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RDC : dix naissances de gorilles aux Virunga malgré la guerre dans l’Est

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  • Un nouveau mâle a été observé au sein de la famille Bageni, portant à dix le nombre de naissances recensées depuis le début de 2026 dans le secteur Mikeno. Avec désormais 60 individus selon les données communiquées par le parc, Bageni confirme son poids exceptionnel dans la population suivie des gorilles de montagne aux Virunga.

  • La série prend une dimension singulière dans un Nord-Kivu profondément déstabilisé par les conflits armés : quelques jours plus tôt, Uzima et Urithi, les jumeaux de la même famille, atteignaient six mois, un seuil qu’aucune paire de jumeaux gorilles de montagne n’avait encore franchi dans l’histoire documentée du parc.

Au parc national des Virunga, la démographie des gorilles de montagne vient d’inscrire un nouveau point de résistance face au chaos. Une femelle récemment intégrée à la famille Bageni, après une interaction avec le groupe Wilungula, a été observée avec un nouveau-né mâle. Il s’agit de la troisième naissance enregistrée cette année dans cette famille, qui compterait désormais 60 individus.

Le chiffre dépasse l’anecdote naturaliste. Cette naissance porterait à dix le nombre de bébés recensés depuis janvier parmi les groupes suivis du secteur Mikeno. Deux jours auparavant, le parc faisait encore état de neuf naissances en 2026. Cette progression s’inscrit dans une séquence exceptionnelle, marquée notamment par deux naissances gémellaires rapprochées. En mars, le parc annonçait déjà une rare paire de jumeaux dans la famille Baraka, portant alors à neuf le nombre de nouveaux bébés observés en seulement trois mois.

Mais c’est la famille Bageni qui concentre aujourd’hui l’un des symboles les plus puissants de cette embellie. Uzima et Urithi viennent d’atteindre six mois. Les deux jeunes mâles, nés de Mafuko, se développent normalement, commencent à s’éloigner brièvement de leur mère et explorent progressivement leur environnement. Le parc qualifie ce cap d’historique : jamais auparavant des jumeaux gorilles de montagne n’avaient atteint cet âge aux Virunga.

La trajectoire du groupe donne davantage de relief à cette dynamique. Bageni est devenu dos argenté en 2010 avant de quitter, trois ans plus tard, la famille dirigée par son père Kabirizi. Il forme alors son propre groupe avec une vingtaine d’individus. Treize ans après cette séparation, la famille annoncée à 60 membres illustre une expansion remarquable, même si la croissance d’un groupe dépend aussi des naissances, des décès et des transferts de femelles entre familles.

Cette précision compte. Une naissance ne peut être lue isolément comme la preuve d’une hausse mécanique de toute la population. Les gorilles se déplacent entre groupes, certains individus disparaissent et les recensements exhaustifs sont espacés. Le chiffre mondial de 1 063 gorilles de montagne reste la référence la plus largement citée, notamment par le WWF, tandis qu’environ 350 individus avaient été rapportés pour les Virunga en 2021. Ces données ne constituent donc pas un recensement actualisé de 2026.

C’est pourtant dans le contexte sécuritaire que ces dix naissances prennent leur véritable portée. Les gorilles de montagne ne vivent que dans un espace restreint partagé entre la RDC, le Rwanda et l’Ouganda. Aux Virunga, leur habitat se trouve au contact d’une région marquée par des décennies de violence, la présence de groupes armés, les déplacements de population et une pression persistante sur les ressources naturelles. Des organisations de conservation soulignent que les résultats enregistrés sont d’autant plus remarquables que le parc demeure l’un des environnements les plus dangereux au monde pour les équipes chargées de protéger la faune.

La réussite reste donc fragile. Les naissances témoignent d’une reproduction active parmi les groupes suivis, mais elles ne neutralisent ni le braconnage, ni la fragmentation de l’habitat, ni le risque sanitaire. Les gorilles partagent une grande proximité biologique avec l’être humain, ce qui les rend également vulnérables aux maladies d’origine humaine. Le WWF cite encore la maladie, les conflits entre humains et faune ainsi que le changement climatique parmi les menaces pesant sur leur survie.

Aux Virunga, la conservation avance ainsi sans attendre la paix. Dix naissances en quelques mois, une famille Bageni devenue tentaculaire, deux jumeaux franchissant un seuil inédit : derrière ces chiffres se dessine une réussite biologique rare. Dans l’est de la RDC, où la guerre redessine sans cesse les lignes de contrôle, les gorilles de montagne opposent une autre géographie, plus silencieuse, faite de naissances, de transmission et de survie.

DecryptEco

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