité pour éviter un marché sans transactions. L’expérience africaine montre que créer une place boursière est plus simple que lui donner de la profondeur.

Mais le moment pourrait jouer en faveur de Kinshasa. Après les lancements de marchés en Éthiopie et en Somalie en 2025, la RDC rejoint une nouvelle vague africaine de financiarisation des économies. Si elle parvient à transformer l’intérêt mondial pour ses minerais en introductions en Bourse, en épargne locale et en capitaux productifs, elle pourrait réussir un changement rare : faire passer une partie de sa richesse du sous-sol au bilan des entreprises — et, peut-être, au portefeuille des Congolais.

DecryptEco

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