-
Le groupe marocain OCP envisage d’ouvrir le capital de plusieurs filiales à des investisseurs locaux et étrangers, notamment pour financer son nouveau complexe d’engrais de Mzinda, dont la mise en production est prévue en 2027.
-
Cette recherche de capitaux intervient après une perte nette de 2,84 milliards de dirhams au premier semestre 2026, dans un environnement marqué par la hausse des prix du soufre et les perturbations commerciales liées à la guerre en Iran.
Le groupe marocain OCP, spécialisé dans l’extraction des phosphates et la production d’engrais, étudie l’entrée d’investisseurs étrangers au capital de certaines de ses activités afin de renforcer ses capacités de financement. Cette orientation intervient alors que les perturbations des approvisionnements en matières premières, particulièrement en soufre, affectent sa rentabilité et certains de ses projets industriels.
Selon des informations rapportées le 14 octobre 2026 par Bloomberg, qui cite une personne proche du dossier ayant requis l’anonymat, OCP a engagé des discussions avec des investisseurs marocains et internationaux concernant une éventuelle augmentation de capital de Mzinda, son nouveau pôle de production d’engrais situé dans le centre du Maroc.
Le démarrage de cette plateforme est prévu en 2027. Toutefois, l’augmentation du coût du soufre aurait conduit le groupe à ralentir son développement, parallèlement à la recherche de ressources financières destinées au paiement des entreprises chargées des travaux et des fournisseurs. Aucun montant de financement ni calendrier de finalisation des discussions n’a été communiqué.
Cette évolution intervient après une dégradation des résultats financiers d’OCP. Au premier semestre 2026, le groupe a enregistré une perte nette part du groupe de 2,84 milliards de dirhams, contre un bénéfice de 8,25 milliards sur la même période de 2025. Son chiffre d’affaires a reculé de 7,3 %, à 48,37 milliards de dirhams, tandis que son excédent brut d’exploitation (EBITDA) a diminué de 28,5 %, à 13,31 milliards de dirhams.
Le soufre constitue un intrant essentiel à la fabrication de l’acide phosphorique, utilisé dans la production d’engrais phosphatés. Les perturbations du trafic maritime dans le détroit d’Ormuz ont réduit la disponibilité de cette matière première et contribué à l’augmentation de ses prix. Cette hausse pèse sur les coûts industriels d’OCP, tandis que le renchérissement des engrais limite la capacité de certains marchés agricoles à absorber de nouvelles augmentations tarifaires.
La recherche de capitaux pourrait également concerner OCP Specialty Products and Solutions, une filiale spécialisée dans les produits chimiques autres que les engrais. D’après Bloomberg, cette activité a généré environ un milliard de dollars de revenus en 2025, notamment grâce à l’acide phosphorique purifié, utilisé dans certaines batteries de véhicules électriques, et aux produits fluorés.
Une ouverture du capital d’Uranext, filiale spécialisée dans l’extraction d’uranium à partir des phosphates, figure également parmi les possibilités évoquées. À ce stade, ces opérations restent des perspectives de financement et non des investissements conclus.
OCP dispose déjà d’une expérience de partenariat industriel avec des investisseurs étrangers. Le 17 juillet 2026, sa filiale OCP Nutricrops et l’américain Koch Ag & Energy Solutions ont signé un accord prévoyant une participation de Koch dans Jorf Fertilizers Company I. Sous réserve de finalisation, l’opération doit aboutir à une coentreprise détenue à parts égales, disposant d’une capacité annuelle pouvant atteindre 1,2 million de tonnes d’engrais phosphatés.
Parallèlement, le groupe adapte ses approvisionnements et sa production. Il privilégie davantage le triple superphosphate (TSP), un engrais nécessitant moins de soufre et aucun ammoniac, et recherche de nouvelles sources d’approvisionnement, notamment en Espagne, au Canada, au Kazakhstan et aux États-Unis.
OCP étudie également l’utilisation de technologies chinoises pour produire du soufre à partir de pyrites exploitées localement. Selon Bloomberg, le groupe vise une production d’un million de tonnes en 2027, qui pourrait atteindre quatre millions de tonnes en 2030. Ces volumes constituent des objectifs industriels dont la réalisation reste à confirmer.
Enfin, l’entreprise envisage des contrats maritimes de longue durée afin de réduire sa dépendance au marché du fret au comptant. Les économies recherchées pourraient atteindre deux milliards de dirhams par an, selon les informations rapportées par Bloomberg.
L’évolution de ces projets dépendra notamment des financements effectivement obtenus, des conditions d’approvisionnement en soufre et de la capacité du groupe à maintenir ses investissements industriels malgré la pression exercée sur ses résultats.
DécryptEco | RDC & Afrique
Laisser un commentaire