Le gouvernement congolais poursuit les discussions autour du développement du projet de lithium de Manono, considéré comme l’un des investissements miniers stratégiques en cours en République démocratique du Congo. Le ministre des Mines, Louis Watum Kabamba, a reçu jeudi à Kinshasa les responsables de la société MANONO LITHIUM SAS afin d’évaluer l’état d’avancement des travaux et les prochaines étapes opérationnelles du projet.
Porté dans le cadre d’un partenariat entre Zijin Mining Group, la COMINIÈRE SA et l’État congolais, le projet représente un investissement global estimé à 2 milliards de dollars américains. Les échanges ont principalement porté sur les infrastructures minières, énergétiques et logistiques prévues dans la province du Tanganyika.
Selon les responsables du projet, plusieurs installations devraient entrer progressivement en service à partir de 2026, notamment l’unité de séparation en milieu dense, certaines infrastructures de traitement ainsi que des aménagements routiers et portuaires destinés à soutenir les activités minières autour de Manono et du port de Kalemie.
Le gouvernement met particulièrement l’accent sur les effets structurants attendus autour des infrastructures énergétiques. Le projet prévoit notamment la centrale hydroélectrique de Mpiana-Mwanga, d’une capacité annoncée de 37,5 mégawatts, destinée à soutenir les opérations industrielles et l’alimentation énergétique locale.
Lors des échanges, Louis Watum Kabamba a insisté sur les enjeux de transformation locale des minerais stratégiques, de transfert de technologies et de création d’emplois. Les autorités considèrent désormais le lithium comme l’un des minerais centraux dans la transition énergétique mondiale, en raison de son utilisation dans les batteries électriques et les technologies de stockage d’énergie.
À ce stade, le projet emploierait déjà plus de 1 200 travailleurs congolais et générerait plusieurs milliers d’emplois indirects, selon les données présentées au ministère des Mines.
Pour des experts spécialisés dans les chaînes de valeur minières et la transition énergétique, le projet de Manono pourrait progressivement repositionner la RDC dans le marché mondial des minerais critiques. Selon eux, la combinaison entre le lithium, les infrastructures énergétiques et les capacités logistiques pourrait permettre au pays de renforcer son rôle dans l’industrie mondiale des batteries, à condition d’accélérer les investissements dans la transformation locale et les compétences techniques.
Des analystes des politiques extractives estiment également que l’enjeu dépasse désormais l’exportation brute des minerais. Ils considèrent que la rentabilité économique à long terme dépendra de la capacité du pays à développer une chaîne industrielle intégrée autour du raffinage, de la transformation et des industries associées aux technologies énergétiques.
Cette approche s’inscrit également dans les orientations régulièrement défendues par l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (ITIE), qui plaide pour une meilleure gouvernance des revenus miniers, davantage de transparence et une valorisation locale accrue des ressources stratégiques. L’organisation rappelle fréquemment que les minerais liés à la transition énergétique offrent une opportunité économique majeure aux pays africains, à condition que les investissements miniers s’accompagnent d’infrastructures durables, de retombées locales et d’une gestion rigoureuse des revenus extractifs.
Dans cette logique, le ministre des Mines a également insisté sur la nécessité de renforcer la communication avec les communautés locales et les autorités provinciales, tout en demandant à la société de produire régulièrement des rapports trimestriels sur l’évolution des travaux et d’engager une réflexion sur l’après-mine.
DecryptEco
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