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RDC : le bilan des cent premiers jours de Soraya Aziz-Moto à l’ARE

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  • L’Autorité de régulation du secteur de l’électricité a examiné 45 projets représentant 2,30 milliards de dollars d’investissements projetés et une capacité cumulée de 2 684,838 MW durant les cent premiers jours de sa nouvelle administration.

  • Le bilan couvre aussi le traitement de 12 dossiers tarifaires, l’émission de 18 avis favorables pour des titres énergétiques, l’inspection de 16 ouvrages ainsi que la numérisation des procédures destinées aux opérateurs et aux consommateurs.

L’Autorité de régulation du secteur de l’électricité (ARE) a placé le traitement des projets énergétiques au centre des cent premiers jours de sa nouvelle administration. Le bilan présenté le 29 juillet recense 45 dossiers examinés, répartis entre la production, l’importation, la commercialisation de l’électricité et l’accès aux réseaux.

L’ensemble représente un portefeuille évalué à 2,30 milliards de dollars et une capacité additionnelle projetée de 2 684,838 mégawatts. Douze dossiers tarifaires ont parallèlement été traités, tandis que 18 avis favorables ont été émis en vue de l’obtention de titres énergétiques. Les équipes techniques ont aussi inspecté 16 ouvrages électriques pour vérifier leur conformité aux normes de sécurité applicables en République démocratique du Congo.

Soraya Aziz-Moto conduit cette nouvelle administration aux côtés de Jean-Marie Beya Kamba, président du conseil d’administration, et de Marco Kuyu, directeur général adjoint. Nommés le 20 février 2026, les nouveaux dirigeants ont officiellement pris leurs fonctions le 3 mars, à l’issue d’une remise et reprise avec Sandrine Mubenga Ngalula et Sylvie Olela.

Quarante-cinq projets engagés dans le circuit réglementaire

Sur les 45 projets comptabilisés, 30 concernent la production ou l’importation d’électricité. Les 15 autres portent sur la commercialisation et l’accès aux réseaux.

Cette répartition couvre plusieurs maillons de la chaîne électrique. Les projets de production concernent les installations appelées à transformer une source d’énergie — hydraulique, solaire, thermique ou autre — en électricité. Les dossiers d’importation portent sur l’entrée d’énergie produite à l’extérieur du territoire national. La commercialisation concerne la vente aux clients, tandis que l’accès aux réseaux organise l’utilisation des infrastructures de transport ou de distribution par des opérateurs autres que leurs propriétaires.

Dans un marché progressivement ouvert aux capitaux privés, ces activités suivent des procédures distinctes. Selon leur nature, les promoteurs doivent obtenir une concession, une licence ou une autorisation, présenter leurs capacités techniques et financières, faire examiner leurs propositions tarifaires et soumettre leurs installations aux contrôles de conformité.

L’ARE intervient dans ce parcours comme régulateur économique et technique. Créée par le décret n°16/013 du 21 avril 2016, elle contrôle l’application des normes, veille aux règles de transparence et de concurrence, analyse les tarifs, contribue à l’environnement des investissements et intervient dans le règlement des conflits du secteur.

Le volume traité durant les cent premiers jours marque une hausse par rapport au rythme de référence présenté par l’établissement. L’ARE situe à environ 300 millions de dollars par an la valeur moyenne des investissements examinés au cours des années précédentes. Le portefeuille de 2,30 milliards de dollars représente ainsi près de huit fois cette moyenne annuelle.

L’institution rapproche également cette activité du volume cumulé enregistré entre le démarrage de ses opérations, en 2020, et le premier trimestre 2026. Le chiffre retrace la valeur des projets passés par le circuit réglementaire. Leur traduction financière suivra les calendriers propres à chaque investissement : mobilisation des fonds, commandes d’équipements, travaux de construction, raccordement et mise en exploitation.

Une capacité projetée de 2 684,838 MW

Les projets examinés totalisent une puissance additionnelle de 2 684,838 MW. Cette capacité correspond aux installations présentées au régulateur dans le cadre des demandes liées à la production et à l’importation.

Pour entrer dans le système électrique, chaque projet doit franchir plusieurs étapes. Après la conception technique viennent généralement la structuration du financement, les études environnementales et sociales, l’obtention des droits nécessaires, la construction des ouvrages, les essais techniques et la certification préalable à l’exploitation.

