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RDC : en douze mois, André Wameso imprime un nouveau rythme à la Banque centrale

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  • Nommé le 23 juillet 2025, le gouverneur de la Banque centrale du Congo boucle sa première année avec une inflation contenue à 2,87 %, un dollar revenu autour de 2 250 francs congolais et des réserves internationales supérieures à 8 milliards de dollars.

  • La baisse du taux directeur de 25 % à 12,5 %, l’allongement des maturités des Bons BCC et la constitution de réserves en or donnent à l’Institut d’émission des instruments plus diversifiés pour soutenir la stabilité et le financement de l’économie.

André Wameso Nkualoloki achève sa première année à la tête de la Banque centrale du Congo (BCC) avec des résultats monétaires qui tranchent avec le climat d’incertitude observé lors de sa nomination. Désigné gouverneur le 23 juillet 2025, il avait pris officiellement ses fonctions le 4 août, à l’issue d’une remise et reprise avec Malangu Kabedi Mbuyi au siège de la BCC à Kinshasa. Il est le quinzième gouverneur de l’Institut d’émission.

Douze mois plus tard, les principaux indicateurs se sont nettement améliorés. Le franc congolais a regagné une partie importante du terrain perdu face au dollar, la progression annuelle des prix est tombée sous 3 %, le stock de réserves de change reste supérieur à 8 milliards de dollars et le principal taux de la Banque centrale a été réduit de moitié. Ces résultats ont permis à la BCC de passer progressivement d’une politique de défense monétaire à une orientation plus favorable au crédit et à l’activité.

Une réponse rapide aux tensions sur le franc

André Wameso a pris la direction de la BCC alors que le dollar s’échangeait à près de 2 880 francs congolais et que la forte dollarisation continuait de limiter l’efficacité de la politique monétaire. Les entreprises, les banques et les ménages conservaient une grande partie de leurs avoirs en devises, tandis que la demande de dollars entretenait la pression sur la monnaie nationale.

Le gouverneur a rapidement envoyé un signal au marché. Le 18 août 2025, deux semaines après son installation, la BCC a vendu 50 millions de dollars aux banques commerciales au taux de 2 776 francs pour un dollar. Cette intervention a amélioré l’offre de devises et montré que l’Institut d’émission était prêt à agir directement lorsque les anticipations menaçaient la stabilité du marché.

La Banque centrale a ensuite actualisé le taux utilisé pour valoriser certaines réserves obligatoires constituées par les banques. La mesure a accru leurs besoins en francs congolais et réduit une partie des liquidités disponibles pour l’achat de devises. Le Fonds monétaire international (FMI) a associé cette opération au raffermissement de la monnaie nationale observé à partir de septembre 2025.

Cette combinaison d’interventions ponctuelles et de mesures prudentielles a produit un mouvement puissant. Le taux officiel est passé de 2 879,69 francs pour un dollar le 17 juillet 2025 à 2 253,85 francs le 24 juillet 2026. Le franc congolais s’est ainsi apprécié d’environ 21,7 % en un an.

Un franc stabilisé autour de 2 250 pour un dollar

Après l’appréciation rapide enregistrée entre la fin août et la fin octobre 2025, le franc congolais a conservé l’essentiel de ses gains. La monnaie nationale s’était raffermie d’environ 21 % sur le marché officiel durant cette période, avant d’évoluer dans une fourchette beaucoup plus resserrée. Le cours indicatif s’établissait à 2 255,32 francs pour un dollar le 17 juillet 2026, puis à 2 250 francs le 21 juillet. Cette évolution a ramené davantage de prévisibilité sur un marché longtemps dominé par de fortes variations et par les anticipations des opérateurs.

Sous l’impulsion d’André Wameso, la BCC a également modernisé l’infrastructure utilisée par les banques pour négocier les devises. Une phase pilote de Bloomberg FXGO DRC a été ouverte le 24 février 2026 pour une durée de six semaines, avant le lancement officiel du module B-Match le 21 mai. La plateforme centralise les cotations et les transactions entre banques, améliore leur suivi en temps réel et permet de fonder le cours indicatif sur les opérations interbancaires effectivement exécutées. Elle réduit ainsi les asymétries d’information et donne à la BCC une lecture plus précise de l’offre, de la demande et de la formation du taux de change.

