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RDC : Félix Tshisekedi veut faire des forêts un levier de puissance climatique et financière

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  • Félix Tshisekedi appelle à une réforme accélérée de la gouvernance forestière afin de renforcer la crédibilité climatique de la RDC et sa capacité à attirer davantage de financements verts.
  • Kinshasa cherche à transformer son immense capital forestier en instrument diplomatique, économique et géopolitique dans un contexte mondial marqué par la transition énergétique et la montée des marchés carbone.

Le Président Félix Tshisekedi veut repositionner la République démocratique du Congo au centre des équilibres climatiques mondiaux. Lors de la 89ᵉ réunion du Conseil des ministres tenue le vendredi 22 mai 2026, le Chef de l’État a demandé au gouvernement d’accélérer la modernisation de la gouvernance forestière nationale afin de renforcer la crédibilité environnementale du pays auprès des investisseurs, bailleurs climatiques et partenaires internationaux.

Dans sa communication, le Président a insisté sur « la nécessité impérieuse de consolider une gouvernance forestière irréprochable, cohérente et crédible », estimant que les enjeux forestiers touchent désormais autant à la souveraineté économique et à la diplomatie qu’à la protection de l’environnement.

Avec environ 155 millions d’hectares de forêts tropicales, soit près de 67 % de son territoire, la RDC abrite le principal massif forestier du Bassin du Congo, deuxième poumon tropical de la planète après l’Amazonie. Les forêts congolaises stockeraient à elles seules près de 40 gigatonnes de carbone.

Le Fonds monétaire international (FMI) estime par ailleurs que la RDC constitue aujourd’hui le principal absorbeur net de carbone en Afrique, avec une capacité d’absorption évaluée à environ 0,4 gigatonne de CO₂ par an, soit jusqu’à deux tiers des émissions du continent africain.

Cette importance écologique place progressivement Kinshasa au cœur des discussions mondiales sur le climat, alors que les grandes puissances cherchent à sécuriser les chaînes d’approvisionnement en minerais critiques nécessaires à la transition énergétique, notamment le cobalt, le cuivre et le lithium.

Mais derrière l’ambition climatique affichée, les contradictions structurelles demeurent importantes.

La RDC continue de faire face à une forte pression sur ses écosystèmes forestiers sous l’effet de l’exploitation minière, de l’agriculture extensive, du bois-énergie et de l’exploitation illégale du bois. Selon des données relayées par la Banque mondiale, le pays a perdu près de 500 000 hectares de forêt primaire en 2021, l’un des niveaux les plus élevés au monde.

Des rapports récents alertent également sur l’impact croissant de la ruée mondiale vers les minerais critiques sur les forêts tropicales du Bassin du Congo.

Cette tension entre ambitions climatiques et dépendance à un modèle extractif centré sur les ressources minières constitue aujourd’hui l’un des principaux défis de la stratégie congolaise.

Le gouvernement veut désormais réduire les incohérences entre politiques minières, agricoles, énergétiques et forestières, longtemps critiquées par les partenaires techniques et plusieurs organisations environnementales.

Les autorités congolaises souhaitent également finaliser rapidement la nouvelle politique forestière nationale en l’alignant avec les engagements climatiques internationaux de la RDC ainsi qu’avec plusieurs initiatives régionales, notamment le Partenariat pour les Forêts du Bassin du Congo, la Commission Climat du Bassin du Congo et la Commission des Forêts d’Afrique Centrale.

Dans cette dynamique, Félix Tshisekedi a insisté sur l’accélération des Concessions Forestières des Communautés Locales, le respect du Consentement Libre, Informé et Préalable des populations concernées ainsi que le renforcement des mécanismes de surveillance environnementale.

La ministre de l’Environnement et du Développement durable devra présenter, dans un délai de trente jours, une feuille de route interministérielle destinée à opérationnaliser cette nouvelle orientation stratégique.

Au-delà des enjeux écologiques, Kinshasa espère surtout mieux capter les flux mondiaux de finance climatique, encore largement insuffisants pour le Bassin du Congo. Entre 2008 et 2022, cette région n’a reçu qu’environ 16 % des financements internationaux destinés aux grandes forêts tropicales mondiales, loin derrière l’Amazonie et l’Asie du Sud-Est.

Pour les autorités congolaises, la crédibilité de la gouvernance forestière devient désormais un facteur déterminant dans l’accès aux marchés carbone, aux investissements ESG et aux mécanismes internationaux de financement climatique.

Reste toutefois une question centrale : la RDC peut-elle réellement devenir une puissance climatique tout en poursuivant simultanément l’expansion minière et les projets d’exploitation des ressources naturelles dans certaines zones forestières sensibles ?

Cette équation déterminera en grande partie la crédibilité internationale du pays dans les prochaines négociations climatiques.

DecryptEco

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