-
La RDC vise le marché chinois avec une demande annuelle de 180 000 tonnes de piment sec et de 50 000 tonnes de cacao, pour une valeur estimée à plus de 500 millions USD.
-
Cette ouverture offre un débouché majeur aux producteurs congolais, mais sa réussite devrait dépendrer de l’organisation des filières, du respect des normes de qualité et du développement de la transformation locale.
La République démocratique du Congo veut accroître ses exportations agricoles vers la Chine. Dans cette, un contrat portant sur la fourniture annuelle de 180 000 tonnes de piment sec a été conclu entre la société chinoise Hunan Pengfei International Trade Co., Ltd et l’International Chamber of Commerce of Christian Communities, une structure congolaise.
L’annonce a été faite, le lundi 27 juillet 2026, par le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku, après une rencontre avec Paul Okitana Omambo, représentant de la structure congolaise signataire.
À cette demande de piment s’ajoutent des besoins évalués à 50 000 tonnes de cacao par an. Selon les estimations communiquées par le ministère, les deux produits pourraient représenter une valeur marchande globale supérieure à 500 millions de dollars américains chaque année.
Structurer rapidement les producteurs
Pour répondre à cette demande, le ministère du Commerce extérieur recommande la création d’une Fédération nationale des producteurs et exportateurs de piment sec. Celle-ci devrait notamment faciliter l’identification des producteurs, la centralisation des volumes disponibles et le respect des exigences du marché chinois.
Le gouvernement préconise également une cartographie des principaux bassins de production ainsi que l’organisation des agriculteurs au sein de coopératives rurales.
Les ministères de l’Agriculture et du Développement rural devraient, pour leur part, accompagner les producteurs dans l’accès aux semences améliorées, l’encadrement technique et l’augmentation des rendements.
Cette initiative s’inscrit dans la continuité de l’accord-cadre conclu entre la RDC et la Chine en septembre 2024. À cette occasion, des protocoles avaient été signés pour favoriser l’exportation du soja, du sésame, du piment, du café et du cacao congolais vers le marché chinois. Les premières commandes annoncées portaient alors notamment sur 10 000 tonnes de piment et 3 000 tonnes de cacao.
Les discussions engagées entre les deux pays prévoient aussi un accès sans droits de douane pour certains produits agricoles congolais, sous réserve du respect des normes de qualité, de conformité et de certification.
Un marché de 1,4 milliard de consommateurs
Malgré le recul de sa population observé ces dernières années, la Chine comptait encore environ 1,404 milliard d’habitants en 2025. Cette dimension démographique en fait un marché majeur pour les produits alimentaires et agricoles provenant de l’étranger.
Pour la RDC, l’ouverture de ce débouché pourrait donc soutenir la diversification des exportations, augmenter les revenus des agriculteurs et réduire progressivement la dépendance du pays aux recettes minières, estiment les observateurs du marché.
La capacité de la Chine à importer des volumes considérables est déjà visible dans d’autres filières. En 2025, ses importations de soja ont, par exemple, atteint le niveau record de 111,83 millions de tonnes.
Toutefois, l’existence d’une demande extérieure ne garantit pas automatiquement la capacité de la RDC à livrer les quantités annoncées. La réussite du contrat dépendra de la disponibilité des terres, des semences, des financements, des routes de desserte agricole, des entrepôts, des moyens de transport et des systèmes de certification, souligne un expert du secteur.
Éviter de reproduire le modèle minier
L’autre vigilance concerne la nature des produits exportés. Vendre du piment sec ou des fèves de cacao à l’état brut permet de générer rapidement des recettes, mais laisse une part importante de la valeur ajoutée aux entreprises chargées de la transformation, du conditionnement et de la commercialisation finale.
La RDC devra donc éviter de reproduire dans l’agriculture le modèle longtemps observé dans le secteur minier, caractérisé par l’exportation de matières premières insuffisamment transformées localement.
L’installation d’unités de séchage, de broyage, de fabrication de poudre de cacao, de beurre de cacao, de sauces et de produits conditionnés permettrait de créer davantage d’emplois et de revenus à l’intérieur du pays.
L’accès au marché chinois constitue ainsi une opportunité commerciale importante. Selon les analystes, sa portée économique dépendra cependant de la capacité de la RDC à produire régulièrement, à respecter les normes internationales et surtout à intégrer progressivement la transformation locale dans sa stratégie d’exportation.
DecryptEco
Laisser un commentaire