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Andrew Dabalen, économiste en chef de la Banque mondiale pour l’Afrique, et Thomas Melonio, chef économiste de l’AFD, identifient cinq leviers : emplois de qualité, secteurs productifs, gouvernance, intégration régionale et migration.
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Le diagnostic part d’un paradoxe : l’Afrique subsaharienne devrait croître de 4 % en 2026 puis de 4,4 % en 2027, mais 43,3 % de sa population resterait encore sous le seuil d’extrême pauvreté de 3 dollars par jour en 2026.
L’Afrique peut croître sans transformer suffisamment les conditions de vie de sa population. C’est la principale tension économique mise en avant par Andrew Dabalen et Thomas Melonio dans une contribution publiée le 1er juillet par la Banque mondiale.
Leur constat repose sur cinq leviers susceptibles de convertir davantage la croissance en prospérité partagée.
Le premier est l’emploi. Le continent devrait créer environ 25 millions d’emplois par an jusqu’en 2050 pour absorber l’augmentation de sa population active. Mais plus de 80 % des emplois restent informels.
Le problème n’est donc pas uniquement d’occuper une population jeune : il faut augmenter la part des emplois suffisamment productifs pour générer des revenus réguliers, financer la protection sociale et élargir l’assiette fiscale.
Cette transformation passe, deuxième levier, par des secteurs capables de créer des emplois à grande échelle.
Les auteurs citent l’agriculture, les mines, le logement, la construction, le tourisme, l’hôtellerie et l’économie numérique. Mais leur expansion suppose de l’énergie, des routes, de la logistique et du financement.
L’Africa Finance Corporation souligne précisément cette contrainte : la capacité électrique installée par habitant en Afrique a stagné depuis 2008, alors qu’elle a doublé en Inde.
Son rapport 2026 estime parallèlement que les réserves de capitaux africains dépassent désormais 4 000 milliards USD.
Le problème réside donc aussi dans la capacité à transformer cette épargne en investissements productifs et infrastructures.
Le troisième levier est la gouvernance. Pour Dabalen et Melonio, des institutions efficaces conditionnent l’investissement, la qualité des services publics et la confiance. Cette question devient plus sensible à mesure que les marges budgétaires se réduisent : la Banque mondiale estime que l’investissement public en Afrique subsaharienne reste environ 20 % inférieur à son niveau de 2014, tandis que le service de la dette publique extérieure est passé de 9 % des recettes en 2017 à 18 % en 2025.
Autrement dit, chaque dollar public mal alloué devient plus coûteux lorsque les ressources disponibles pour les routes, l’électricité, l’éducation ou la santé se resserrent.
Quatrième axe : l’intégration régionale. Seulement 15 à 20 % du commerce africain s’effectue à l’intérieur du continent, alors que ces échanges sont généralement plus diversifiés et plus riches en produits manufacturés que les exportations de matières premières vers l’extérieur.
La ZLECAf peut agrandir les marchés accessibles aux entreprises, mais une frontière tarifaire abaissée produit peu d’effets si les marchandises restent ralenties par des corridors déficients, des réseaux électriques fragmentés ou des coûts logistiques élevés.
Enfin, les auteurs proposent de considérer la migration comme une variable économique.
La population active africaine devrait augmenter d’environ 600 millions de personnes d’ici 2050, tandis que celle de plusieurs économies riches diminuera. Mieux former cette main-d’œuvre et faciliter une mobilité encadrée peut permettre de rapprocher les régions où l’offre de travailleurs augmente de celles où les besoins progressent.
Ces cinq leviers convergent vers le même problème : la croissance actuelle reste trop peu intensive en emplois productifs.
En 2024, environ 582 millions de personnes, soit 45,1 % de la population d’Afrique subsaharienne, vivaient encore sous le seuil international d’extrême pauvreté de 3 dollars par jour.
Pour 2026, la Banque mondiale projette un recul du taux à 43,3 %. La baisse existe, mais son niveau montre pourquoi une croissance de 4 % ne suffit pas à elle seule à modifier rapidement la structure sociale et productive du continent.
DecryptEco | RDC & Afrique
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