Le raccordement constitue une autre séquence déterminante. Une centrale peut être achevée sans pouvoir immédiatement injecter toute sa production lorsque les lignes ou les postes nécessaires ne sont pas encore disponibles. Les projets d’accès au réseau comptabilisés par l’ARE répondent notamment à cette articulation entre les producteurs, les infrastructures de transport et les consommateurs.

Le portefeuille concerne aussi l’importation d’électricité. Cette activité permet aux opérateurs installés en RDC de compléter l’offre nationale par des achats transfrontaliers, sous réserve de disposer des titres requis, d’une capacité de transport et d’accords commerciaux compatibles avec la réglementation congolaise.

La présence de 15 projets dans la commercialisation et l’accès au réseau traduit, pour sa part, l’élargissement du marché au-delà de la seule production. Elle accompagne l’arrivée d’opérateurs appelés à acheter, transporter ou revendre l’électricité à des clients industriels, commerciaux ou résidentiels.

Douze dossiers tarifaires traités en cent jours

La tarification constitue le deuxième axe quantifiable du bilan. L’ARE rapporte avoir traité 12 dossiers tarifaires en cent jours, contre quatre sur l’ensemble de l’année 2025.

Un dossier tarifaire rassemble les paramètres économiques utilisés pour établir le prix de l’électricité. Il intègre notamment le coût des équipements, les dépenses de construction, les charges d’exploitation, la maintenance, la durée d’amortissement, les volumes attendus de consommation et les conditions de financement.

Pour un producteur indépendant, le tarif détermine les revenus susceptibles d’être générés par la centrale. Pour les entreprises, il entre directement dans les coûts de production. Pour les ménages, il détermine le poids de l’électricité dans les dépenses courantes. Le travail du régulateur consiste à examiner les hypothèses soumises et à les rapprocher des exigences de continuité, de qualité et d’équilibre économique du service.

La progression du nombre de dossiers intervient alors que plusieurs modèles coexistent en RDC. Certaines installations alimentent directement des sites miniers ou industriels. D’autres desservent une ville ou une zone déterminée à travers un réseau local. Les mini-réseaux et les solutions hors réseau répondent aux besoins des territoires éloignés des grandes infrastructures de la Société nationale d’électricité.

Chaque configuration entraîne une structure de coûts différente. Une centrale solaire peut supporter des dépenses d’investissement élevées au départ, mais des charges de combustible limitées. Une installation thermique dépend davantage des prix du carburant et de son transport. Une centrale hydroélectrique exige des travaux plus longs, puis bénéficie généralement d’un coût d’exploitation plus stable.

Dix-huit avis favorables pour les titres énergétiques

L’ARE a émis 18 avis favorables en vue de l’obtention de titres énergétiques. Ces avis s’inscrivent dans la procédure applicable aux concessions, licences et autorisations nécessaires à l’exercice des activités électriques.

La concession porte notamment sur l’utilisation du domaine public pour certaines infrastructures ou sur l’exploitation d’un service dans un périmètre déterminé. La licence encadre des activités définies par la législation, tandis que l’autorisation s’applique à d’autres catégories d’installations ou d’opérations.

Avant de formuler son avis, le régulateur examine les éléments juridiques, économiques, financiers et techniques du dossier. Le promoteur doit notamment établir son identité, son organisation, ses capacités de financement, la technologie retenue, la localisation de son projet et les modalités prévues pour la fourniture de l’électricité.

Les procédures d’attribution, de modification et de retrait des titres sont encadrées par les textes du secteur. Elles permettent d’identifier les opérateurs autorisés, leurs zones d’activité, la nature des services proposés et les obligations associées à leur présence sur le marché. Le site de l’ARE publie déjà plusieurs registres relatifs aux avis, aux concessions, aux licences et aux statuts accordés aux opérateurs.

Seize ouvrages soumis aux inspections techniques

Les équipes de l’ARE ont inspecté 16 ouvrages électriques pendant la période couverte. Les contrôles portent sur l’application des normes techniques et environnementales, la sécurité des installations et la conformité des équipements destinés à la production, au transport ou à la distribution de l’électricité.

