-
Quatre candidats vaccins contre le virus Bundibugyo poursuivent leur développement et pourraient devenir disponibles dans environ trois mois si les résultats restent favorables, selon des déclarations attribuées jeudi à Bunia au Dr Chikwe Ihekweazu, haut responsable de l’OMS. Une perspective majeure face à une souche pour laquelle aucun vaccin spécifiquement homologué n’est actuellement disponible.
-
L’espoir scientifique surgit au milieu d’une urgence qui change d’échelle : les données les plus récentes font état de 1 792 infections et 625 décès en RDC, tandis que l’OMS estime que le nombre réel de cas pourrait être deux à quatre fois supérieur. En Ituri, épicentre de la crise, la circulation communautaire échappe encore largement aux chaînes de transmission connues.
La course au vaccin vient de gagner un horizon. À Bunia, au cœur d’une épidémie d’Ebola devenue l’une des plus inquiétantes jamais observées, quatre candidats contre le virus Bundibugyo poursuivent leur développement. Si les résultats restent conformes aux attentes, une disponibilité pourrait intervenir dans environ trois mois, selon le Dr Chikwe Ihekweazu, directeur exécutif du Programme de gestion des urgences sanitaires de l’OMS.
Trois mois, pourtant, représentent une éternité à l’échelle actuelle de l’épidémie.
Les chiffres transmis initialement faisaient état de 1 759 cas confirmés et 600 décès. Ils ont déjà été dépassés. Reuters rapporte ce vendredi 10 juillet un bilan officiel de 1 792 infections et 625 morts. Près de 90 % des cas se concentreraient en Ituri, notamment à Bunia, Rwampara, Mongbwalu et Nyakunde.
Le chiffre le plus alarmant n’est cependant pas celui des décès. C’est celui des cas invisibles. Selon l’OMS, jusqu’à quatre nouvelles infections sur cinq dans certaines zones fortement touchées ne présentent aucun lien connu avec des patients déjà recensés. La modélisation de l’organisation suggère que l’épidémie réelle pourrait compter deux à quatre fois plus de cas que le bilan officiel. À Bunia, près de la moitié des cas suspects testés seraient positifs.
Cette sous-détection bouleverse la lecture de la crise. Une chaîne de transmission inconnue est une chaîne que les équipes sanitaires ne peuvent ni cartographier ni interrompre à temps. Le virus Bundibugyo pourrait en outre provoquer, chez certains patients, des symptômes moins immédiatement reconnaissables, retardant le recours aux soins et favorisant la prise en charge à domicile. Au début de l’épidémie, environ 70 % des décès seraient survenus hors des centres de traitement, selon les éléments rapportés par Reuters.
C’est dans cette brèche que la science tente d’accélérer. L’OMS avait déjà réuni en mai un groupe technique chargé d’examiner plusieurs candidats vaccins, notamment des produits développés par l’IAVI et l’Université d’Oxford, ainsi que les données disponibles sur une éventuelle protection croisée offerte par des vaccins existants. Le 2 juillet, un autre front s’est ouvert avec le lancement en RDC du recrutement de patients dans l’essai clinique PARTNERS, destiné cette fois à identifier les premiers traitements efficaces contre la maladie à virus Bundibugyo.
La réponse technologique progresse aussi sur le diagnostic. L’OMS a ajouté début juillet un premier test destiné au virus Bundibugyo à sa liste d’utilisation d’urgence, une avancée importante lorsque la vitesse d’identification des cas conditionne directement l’isolement, le suivi des contacts et la rupture des chaînes de transmission.
Mais aucun vaccin expérimental ne peut combler, à lui seul, un système de surveillance qui perd la trace de la majorité de certaines nouvelles infections. En attendant les résultats des essais, la riposte repose encore sur la détection précoce, l’isolement, le suivi des contacts, les enterrements dignes et sécurisés, la confiance communautaire et la capacité des équipes à atteindre des zones fragilisées par l’insécurité et les déplacements de population. L’OMS forme désormais 21 000 agents de santé communautaires pour renforcer la détection et l’orientation des cas suspects.
La RDC mène donc deux courses simultanées. La première se joue dans les laboratoires, où quatre candidats vaccins rapprochent enfin la souche Bundibugyo d’une protection spécifique. La seconde se joue dans les quartiers, les villages et les foyers où le virus circule encore sans être vu. Trois mois pourraient rapprocher la science d’un vaccin. Pour l’épidémie, les prochaines semaines compteront davantage.
DecryptEco
Laisser un commentaire