La stabilité du franc apporte une visibilité accrue aux entreprises. Les importateurs peuvent mieux calculer le coût de leurs commandes et leurs besoins de trésorerie, tandis que les distributeurs sont moins souvent contraints de modifier leurs prix pour couvrir une dépréciation anticipée. Les entreprises qui paient leurs fournisseurs étrangers réduisent également leur exposition aux pertes de change.

L’effet se prolonge sur les prix intérieurs. Dans une économie fortement dépendante des importations, les variations du dollar influencent rapidement le coût des produits alimentaires, des carburants, des médicaments, des équipements et des matières premières. Le FMI attribue d’ailleurs une large part du recul de l’inflation observé depuis octobre 2025 à l’appréciation du franc congolais.

L’inflation ramenée sous la barre de 3 %

La baisse de l’inflation constitue le résultat le plus perceptible de cette première année. En juillet 2025, la progression annuelle des prix dépassait encore 11 %. Elle est tombée à 2,5 % en octobre, puis s’est maintenue à un niveau largement inférieur à la cible de moyen terme de 7 % retenue par la Banque centrale. Le FMI a confirmé que l’inflation était restée à 2,5 % ou moins entre octobre 2025 et avril 2026.

À la fin de juin 2026, elle s’établissait à 2,87 %, contre 2,24 % à la clôture du trimestre précédent. Malgré cette légère remontée, le taux restait inférieur de plus de quatre points à l’objectif annuel de la BCC. La Banque centrale considère ce niveau comme le signe d’un ancrage plus solide des anticipations et d’une maîtrise des pressions sur les prix.

Le communiqué du CPM d’avril avait déjà fait ressortir une inflation annuelle de 2,2 % à la fin de mars 2026, contre 10,1 % un an auparavant. Cette réduction de près de huit points en douze mois avait donné à la BCC une marge suffisante pour poursuivre l’assouplissement de ses instruments.

La stabilisation des prix ne signifie pas un retour au niveau antérieur du coût de la vie. Elle indique cependant que les augmentations sont devenues moins rapides et plus prévisibles. Pour une banque centrale, cette évolution constitue une condition indispensable à la restauration de la confiance dans la monnaie nationale.

Le taux directeur réduit de moitié

André Wameso a également conduit l’un des cycles d’assouplissement les plus rapides de l’histoire monétaire récente de la RDC. Le taux directeur, maintenu à 25 % depuis août 2023, a été ramené à 17,5 % le 7 octobre 2025. Il est ensuite passé à 15 % le 8 janvier 2026, puis à 13,5 % le 9 avril.

La troisième réunion ordinaire du CPM, tenue le 17 juillet après avoir été reprogrammée par la BCC, a prolongé le mouvement. Le taux directeur a été réduit de 100 points de base, à 12,5 %, tandis que la facilité de prêt marginal est passée de 17,5 % à 16,5 %.

En neuf mois, le principal taux de la Banque centrale a donc diminué de 12,5 points, soit une réduction de 50 %. Cette baisse a été rendue possible par le recul de l’inflation et la stabilité du franc. Elle permet de diminuer le coût auquel les banques obtiennent des ressources auprès de la BCC, tout en maintenant un taux d’intérêt réel largement positif.

Les premiers effets apparaissent sur le marché monétaire. Les données présentées par la BCC montrent que le taux interbancaire a suivi la détente du taux directeur. Le taux débiteur moyen des banques, plus rigide, est néanmoins revenu autour de 21 % à la fin de juin, contre environ 25 % un an auparavant.

La baisse engagée sous André Wameso améliore ainsi progressivement les conditions de financement. Les banques disposent d’un coût de refinancement plus faible et d’un environnement monétaire moins volatil pour examiner les projets des entreprises et des ménages.

Plus de 2 000 milliards de francs absorbés par les Bons BCC

L’assouplissement des taux n’a pas conduit la Banque centrale à relâcher sa surveillance de la liquidité. La masse monétaire a progressé de 15,2 % et la base monétaire de 20,9 % à la fin de juin 2026, ce qui nécessitait des instruments suffisamment puissants pour empêcher que les francs excédentaires ne se dirigent vers le marché des devises.