Une inspection peut concerner une centrale, une ligne, un poste de transformation, une cabine moyenne ou basse tension ainsi que les dispositifs de protection associés. Les ingénieurs vérifient notamment les caractéristiques des équipements, la qualité des branchements, les systèmes de mise à la terre et les mécanismes destinés à prévenir les surcharges ou les courts-circuits.

L’ARE dispose d’une liste de normes servant de référence à la conception, à la réalisation, à l’exploitation et à la certification des installations électriques en RDC. Elle tient également un registre des ouvrages ayant obtenu un certificat de conformité, parmi lesquels figurent des lignes de transport, des postes et des cabines exploités par des sociétés minières, industrielles et commerciales.

Les inspections relient ainsi l’autorisation administrative à la réalité physique du projet. Elles interviennent avant ou pendant la mise en service et permettent de vérifier que les installations correspondent aux plans, aux capacités annoncées et aux exigences de sécurité.

Les procédures passent progressivement au numérique

La nouvelle administration a accompagné le traitement des projets par une réorganisation de ses circuits internes. Une plateforme numérique a été consacrée à la gestion électronique du courrier, avec pour objectif d’enregistrer les documents, de les orienter vers les directions concernées et de suivre leur traitement.

Cette évolution s’accompagne de nouvelles procédures administratives, d’un organigramme révisé et du renouvellement d’une partie du matériel informatique. L’ARE a également élaboré un plan de travail budgétisé afin de relier ses activités aux ressources nécessaires à leur exécution.

Pour un opérateur, la gestion numérique permet de rattacher chaque demande à une date de réception, à un service et à une étape précise. Le dispositif couvre aussi les échanges internes entre les directions chargées des questions juridiques, économiques, tarifaires et techniques.

Le renforcement des compétences a été engagé en parallèle. Le 20 mars, l’ARE et l’École nationale d’administration ont signé un protocole d’accord prévoyant une formation certifiante en gestion de projets, alignée sur les standards du Project Management Institute. Le programme s’adresse aux directeurs, cadres et agents appelés à planifier et suivre les activités de l’établissement.

Une interface destinée aux plaintes des consommateurs

La numérisation s’étend aux relations avec les usagers. Une page sécurisée permet aux consommateurs de déposer leurs plaintes et d’en suivre le traitement.

Les réclamations peuvent concerner une facture, un raccordement, une interruption, la qualité du courant ou l’exécution du contrat de fourniture. Le consommateur saisit d’abord son opérateur ou son fournisseur. Lorsque le différend n’est pas résolu, il peut porter le dossier devant l’ARE, conformément aux droits reconnus aux usagers du secteur.

Le passage au numérique facilite la transmission des pièces justificatives et le suivi des différentes étapes. Il fournit également au régulateur une base structurée pour classer les litiges par opérateur, par territoire et par type de problème.

Cette fonction complète l’une des missions centrales de l’ARE : organiser les relations entre les opérateurs et les clients dans un marché comprenant à la fois la SNEL, des producteurs indépendants, des distributeurs locaux et des fournisseurs actifs dans les zones industrielles ou minières.

Une politique interne centrée sur les agents

Le bilan des cent premiers jours comprend également plusieurs mesures consacrées au personnel. La direction indique avoir amélioré les conditions salariales, optimisé la couverture médicale et modernisé l’environnement de travail.

La grille des salaires a été alignée sur le système de la fonction publique. Des locaux ont été aménagés pour le conseil d’administration et la direction générale, tandis qu’un nouvel organigramme a été engagé pour répartir les responsabilités entre les différents services.

Ces mesures concernent une institution dont les métiers associent plusieurs compétences spécialisées. L’examen des projets exige des ingénieurs électriciens, des économistes, des juristes, des analystes financiers, des experts tarifaires et des agents chargés des inspections. La gestion des plaintes mobilise, de son côté, les services juridiques et ceux chargés de la protection des consommateurs.

La nouvelle administration a aussi finalisé et fait certifier les états financiers de l’établissement. Un audit institutionnel a été engagé autour de son organisation, de ses procédures et de ses mécanismes de gouvernance.

Deux arrêtés consacrés aux ressources de l’ARE

La base financière de l’institution a été réorganisée par deux arrêtés signés par le ministre des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, Aimé Molendo Sakombi.

