Le retour des pays africains sur les marchés internationaux de la dette s’est confirmé entre 2025 et 2026. Après une période de retrait liée à la hausse des taux mondiaux, plusieurs États ont repris leurs émissions d’Eurobonds pour mobiliser des financements en devises. Suivant les compilations des données effectuées par DecryptEco, il ressort qu’au total, les montants levés atteignent environ 15,7 milliards USD en 2025, auxquels s’ajoutent déjà plusieurs opérations réalisées en 2026, portant l’ensemble à près de 18 à 20 milliards USD sur la période.
Cette dynamique repose sur un groupe limité de pays. La Côte d’Ivoire, le Kenya et le Bénin ont ouvert la voie en 2025, suivis par le Nigeria et l’Angola. La Côte d’Ivoire a ainsi levé 1,75 milliard USD en 2025, avant de revenir sur les marchés avec une émission de 1,3 milliard USD en 2026.
L’Angola a mobilisé 1,75 milliard USD à travers une émission en deux tranches , tandis que le Nigeria a levé environ 2,25 milliards USD sur les marchés internationaux. Le Kenya a poursuivi en 2026 avec une émission d’environ 2,25 milliards USD , tandis que le Bénin a mobilisé 850 millions USD, dont une part via un Sukuk. La République démocratique du Congo s’inscrit désormais dans ce mouvement avec une première émission de 1,25 milliard USD.
Cette opération marque une étape importante pour la RDC. Le pays a structuré sa levée de fonds en deux obligations, l’une sur 5 ans à 8,75 % et l’autre sur 10 ans à 9 %.
Ce type de montage permet de répartir le remboursement dans le temps. La tranche courte réduit l’exposition à long terme, tandis que la tranche longue offre davantage de flexibilité budgétaire, mais à un coût plus élevé.
Concrètement, l’État devra verser chaque année des intérêts proches de 114 millions USD, avant de rembourser le capital à échéance.
Comme dans la majorité des cas africains récents, ces émissions répondent avant tout à un besoin de gestion de la dette. Les États cherchent à refinancer des obligations arrivant à maturité, à lisser leurs échéances et à sécuriser leur trésorerie. Le cas du Kenya illustre bien cette logique, une grande partie des fonds ayant servi à racheter des titres existants.
Les conditions d’emprunt restent toutefois exigeantes. Les taux observés, souvent compris entre 8 % et 10 %, traduisent le niveau de risque perçu par les investisseurs. Ils reflètent à la fois les vulnérabilités macroéconomiques, les contraintes institutionnelles et, dans certains cas, les risques liés à l’environnement sécuritaire.
Pour la RDC, notée en catégorie spéculative, ces taux restent élevés mais cohérents avec son profil de risque. Dans ce contexte, certains pays cherchent à diversifier leurs instruments. Le Bénin a ainsi combiné Eurobond classique et Sukuk, élargissant sa base d’investisseurs.
Cette approche témoigne d’une évolution progressive des stratégies de financement, avec une volonté de réduire la dépendance aux circuits traditionnels.
Malgré cette reprise, une question demeure. Les montants levés sont importants, mais leur impact économique dépend de leur utilisation. Dans plusieurs cas, les ressources servent principalement à stabiliser les finances publiques plutôt qu’à financer des investissements productifs.
Des experts du secteur financier basés Aux États-Unis soulignent que le véritable enjeu ne réside plus dans l’accès aux marchés, mais dans la transformation de ces financements en croissance réelle.
Le décalage entre les volumes mobilisés, les recettes générées et l’amélioration du niveau de vie reste perceptible dans de nombreux pays.
La RDC, comme d’autres émetteurs africains, entre ainsi dans une nouvelle phase. L’accès aux marchés internationaux constitue un levier important, mais il implique aussi une exigence accrue en matière de discipline budgétaire, de transparence et d’efficacité des dépenses.
Au-delà des montants, la question centrale reste la même à l’échelle du continent. Comment faire en sorte que ces financements contribuent durablement au développement économique.
Entre la mobilisation de près de 20 milliards USD et leur transformation en infrastructures, en emplois et en croissance, c’est cette capacité d’exécution qui déterminera la portée réelle de cette nouvelle séquence financière africaine.
Flory MUSISWA
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