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RDC : jusqu’à 5 000 tonnes d’uranium auraient quitté le pays avec les exportations de cobalt ( Lighthouse Reports)

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  • Une étude scientifique estime qu’entre 2 000 et 5 000 tonnes d’uranium naturel auraient été exportées entre 2000 et 2024 avec l’hydroxyde de cobalt congolais.

  • Ces flux non comptabilisés soulèvent des questions sur le contrôle des cargaisons, la santé des travailleurs, la gestion des résidus miniers et la traçabilité des matières nucléaires.

Entre 2 000 et 5 000 tonnes d’uranium naturel auraient quitté la République démocratique du Congo entre 2000 et 2024, incorporées aux exportations d’hydroxyde de cobalt. Cette estimation ressort d’une étude des chercheurs Ryan Manzuk et Sébastien Philippe, publiée dans la revue scientifique Nature Communications.

Les auteurs ne font pas état de cargaisons officiellement déclarées comme des exportations d’uranium. Ils décrivent plutôt un métal radioactif naturellement présent dans certains minerais du sud-est de la RDC et susceptible de rester dans le cobalt lorsque les opérations de séparation ne sont pas systématiquement réalisées.

Le phénomène s’explique d’abord par la composition géologique de la Copperbelt congolaise. Dans cette région, les minerais oxydés de cuivre et de cobalt peuvent également contenir de l’uranium. Une partie de ces impuretés peut ensuite se retrouver dans l’hydroxyde de cobalt, produit intermédiaire exporté avant son raffinage.

Selon l’étude, plus de 95 % du cobalt congolais est exporté sous cette forme. Les chercheurs estiment que moins de 10 % de l’uranium potentiellement associé à ces cargaisons aurait été déclaré publiquement et placé sous les mécanismes internationaux de contrôle des matières nucléaires.

L’enquête menée par Lighthouse Reports et le Financial Times complète cette modélisation par des documents internes et des témoignages recueillis dans l’industrie minière. Des données attribuées à Tenke Fungurume Mining, « TFM », feraient état, à certaines périodes, de concentrations d’uranium supérieures aux seuils applicables dans des échantillons de cobalt.

CMOC, propriétaire de TFM depuis 2016, conteste ces conclusions. L’entreprise affirme qu’aucun niveau d’uranium dépassant les limites applicables n’a été relevé et assure que l’hydroxyde de cobalt produit à Tenke respecte les exigences réglementaires congolaises et les critères commerciaux de ses clients. L’enquête ne démontre pas non plus que les échantillons présentant les concentrations les plus élevées ont effectivement été exportés.

La Chine constitue la principale destination du cobalt congolais et concentre une large part de son raffinage mondial. Les chercheurs évaluent à environ 40 tonnes la quantité d’uranium qui aurait pu atteindre ce pays en 2024. Ils ne déterminent toutefois ni si cette matière a été récupérée après le raffinage ni l’usage qui aurait pu en être fait.

Un expert de l’Agence internationale de l’énergie atomique, « AIEA », a indiqué ne disposer d’aucun élément montrant que la RDC ne respectait pas ses obligations en matière de garanties nucléaires. Il a également précisé qu’une grande partie de l’uranium contenu dans les minerais finit généralement dans les résidus miniers.

Cette dernière destination pose aussi une question environnementale. L’étude estime qu’entre 1 000 et 4 000 tonnes d’uranium auraient été rejetées dans les déchets miniers entre 2000 et 2024. Leur présence peut exposer les travailleurs et les communautés riveraines lorsque les résidus ne sont pas suffisamment confinés ou contrôlés.

Pour la RDC, les conclusions publiées mettent en évidence la nécessité de mieux analyser les cargaisons, de surveiller la radioactivité aux frontières et de renforcer la traçabilité depuis la mine jusqu’au point d’exportation.

Ces contrôles permettraient de distinguer le cobalt conforme des produits contenant des concentrations anormales d’uranium, tout en réduisant les risques sanitaires et environnementaux supportés par les zones minières.

DecryptEco

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