L’arrêté 0190 modifie et complète le dispositif fixant les frais perçus par l’ARE dans le cadre de ses missions. Ces frais sont liés aux procédures, aux examens de dossiers et à certaines interventions réglementaires réalisées pour le compte des opérateurs.

L’arrêté 0191 porte sur la fixation et la répartition des ressources entre l’ARE et l’Agence nationale de l’électrification et des services énergétiques en milieux rural et périurbain. Les deux établissements occupent des fonctions différentes : l’ARE régule le marché, tandis que l’ANSER intervient dans le développement de l’accès à l’énergie en dehors des grands centres urbains.

La clarification de ces ressources accompagne la montée en charge des activités d’analyse, d’inspection et de suivi. Elle s’inscrit dans le cadre financier général de l’ARE, dont les mécanismes de perception et de gestion sont organisés par le décret n°18/050 du 24 décembre 2018.

Des partenariats tournés vers les projets et les infrastructures

Les cent premiers jours ont aussi été marqués par plusieurs accords avec des institutions publiques et des entreprises.

Le 9 avril, l’ARE et l’Unité de coordination et de management des projets ont signé un accord spécifique encadrant leur collaboration dans deux programmes : le Projet d’accès, de gouvernance et de réforme des secteurs de l’électricité et de l’eau, financé par la Banque mondiale, et le Programme d’appui à la gouvernance et à l’amélioration du secteur électrique, soutenu par la Banque africaine de développement.

Le dispositif associe le suivi réglementaire et technique de l’ARE aux fonctions de coordination et de gestion des projets assurées par l’UCM. Il couvre des réformes institutionnelles, des études, des équipements et des actions destinées à améliorer le fonctionnement du secteur.

Le 7 mai, l’ARE a conclu un autre protocole avec HT DRC Infraco, filiale de Helios Towers. Le partenariat porte sur l’approvisionnement électrique des infrastructures de télécommunications, notamment les sites situés hors des réseaux traditionnels. Il prévoit une coordination avec les opérateurs énergétiques autorisés, la transparence tarifaire et le développement de solutions adaptées aux antennes isolées.

L’électricité constitue une charge importante pour les opérateurs télécoms, qui utilisent fréquemment des groupes électrogènes et des batteries afin de maintenir leurs sites en fonctionnement. Une alimentation plus régulière agit directement sur la continuité des appels, des services numériques et des paiements électroniques.

La nouvelle direction a aussi participé au dialogue public-privé organisé par le ministère de tutelle, la Fédération des entreprises du Congo et l’IFC. Les discussions ont porté sur la fiscalité du secteur et sur la mise en place d’un guichet unique destiné à regrouper les principales procédures relatives aux investissements électriques.

Une régulation inscrite dans l’objectif de 62 % d’accès

Le bilan intervient dans un pays où l’accès à l’électricité demeure limité à environ 21 % de la population. Le Pacte énergétique national adopté dans le cadre de Mission 300 vise un taux de 62 % en 2030, ce qui correspondrait à environ 82 millions de personnes desservies.

Cette trajectoire repose sur une combinaison de grands ouvrages, de centrales indépendantes, de réseaux urbains, de mini-réseaux et de solutions autonomes. Elle suppose aussi une amélioration du fonctionnement de la SNEL, l’arrivée d’investisseurs privés et le développement de mécanismes de financement adaptés aux projets énergétiques.

Dans ce dispositif, l’ARE agit en amont de la construction. Elle examine les projets, prépare ou formule les avis nécessaires, audite les tarifs, contrôle les ouvrages et intervient dans les relations entre fournisseurs et consommateurs.

« Les cent premiers jours ne suffisent pas à transformer une institution », a déclaré Soraya Aziz-Moto, présentant cette période comme celle de la fixation du cap et de la mise en place des premières fondations.

Après le traitement des 45 projets, les étapes suivantes se dérouleront dans les circuits financiers, sur les chantiers et dans les procédures de raccordement. Les 2,30 milliards de dollars et les 2 684,838 MW recensés forment désormais un portefeuille dont l’évolution accompagnera les prochaines séquences de la politique énergétique congolaise.

Flory MUSISWA
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