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Fally Ipupa : et si la culture était la ressource stratégique que la RDC néglige encore ?

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Chaque année, le Congo célèbre ses minerais comme les piliers de sa richesse. Mais combien vaut un artiste capable de remplir deux fois le Stade de France ? Combien vaut une image positive du pays diffusée auprès de millions de personnes à travers le monde ? La décoration de Fally Ipupa relance une question que les économistes posent depuis longtemps : les industries créatives ne sont-elles pas devenues l’une des ressources stratégiques les plus sous-estimées de la RDC ?

La République démocratique du Congo aime parler de son cuivre, de son cobalt, de son coltan et de son lithium. Elle a raison. Ces ressources représentent une part essentielle de sa richesse présente et future.

Mais depuis quelques jours, un autre débat anime l’opinion : la décoration de Fally Ipupa par le Président Félix Tshisekedi après son double Stade de France historique. Beaucoup y voient un hommage artistique. D’autres y voient une décision politique. Peu y voient ce qu’elle est aussi : un signal économique.

Car la véritable question n’est pas de savoir si Fally Ipupa mérite une décoration. La véritable question est de savoir pourquoi la RDC peine encore à reconnaître que la culture est un secteur économique stratégique.

Lorsqu’un pays exporte une tonne de cuivre, il génère des recettes. Lorsqu’il exporte une image, une marque, un artiste ou une influence culturelle, il génère quelque chose de plus durable : de l’attractivité. C’est précisément ce que les économistes appellent aujourd’hui les actifs immatériels.

Depuis plusieurs décennies, l’économie mondiale évolue vers un modèle où la valeur ne provient plus uniquement des matières premières ou des infrastructures, mais également de la connaissance, de la créativité, de la propriété intellectuelle et des marques. Joseph Nye a théorisé cette réalité sous le concept de « soft power », tandis que Richard Florida a montré comment les industries créatives constituent désormais un moteur de croissance et d’innovation dans les économies modernes.

À cet égard, la RDC possède un avantage compétitif que beaucoup de nations africaines lui envient. La musique congolaise.

La rumba congolaise est l’une des rares productions culturelles africaines à avoir acquis une reconnaissance mondiale durable. Elle traverse les générations, les frontières et les marchés. Elle est devenue une signature identitaire du Congo autant que ses ressources minières. Fally Ipupa est aujourd’hui l’une des expressions les plus visibles de cette puissance culturelle.

Son double concert au Stade de France a réuni plus de 110 000 spectateurs selon plusieurs estimations, certaines sources évoquant même plus de 150 000 personnes sur les deux dates. Surtout, il est devenu le premier artiste africain francophone vivant et évoluant sur le continent à réaliser une telle performance dans cette enceinte mythique.

Ce succès ne relève plus seulement de la musique. Il relève de l’économie. Derrière les projecteurs se trouvent des billets vendus, des contrats publicitaires, des plateformes de streaming, des droits de diffusion, du merchandising, des emplois, des revenus fiscaux et une visibilité internationale exceptionnelle.

Autrement dit, une chaîne de valeur. Le paradoxe est que la RDC continue souvent à considérer ces performances comme de simples succès artistiques alors que d’autres pays ont déjà compris leur portée économique.

La Corée du Sud a transformé la K-Pop en industrie nationale. Le Nigeria a fait de Nollywood et de l’Afrobeats des outils d’influence et d’exportation. Les États-Unis utilisent Hollywood comme un levier de puissance depuis près d’un siècle.

Pendant ce temps, le Congo continue d’exporter des artistes sans véritable stratégie d’exportation culturelle. Pourtant, les indicateurs sont là.

En 2026, l’album XX de Fally Ipupa est devenu le premier album d’un artiste africain à atteindre la première place du classement français SNEP. L’artiste figure également parmi les musiciens africains francophones les plus écoutés sur les plateformes numériques.

Ces chiffres racontent une histoire que les économistes comprennent parfaitement : celle d’un produit congolais capable de conquérir les marchés internationaux.

La décoration de Fally Ipupa ne devrait donc pas être interprétée comme la célébration d’un homme.

Elle devrait être comprise comme la reconnaissance tardive d’un secteur. Un secteur qui crée de la valeur sans creuser une mine. Un secteur qui exporte l’image du pays sans construire une ambassade.

Un secteur qui influence les perceptions du monde sans recourir à la diplomatie traditionnelle. Le débat qui s’ouvre aujourd’hui dépasse ainsi largement le cas de Fally Ipupa.

Il pose une question fondamentale pour l’avenir économique du Congo : pourquoi continuons-nous à mesurer notre richesse uniquement à ce qui sort du sous-sol alors qu’une partie croissante de la valeur mondiale provient désormais de ce qui sort de l’intelligence, de la créativité et du talent des nations ?

Le jour où la RDC investira dans ses industries créatives avec la même ambition qu’elle investit dans son secteur extractif, elle découvrira peut-être que sa ressource la plus rentable n’est pas enfouie sous terre.

Elle est déjà connue du monde entier.

DecryptEco

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