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Le groupe de l’industriel nigérian Aliko Dangote a retenu Lamu, sur la côte kényane, pour implanter une raffinerie de 700 000 barils par jour, appelée à devenir le plus grand projet de raffinage d’Afrique de l’Est et l’investissement le plus important du conglomérat hors du Nigeria.
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Au-delà du choix du Kenya face à l’option tanzanienne, le projet pourrait reconfigurer les flux énergétiques régionaux, réduire la dépendance aux carburants importés et consacrer l’émergence d’une puissance privée africaine du raffinage entre le golfe de Guinée et l’océan Indien.
Le groupe Dangote a tranché. Sa future méga-raffinerie d’Afrique de l’Est sera construite à Lamu, au Kenya, mettant fin aux spéculations sur la localisation de l’un des projets industriels les plus ambitieux actuellement envisagés sur le continent.
D’une capacité projetée de 700 000 barils par jour, l’installation dépassera, sur le papier, la capacité nominale initiale de 650 000 barils par jour de la raffinerie Dangote de Lagos. Selon Edwin Devakumar, vice-président chargé du pétrole et du gaz chez Dangote Industries Limited, le site a déjà été sélectionné, les tests de sol sont en cours et les travaux de conception et d’ingénierie ont commencé. La construction pourrait prendre jusqu’à trois ans.
Le choix de Lamu consacre une inflexion stratégique majeure. La Tanzanie avait été envisagée, notamment autour de Tanga, tandis qu’Aliko Dangote avait auparavant publiquement penché pour Mombasa. C’est finalement Lamu qui s’impose, sur fond de considérations liées aux infrastructures, à la logistique et à l’accès au marché.
Pour le Kenya, l’enjeu dépasse largement l’accueil d’un investissement industriel. Une raffinerie de cette dimension pourrait renforcer la centralité du pays dans l’architecture énergétique régionale et repositionner sa façade maritime comme un point d’entrée majeur pour les flux pétroliers destinés aux économies d’Afrique de l’Est.
À 700 000 barils par jour, le projet ne peut en effet être pensé à l’échelle du seul marché kényan. Sa logique est régionale. La future installation devrait approvisionner le Kenya et les pays voisins, dans une zone où plusieurs économies demeurent fortement dépendantes des importations de produits pétroliers raffinés.
C’est précisément là que réside la portée géoéconomique du projet. L’Afrique de l’Est importe une part importante des carburants qu’elle consomme, s’exposant aux fluctuations des prix internationaux, aux coûts du fret et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement. Une capacité locale de raffinage de cette ampleur pourrait déplacer vers le continent une partie de la valeur ajoutée aujourd’hui captée à l’extérieur.
Le pari reste néanmoins colossal. Le coût exact du projet n’a pas été dévoilé, mais Edwin Devakumar a indiqué qu’il pourrait être comparable à celui du complexe de Lagos, dont la facture a dépassé 20 milliards de dollars. Dangote prévoit de mobiliser une combinaison de trésorerie interne, d’émissions obligataires et de ressources issues d’une introduction en Bourse.
Cette architecture financière révèle l’échelle du projet : Lamu ne sera pas seulement un chantier pétrolier, mais potentiellement l’une des plus importantes opérations de mobilisation de capitaux industriels en Afrique.
Pour Aliko Dangote, l’investissement prolonge une stratégie continentale désormais lisible. Après avoir construit au Nigeria la plus grande raffinerie à train unique du continent, le groupe veut étendre sa puissance de transformation vers l’Est. La raffinerie de Lagos, officiellement donnée pour 650 000 barils par jour, a récemment franchi le seuil de 700 000 barils lors d’un test de performance. Le groupe nourrit parallèlement des ambitions d’expansion considérables.
Si le projet de Lamu aboutit, Dangote ne sera plus seulement le symbole de l’industrialisation nigériane. Il pourrait devenir l’un des principaux architectes privés de la nouvelle géographie énergétique africaine.
Le Kenya remporte ainsi une bataille de localisation industrielle majeure. Mais le véritable test commence maintenant : sécurisation du financement, maîtrise des coûts, infrastructures logistiques, approvisionnement en brut, contraintes environnementales et capacité à servir plusieurs marchés régionaux.
À Lamu, Dangote ne construit donc pas simplement une raffinerie. Il parie sur une idée autrement plus ambitieuse : faire de l’Afrique non plus seulement un continent producteur de brut et importateur de carburants, mais un espace capable de transformer lui-même une part croissante de l’énergie qu’il consomme.
DecryptEco
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