-
L’ARE annonce avoir traité en cent jours des projets évalués à 2,3 milliards USD, représentant environ 2 600 MW de capacités potentielles.
-
Le rattrapage électrique repose sur de nouvelles centrales, l’extension des réseaux et des réformes financières, tandis qu’Inga III se prépare sur un horizon plus long.
La RDC veut porter son taux d’accès à l’électricité de 21,5 %, référence de son Pacte énergétique, à 62 % en 2030. Cette ambition s’inscrit dans le cadre de la Mission 300, l’initiative de la Banque mondiale et de la Banque africaine de développement (BAD) visant à raccorder 300 millions d’Africains d’ici cette échéance. Elle suppose de passer d’environ une personne desservie sur cinq à plus de trois sur cinq.
Le retard reste considérable. Lors des consultations du 29 septembre à Kinshasa, Albert Zeufack, directeur des opérations de la Banque mondiale pour la RDC, a cité un taux d’accès de 21 %, contre 42 % en moyenne en Afrique subsaharienne.
Le rapport Tracking SDG 7: The Energy Progress Report 2026 estime à 84,7 millions le nombre de Congolais privés d’électricité en 2024.
En réponse, le gouvernement mise sur le Compact énergétique national. Selon le cadrage présenté en Conseil des ministres en janvier 2025, atteindre 62 % d’accès nécessite 37 milliards USD, dont 17 milliards de financements publics et 20 milliards privés.

Le privé devrait ainsi apporter environ 54 % des capitaux nécessaires. Ces montants représentent des besoins à financer.
Pour accélérer les investissements, le régulateur agit sur les procédures. Le 5 octobre, à Kinshasa, Soraya Aziz-Moto a présenté le bilan de ses cent premiers jours, achevés le 27 juillet : des dossiers représentant 2,3 milliards USD et environ 2 600 MW. Leur réalisation reste nécessaire pour augmenter l’offre électrique.

Selon la directrice générale, la reprise des dossiers bloqués, l’accompagnement des opérateurs et la digitalisation progressive ont accéléré l’instruction.
Elle précise toutefois : « Cela ne signifie pas que la puissance installée de la République démocratique du Congo a augmenté de 2,6 gigawatts. »
Sur le réseau existant, l’urgence demeure. Au briefing du 1er octobre, Teddy Lwamba, directeur général de la SNEL, a évalué les besoins de Kinshasa à 1 200 MW. Il a signalé une injection retombée entre 390 et 450 MW, après un pic de 700 MW.

Les arrêts techniques et la baisse saisonnière des eaux réduisent la production. Les 134 MW envisagés avec Karpowership apporteraient un complément, sans couvrir le déficit.
Financer durablement cette production exige aussi des recettes suffisantes. Dans son rapport Indice de réglementation de l’électricité pour l’Afrique 2024, la BAD souligne l’importance du cadre juridique et réglementaire pour attirer les capitaux privés.
L’atelier ARE-BAD du 21 au 25 septembre a précisément porté sur les coûts du service, les tarifs et le raccordement.
Pour Mohamed Cherif, représentant pays de la BAD, ces travaux doivent contribuer à rendre le secteur financièrement viable et capable d’attirer les investissements, tout en tenant compte des consommateurs.
À plus long terme, la Banque mondiale accompagne Inga III, composante du Grand Inga. Le 3 juin 2025, elle a approuvé un crédit IDA de 250 millions USD, soit 25 % d’un programme d’un milliard.
Cette première phase finance notamment les études, les capacités institutionnelles et le développement local. La préparation et la construction devraient prendre environ une décennie.
L’exécution demeure une contrainte. Le 29 septembre, Albert Zeufack rappelait que près de la moitié du portefeuille de 8,2 milliards USD de la Banque mondiale en RDC restait non décaissée.

Pour atteindre la cible de 2030, le pays devra accélérer les projets de réseaux, de mini-réseaux et de solaire décentralisé pendant la préparation d’Inga III.
Flory MUSISWA
Laisser un commentaire