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L’Éthiopie aurait mobilisé près de 38 milliards USD de flux en devises sur l’exercice, portée par les exportations de biens et services, les transferts de la diaspora, les investissements étrangers et les financements extérieurs.
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Abiy Ahmed affirme que les réserves de change dépassent désormais de plus du double leur précédent sommet historique, dans une économie longtemps fragilisée par la pénurie de dollars.
Pendant des années, la rareté du dollar a agi comme un plafond invisible sur l’économie éthiopienne. Importer des machines, financer des intrants, servir certaines obligations extérieures ou simplement accéder aux devises relevait d’un exercice sous tension. Devant le Parlement, Abiy Ahmed a présenté une trajectoire radicalement différente : près de 38 milliards USD de flux en monnaies étrangères auraient été mobilisés au cours de l’exercice.
Le chiffre est considérable. Mais sa portée tient surtout à sa composition. Selon les données avancées par le Premier ministre, les exportations de marchandises ont dépassé 11 milliards USD, un niveau que le gouvernement présente comme historique. L’or aurait généré 5,5 milliards USD et le café 3,1 milliards USD, plaçant ces deux produits au cœur de la nouvelle puissance exportatrice du pays.
L’économie éthiopienne ne dépend toutefois plus uniquement de ce qu’elle extrait ou cultive. Les exportations de services auraient rapporté 9,5 milliards USD, tandis que les transferts de la diaspora auraient atteint 7,9 milliards USD. À cela s’ajouteraient près de 4 milliards USD d’investissements directs étrangers et environ 5 milliards USD provenant de l’assistance extérieure et d’autres sources.
Cette diversification est probablement le signal le plus important. Une économie devient moins vulnérable lorsque ses devises ne reposent plus sur un seul produit, un seul marché ou une seule source de financement. Pour un pays de plus de 120 millions d’habitants, engagé dans une transformation industrielle ambitieuse, la profondeur des flux extérieurs conditionne directement la capacité à importer, investir et soutenir l’activité privée.
Abiy Ahmed affirme également que les réserves de change dépassent désormais de plus du double leur précédent sommet historique et qu’elles ont été multipliées par plus de vingt par rapport au niveau antérieur aux réformes. Ces données devront encore être rapprochées des prochaines publications détaillées des institutions monétaires et financières. Mais la direction du mouvement est déjà significative : l’Éthiopie reconstitue un coussin extérieur après des années de fortes tensions sur les devises.
Le basculement intervient dans le sillage des réformes économiques engagées depuis 2024, notamment la libéralisation du régime de change. Cette transition a imposé des ajustements difficiles, mais elle visait précisément à réduire les distorsions du marché des devises, rapprocher les flux du système officiel et restaurer la confiance des partenaires financiers.
Pour Addis-Abeba, le prochain défi sera moins spectaculaire que les records annoncés, mais plus décisif : transformer cette amélioration en capacité productive durable. Une hausse des recettes d’or peut renforcer rapidement les comptes extérieurs. Une économie solide exige cependant davantage : des exportations manufacturières, des services compétitifs, des investissements privés et une base fiscale capable de financer le développement sans dépendance excessive aux capitaux extérieurs.
Les 38 milliards USD racontent donc moins une victoire définitive qu’un changement de position.
L’Éthiopie a longtemps organisé son économie autour du manque de devises. Elle cherche désormais à construire une économie capable d’en produire. Si cette dynamique tient, le véritable tournant ne sera pas d’avoir davantage de dollars en réserve. Ce sera de ne plus faire de leur rareté une limite à la croissance.
DecryptEco
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