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David Man Kiala sur le dialogue national : « Les investisseurs n’aiment pas le bruit des bottes »

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Dans un entretien téléphonique accordé à DecryptEco, en direct de Washington où il séjourne, l’économiste et acteur politique Man David Kiala scrute les implications politiques et économiques de l’appel du chef de l’État en faveur d’un dialogue national inclusif. Pour lui, cette initiative se situe à la croisée de deux urgences : restaurer la cohésion nationale et recréer les conditions de confiance indispensables à l’investissement.

Un dialogue dicté par l’urgence nationale

David Kiala présente le dialogue comme une nécessité née de la crise sécuritaire qui frappe la République démocratique du Congo depuis plus de trois décennies, particulièrement dans sa partie orientale.

« Le dialogue, à ce jour, est une nécessité et, à la fois, une opportunité pour la RDC », souligne-t-il. Une nécessité face à l’agression dont le pays demeure victime, mais aussi une occasion de remettre la discussion entre Congolais au centre de la recherche de solutions.

Cette démarche ne devrait cependant ni fragiliser l’ordre constitutionnel ni interrompre la dynamique électorale engagée depuis 2006. Pour l’économiste, le dialogue doit renforcer les institutions, non les contourner.

Ni partage du pouvoir ni marché politique

David Kiala fixe également une limite nette : les discussions ne peuvent se transformer en arrangement entre responsables politiques.

« Il ne faut pas que les dialogues soient une occasion de partager les gâteaux entre les acteurs politiques au détriment de notre population », insiste-t-il.

L’objectif devrait rester la consolidation de la souveraineté nationale, la restauration de la paix et le renforcement de la cohésion sociale. Le contenu du dialogue devra ainsi être jugé moins à la place accordée aux ambitions politiques qu’à sa capacité à produire des réponses concrètes pour les populations.

La paix comme première garantie économique

Outre la scène politique, David Kiala attire l’attention sur un enjeu souvent relégué au second plan : la confiance des investisseurs.

« Les investissements n’aiment pas le bruit des bottes », résume-t-il. À Goma, Bukavu ou dans d’autres zones affectées par les violences, le fracas des armes empêche encore celui des machines, des chantiers et des unités de production de prendre le relais.

Il convoque à ce propos une formule attribuée à l’investisseur américain Warren Buffett : « Le capital va là où il est bien accueilli et reste là où il est bien traité. »

Appliquée à la RDC, cette pensée rappelle que les ressources naturelles, aussi stratégiques soient-elles, ne suffisent pas à attirer durablement les capitaux. Ceux-ci recherchent également la sécurité, la stabilité institutionnelle et la prévisibilité.

Donner un contenu économique au dialogue

David Kiala estime enfin que le dialogue devrait intégrer un volet consacré au suivi des engagements économiques conclus avec les partenaires internationaux, notamment autour des minerais critiques, des corridors logistiques, de l’énergie et des grands projets d’infrastructures.

La portée économique du processus dépendra donc de sa capacité à relier la paix aux investissements et les accords aux réalisations.

Pour l’économiste, un dialogue réussi ne se mesurera pas seulement à l’apaisement du climat politique, mais à sa faculté de transformer la stabilité retrouvée en emplois, en recettes publiques et en perspectives durables pour la population congolaise.

Les Accords de Washington comme test de crédibilité

Dans cette perspective, David Kiala accorde une attention particulière aux Accords de Washington, dont la portée dépasse, selon lui, le seul registre diplomatique.

Ces engagements ouvrent un espace de coopération autour des minerais critiques, de l’intégration économique régionale, des infrastructures stratégiques, du corridor Sakania–Lobito, du Grand Inga et de la facilitation des investissements.

Mais leur matérialisation reste étroitement liée à l’évolution de la situation sécuritaire dans l’Est du pays. Tant que l’instabilité persiste, les promesses d’investissement risquent de demeurer suspendues entre annonces politiques et prudence financière, estime David Kiala.

Pour l’économiste, le véritable enjeu consiste donc à faire du dialogue national le prolongement interne de cette dynamique internationale. La cohésion politique, la sécurité juridique et la stabilité institutionnelle doivent créer le socle sur lequel les engagements pris à Washington pourront se convertir en capitaux, en infrastructures, en chaînes de valeur et en emplois.

Les Accords de Washington deviennent ainsi un test de crédibilité pour la RDC : celui de sa capacité à transformer une ouverture diplomatique en résultats économiques tangibles. Dans cette lecture, la paix n’est pas seulement une aspiration nationale ; elle est la première infrastructure de l’investissement.

DecryptEco

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