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Le président du Conseil d’administration de Congo Airways met en cause la gestion de la direction générale entre janvier 2025 et août 2026, évoquant plus de 23 millions USD provenant de ressources de natures différentes alors que la compagnie ne faisait toujours voler aucun appareil en août.
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Le directeur général Alexandre Mukendi Tshikala rejette les accusations de détournement et de sabotage et réclame un audit financier, comptable et opérationnel indépendant ; en mars, le gouvernement avait déjà demandé une refonte de la gouvernance et des contrôles de la compagnie.
Une nouvelle crise de gouvernance secoue Congo Airways. Dans une correspondance transmise début septembre 2026 à la ministre du Portefeuille et copiée notamment à la Présidence, à la Primature et à plusieurs membres du gouvernement, le président du Conseil d’administration, Jean-Bertrand Ewanga, met directement en cause la gestion du directeur général Alexandre Mukendi Tshikala sur les vingt mois allant de janvier 2025 à août 2026. Le courrier évoque mauvaise gestion, contrats d’aéronefs sans résultats opérationnels et utilisation contestée de ressources financières. Le DG rejette ces accusations et demande qu’elles soient soumises à un audit contradictoire.
Le montant de « plus de 23 millions USD » avancé par le PCA doit toutefois être interprété avec précaution. Le document additionne environ 6,36 millions USD d’appuis gouvernementaux, 9 millions USD présentés comme nantis par la Caisse nationale de sécurité sociale, 7,75 millions USD de recettes d’exploitation et 500 000 USD correspondant à une caution remboursée par KlasJet. Ces sommes n’ont pas toutes la même nature comptable et ne peuvent donc pas être assimilées automatiquement à 23 millions USD de dépenses. C’est précisément l’un des arguments du directeur général, qui réclame un rapprochement entre comptes bancaires, comptabilité et pièces justificatives avant toute conclusion sur l’utilisation des fonds.
Le différend porte notamment sur les contrats de location d’avions. Le PCA reproche à la direction d’avoir mis fin en avril 2025 au contrat portant sur deux Boeing 737-800 exploités avec la compagnie lituanienne KlasJet, décision à laquelle il attribue l’arrêt des opérations. Une source spécialisée apporte néanmoins une nuance importante : ch-aviation rapportait dès avril 2025 que le dernier vol sous code Congo Airways avait été effectué le 12 avril et que KlasJet avait indiqué que les deux appareils avaient été restitués d’un commun accord et comme prévu. Cette information ne permet donc pas d’établir indépendamment le caractère « cavalier » de la rupture décrit dans le courrier du PCA.
Un autre dossier concerne un Airbus A320 lié à la société sud-africaine Allegiance Capital. Le site de cette dernière confirme avoir conclu en 2025 un dry lease d’un A320-200 pour Congo Airways. L’appareil a été réceptionné à Kinshasa le 31 janvier 2026, mais la situation opérationnelle ne s’est pas normalisée : le 10 août, Radio Okapi constatait qu’aucun avion de Congo Airways n’était en exploitation. Le PCA affirme que les dépenses liées à cet A320 dépassent 3 millions USD, dont 770 000 USD de réserve de maintenance et près de 648 000 USD d’assurance. Ces montants précis n’ont pas pu être confirmés dans une source publique indépendante consultée par DécryptEco.
Le courrier revient également sur 255 000 USD versés dans le cadre d’un projet de location d’un autre Airbus A320, qui n’aurait finalement jamais été réceptionné. Cette affaire avait déjà été dénoncée par des agents de Congo Airways en novembre 2025 et relayée dans la presse. Le PCA affirme qu’une commission interne a mis en cause la responsabilité personnelle du directeur général dans les modalités du paiement. Mukendi Tshikala réfute pour sa part toute « disparition » des fonds et demande à avoir accès au rapport de cette commission pour exercer son droit de réponse.
Le conflit intervient surtout après une alerte officielle de l’État. Le 20 mars 2026, le Conseil des ministres avait examiné les conclusions d’une mission d’enquête réunissant l’Inspection générale des finances, le Conseil supérieur du portefeuille et l’Autorité de l’aviation civile. Le gouvernement avait alors fait état de « graves dysfonctionnements » administratifs, financiers et opérationnels, ainsi que de risques juridiques, financiers et réputationnels pour l’État actionnaire. Le président Félix Tshisekedi avait demandé un nouveau plan de relance assorti de contrôles internes, d’audits et d’un reporting régulier. Il avait également exigé que toute la lumière soit faite sur les modalités d’acquisition, de financement et de capitalisation de la flotte financée par la CNSS.
La CNSS occupe une place particulière dans ce dossier : elle détient environ 31 % du capital de Congo Airways selon la compagnie et a financé un programme portant sur trois aéronefs. Un Embraer E-190 est arrivé à Kinshasa le 24 décembre 2025, mais restait encore immobilisé plusieurs mois plus tard, notamment en raison de contraintes opérationnelles rapportées par Radio Okapi.
À ce stade, ni les documents du PCA ni la réponse du DG ne suffisent à établir individuellement les responsabilités pénales ou financières. Les indicateurs décisifs seront les conclusions d’un audit contradictoire, le rapprochement des paiements avec les contrats et relevés bancaires, le statut juridique et financier des aéronefs financés, le règlement des arriérés de salaires et surtout la reprise effective des vols commerciaux.
DecryptEco
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