La BCC a renforcé son dispositif de stérilisation en allongeant les maturités de ses titres. À la fin de juin, les encours atteignaient 460 milliards de francs pour les Bons BCC à sept jours, 180 milliards à vingt-huit jours et 749 milliards à quatre-vingt-quatre jours. Le nouveau Bon à 168 jours, introduit en avril, avait déjà mobilisé 682,75 milliards de francs.

Ces quatre catégories représentaient ensemble près de 2 072 milliards de francs congolais. La montée rapide de l’échéance à 168 jours montre que les banques étaient prêtes à immobiliser une partie de leurs liquidités pendant six mois, signe de confiance dans la stabilité monétaire et dans la trajectoire des taux.

En juillet, le CPM a complété cette architecture par une nouvelle maturité de 252 jours. La BCC peut désormais agir sur plusieurs horizons, depuis le réglage hebdomadaire de la liquidité jusqu’à son absorption pendant près de neuf mois.

Des réserves internationales maintenues au-dessus de 8 milliards de dollars

La politique de change a également permis de renforcer les réserves extérieures. Celles-ci s’établissaient autour de 7,6 milliards de dollars lors de l’arrivée d’André Wameso. Elles ont atteint 8,8 milliards à la fin de mars 2026, soit une progression de plus de 15 % par rapport à leur niveau de juillet 2025.

À la fin de juin, elles ressortaient à 8,1846 milliards de dollars, en augmentation de 297,9 millions par rapport à décembre 2025. Ce montant représentait 3,12 mois d’importations de biens et de services. La BCC a donc pu intervenir sur le marché des changes tout en conservant un niveau de réserves supérieur à celui observé au début du mandat.

Cette accumulation renforce la capacité du pays à financer ses importations et à absorber les chocs extérieurs. Elle améliore aussi la crédibilité de la Banque centrale auprès des banques commerciales, des investisseurs et des partenaires internationaux.

Le FMI a relevé le renforcement progressif de la stabilité extérieure de la RDC et la résilience de l’économie malgré les dépenses sécuritaires, les tensions géopolitiques et les fluctuations des cours internationaux. Il a également jugé globalement satisfaisante l’exécution du programme économique appuyé par l’institution.

L’or congolais entre dans les réserves monétaires

André Wameso a engagé une diversification plus structurelle des réserves. En février 2026, la BCC a conclu un partenariat avec DRC Gold Trading SA pour acheter de l’or provenant de la production nationale et le transformer en actif monétaire détenu par l’Institut d’émission.

La constitution d’un stock d’or doit réduire la concentration des réserves dans les devises et offrir une protection supplémentaire contre les turbulences financières internationales. Elle permet aussi de relier les ressources minières du pays à la solidité du bilan de sa Banque centrale.

Le CPM d’avril a confirmé le début de l’accumulation d’or brut d’origine artisanale en vue de sa transformation en or monétaire. La BCC présente cette stratégie comme un moyen de diversifier les réserves internationales, de renforcer la confiance dans la politique monétaire et d’amortir les fluctuations des marchés.

Le premier lingot issu de ce partenariat a été livré à la Banque centrale en avril. La démarche donne une traduction concrète à l’objectif de souveraineté monétaire affiché par André Wameso lors de sa prise de fonctions.

Une économie en croissance et des entreprises plus confiantes

La stabilisation monétaire accompagne une activité économique toujours dynamique. Les projections techniques de la BCC situaient la croissance à 5,7 % en 2026, portée par une progression de 9,4 % du secteur des minerais non ferreux et de 5 % des activités hors mines. Le FMI retenait une estimation plus prudente, mais toujours supérieure à 5,5 %.

Le baromètre de conjoncture de la Banque centrale fait également apparaître une amélioration de la confiance des chefs d’entreprise. Le solde d’opinion du secteur extractif atteignait 43 % au deuxième trimestre, contre 41,6 % au premier. Dans la construction, il est passé de 45,5 % à 50,3 %, soutenu par les chantiers d’infrastructures et les projets immobiliers.

La stabilité du taux de change et la baisse de l’inflation contribuent à cette évolution. Elles réduisent les incertitudes sur les prix, facilitent les décisions d’investissement et permettent aux entreprises de mieux anticiper leurs coûts.

