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Afrique : riche en minerais, pauvre en chaînes de valeur (Éditorial)

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L’Afrique ne manque ni de sous-sol, ni d’avenir. Selon la Banque africaine de développement et l’Union africaine, le continent concentre environ 30 % des réserves mondiales de minéraux critiques. L’institution avance même une valeur au site minier d’environ 29 500 milliards de dollars pour ces ressources, dont 8 600 milliards resteraient encore non exploités. Et la vague qui vient est immense : toujours selon la BAD, la demande mondiale pourrait bondir d’ici 2040, notamment pour les métaux du groupe du platine, le lithium et le cuivre, tandis que la chaîne de valeur des véhicules électriques et des batteries passerait de 7 000 milliards de dollars en 2030 à 59 000 milliards en 2050.

La rente qui s’évapore

Le scandale africain n’est donc pas géologique. Il est industriel. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) souligne qu’en dépit de sa place dans l’extraction ; autour de 75 % du manganèse mondial, 70 % du cobalt et près de 20 % du cuivre non transformés, l’Afrique capte aujourd’hui moins de 1 % de la valeur créée par la fabrication des technologies propres et de leurs composants.

L’Union africaine estime, de son côté, que seulement 10 à 15 % de la valeur générée par les minerais africains reste sur le continent.

Voilà cependant la vraie question : pourquoi continuer à quémander l’aide quand l’essentiel de la richesse part encore à l’état brut, puis revient sous forme de produits finis, plus chers, plus stratégiques et plus créateurs d’emplois ?

Le verrou énergétique

Mais transformer suppose d’abord alimenter. Et c’est ici que le nom d’Inga s’impose.

La Banque mondiale rappelle que le site d’Inga possède un potentiel hydroélectrique d’environ 42 000 MW, l’un des plus grands au monde.

Pourtant, l’électricité reste un goulet d’étranglement majeur : seuls 21 % des Congolais avaient accès au courant en 2025, alors même qu’Inga I et II totalisent 1 775 MW installés et fournissent l’essentiel de l’électricité de la SNEL. Inga 3, lui, pourrait ajouter entre 2 et 11 GW, mais le projet n’en est encore qu’à ses fondations institutionnelles et techniques, avec une première phase de 250 millions de dollars sur un programme d’un milliard, et un calendrier qui s’étire sur environ une décennie.

Sans énergie abondante, fiable et compétitive, la métallurgie africaine restera une promesse exportée.

La décision qui manque

La bonne réponse n’est donc pas l’assistanat ; c’est la doctrine industrielle. L’OCDE et l’AIE convergent : l’Afrique doit bâtir des hubs régionaux de transformation, adossés à la ZLECAf, à des corridors logistiques et à une énergie enfin disponible.

Cela signifie des règles stables, des contrats transparents, une montée en puissance du raffinage, des achats locaux, des compétences techniques, et des infrastructures conçues pour servir à la fois la mine, l’usine et le territoire.

Avec un tel potentiel, l’Afrique ne devrait pas mendier. Elle devrait négocier, transformer et facturer davantage. Le vrai retard n’est plus dans le sous-sol. Il est dans la décision politique.

Flory MUSISWA

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