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La Ville de Kinshasa s’apprête à retirer aux agents des transports la perception manuelle de la taxe de stationnement, au profit d’un dispositif numérique associant la plateforme Makuta-Karobase et l’APDNK. La réforme, impulsée par le gouverneur Daniel Bumba, vise à réduire les fuites de recettes dans un secteur où la circulation quotidienne de motos, taxis et taxi-bus dessine une assiette fiscale considérable.
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Derrière la dématérialisation se joue une transformation plus profonde de la fiscalité urbaine : rendre chaque paiement traçable, réduire l’intermédiation humaine et mieux relier la perception à la caisse publique. Mais la technologie ne suffira pas. La réussite du dispositif dépendra de la cartographie des parkings, de l’identification des redevables, du contrôle et d’une architecture de paiement suffisamment simple pour fonctionner à l’échelle d’une mégapole largement dominée par l’informel.
Kinshasa veut fermer l’une des brèches les plus classiques de la fiscalité urbaine : le cash collecté sur le terrain. Jeudi 9 juillet, le gouverneur Daniel Bumba Lubaki a réuni autour de lui les principaux acteurs du transport et de la mobilisation des recettes pour préparer la dématérialisation de la taxe de stationnement. À terme, sa perception ne devrait plus reposer sur l’encaissement manuel par les agents des transports.
Le basculement annoncé s’appuiera sur la plateforme Makuta-Karobase, en articulation avec l’APDNK. Le choix est loin d’être purement technique. Dans une chaîne de collecte où l’argent liquide multiplie les points de rupture entre le contribuable et le Trésor urbain, la numérisation peut introduire ce qui manque souvent aux prélèvements de proximité : une empreinte de paiement, un historique vérifiable et une capacité de rapprochement entre sommes dues et recettes effectivement encaissées.
La réunion du 9 juillet a rassemblé le ministre provincial des Transports, Jésus-Noël Sheke, le secrétariat exécutif du gouvernement provincial, des responsables de l’APDNK, de la brigade anti-fraude et de l’administration des transports, ainsi que des experts technologiques. Cette composition révèle l’ampleur du chantier : Kinshasa ne numérise pas simplement un reçu, elle tente de reconstruire une chaîne de perception.
Le potentiel financier est réel, mais aucun chiffre public consolidé et vérifié ne permet, à ce stade, d’en mesurer précisément le rendement. C’est une nuance essentielle. La capitale concentre un parc massif de motos, taxis et taxi-bus ; cette densité élargit mécaniquement la base potentielle de perception, sans garantir pour autant une hausse automatique des recettes. Entre l’assiette théorique et l’argent effectivement versé dans les caisses de la Ville subsistent l’informalité, la fraude, les paiements multiples, les zones de stationnement mal définies et la faiblesse du contrôle.
C’est précisément là que la réforme sera jugée. Les travaux préparatoires portent notamment sur l’organisation des espaces de stationnement dans les 24 communes, la traçabilité des paiements, le traitement des récalcitrants, les amendes, les mesures d’incitation et la sensibilisation des usagers. Une réflexion sur la mutualisation des taxes et redevances du transport est également évoquée, avec la perspective de réduire la fragmentation des prélèvements.
Pour Kinshasa, le gain potentiel dépasse donc la seule taxe de stationnement. Si le système parvient à attribuer chaque paiement à un redevable, à une opération et à une recette identifiable, la Ville disposera d’un instrument de pilotage fiscal autrement plus puissant que la collecte de rue. À l’inverse, une simple transposition numérique des désordres existants ne ferait que déplacer les failles.
Le véritable tournant commencera lorsque la dématérialisation quittera le terrain des annonces pour celui des encaissements mesurables : taux d’adoption, recettes avant et après réforme, coût du dispositif, disponibilité du service et part des flux effectivement retracés jusqu’aux comptes publics. C’est à cette comptabilité-là que se mesurera la rupture.
DecryptEco
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