Une protection bancaire renforcée

La première année d’André Wameso a aussi été consacrée à la sécurité du système financier. L’Instruction numéro 63 a créé un cadre de liquidité d’urgence pour les banques solvables confrontées à des difficultés temporaires de trésorerie. La BCC dispose ainsi d’un instrument formalisé pour empêcher qu’un incident isolé ne se transforme en crise bancaire.

L’Instruction numéro 62 réglemente le transport physique de fonds et de valeurs. Elle renforce la sécurité, la traçabilité et la professionnalisation d’une activité importante dans un pays où les paiements en espèces restent très répandus.

Ces réformes prudentielles complètent la politique de stabilité des prix. Elles protègent les déposants, améliorent la gestion des risques et renforcent la capacité de la Banque centrale à prévenir les tensions dans le secteur financier.

La transformation numérique inscrite dans un plan à cinq ans

La BCC a lancé le 3 avril 2026 son Plan stratégique 2026-2030. Le programme place la modernisation de la gouvernance, la digitalisation, l’inclusion financière, la gestion des risques et la stabilité du système bancaire parmi les priorités de l’institution.

Quelques jours après ce lancement, la Banque centrale a signé un protocole d’accord avec Visa pour accélérer le développement des paiements numériques. L’objectif est de réduire la dépendance aux espèces, d’élargir l’accès aux services financiers et d’améliorer la traçabilité des transactions.

La réforme des opérations en devises suit la même direction. À compter du 9 avril 2027, la BCC doit assurer principalement l’importation physique des billets étrangers, tandis que les paiements en devises devront davantage passer par les virements, les cartes, les chèques et les autres moyens scripturaux.

Une diplomatie monétaire tournée vers les partenariats

Les deux missions d’André Wameso à Washington ont renforcé le dialogue de la BCC avec le FMI, la Banque mondiale et les principales instances monétaires internationales. Elles ont surtout facilité l’accès à une assistance technique portant sur les instruments de politique monétaire, la gestion des réserves, les statistiques financières, la communication institutionnelle et la préparation des mécanismes de résolution des banques en difficulté.

Les échanges engagés à l’étranger avec Visa ont ensuite débouché sur un partenariat axé sur le renforcement des compétences, l’inclusion financière et le développement des infrastructures de paiement. Les premières formations organisées dans ce cadre ont associé la BCC et les professionnels du secteur bancaire autour de la conformité, de la lutte contre le blanchiment et de la sécurisation des transactions numériques.

La coopération régionale a également pris une dimension opérationnelle avec le rapprochement entre la BCC et la Banque nationale d’Angola. Le dispositif prévoit des échanges réguliers d’expertise sur les systèmes de paiement, la supervision bancaire, la gestion des réserves, les risques financiers et le traitement des crises transfrontalières, afin de renforcer les capacités des équipes congolaises et la stabilité du secteur financier.

Une première année qui redonne des marges à la politique monétaire

Le bilan de la première année d’André Wameso repose sur une série d’indicateurs mesurables : une appréciation du franc proche de 22 %, une inflation ramenée sous 3 %, un taux directeur réduit de moitié, plus de 8,18 milliards de dollars de réserves et près de 2 072 milliards de francs placés dans les différentes maturités des Bons BCC.

Ces résultats portent aussi la marque d’une méthode. La Banque centrale a combiné interventions de change, gestion des réserves obligatoires, absorption de la liquidité, baisse graduelle des taux, diversification des réserves et modernisation du cadre bancaire. Elle a assoupli sa politique lorsque les indicateurs l’autorisaient, tout en conservant des instruments capables de contenir les excès de liquidité.

La prochaine étape concerne la transmission vers le crédit. À la fin de juin, le ratio des crédits en francs congolais rapportés aux dépôts dans la même monnaie restait proche de 13,2 %. La stabilité obtenue et la baisse du taux directeur créent désormais une base plus solide pour encourager les banques à financer davantage les entreprises, l’agriculture, l’industrie, l’immobilier et les infrastructures en monnaie nationale.

André Wameso entame ainsi sa deuxième année avec un franc plus ferme, des prix mieux maîtrisés et une Banque centrale dotée d’outils plus nombreux. En douze mois, la BCC a restauré des marges de décision qui lui permettent désormais de soutenir l’économie sans renoncer à la stabilité monétaire.

Flory Musiswa
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