L’intelligence artificielle ne représente plus une simple évolution technologique pour les universités africaines, mais un basculement complet de modèle académique. C’est l’analyse développée par Al Kitenge, stratège et lobbiste à la tête du think tank Al and Legacy, dans une interview exclusive accordée à DecryptEco.
Selon lui, l’introduction de l’intelligence artificielle dans l’enseignement supérieur ne doit pas être interprétée comme une simple modernisation des méthodes pédagogiques. « Il ne s’agit pas de faire évoluer l’enseignement mais de remplacer un modèle par un autre », explique-t-il.
Pour Al Kitenge, cette transformation touche simultanément les contenus, les outils, la durée des formations ainsi que la relation entre enseignants et étudiants. « Le rapport enseignant-apprenant devra changer et on passe à la co-construction des cours », affirme-t-il, estimant que la multiplication des sources d’information et la rapidité des innovations rendent désormais l’enseignement beaucoup plus dynamique qu’auparavant.
Le dirigeant du think tank considère que la République démocratique du Congo dispose d’une opportunité rare pour accélérer sa transformation universitaire. « Notre pays a la chance de sauter des étapes et ne devrait pas la rater », souligne-t-il.
Il estime toutefois que la principale résistance viendra des difficultés d’adaptation au sein même du corps académique. « Le frein, ce sera l’incapacité des enseignants à s’approprier les outils et l’idée que l’IA va les paralyser », prévient-il.
Interrogé sur les réformes engagées à Université de Kinshasa, Al Kitenge juge que le plan stratégique de l’institution devra continuellement évoluer afin de rester cohérent avec les mutations technologiques mondiales. Il salue notamment la dynamique impulsée autour de l’innovation et de l’entrepreneuriat. « Le Recteur Kayembe imprime une cadence intensive surtout dans l’innovation et l’entrepreneuriat à travers des partenariats », indique-t-il, tout en insistant sur la nécessité d’aligner l’université avec les besoins de l’industrie et des entreprises.
Sur la recherche scientifique, Al Kitenge estime que l’IA bouleverse déjà les anciennes méthodes académiques. « Avec l’IA, les anciennes méthodes sont obsolètes », affirme-t-il, citant notamment l’exemple de la Chine où, selon lui, les chercheurs capables d’innover concrètement bénéficient désormais d’une reconnaissance académique croissante.
Concernant les enjeux éthiques, le stratège adopte une position tranchée. « Il y a plus d’éthique et plus d’esprit critique avec l’IA plutôt que sans », soutient-il, évoquant notamment les progrès réalisés dans la détection du plagiat et l’intensification de la concurrence intellectuelle.
À ses yeux, les universités africaines font désormais face à un choix décisif : « L’université se fera avec l’IA ou consacrera un statut de machine à perdre. »
DecryptEco
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