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RDC : fin du cash en dollars d’ici 2027, inflation maîtrisée et stratégie or, André Wameso décrypte les leviers de stabilisation

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En marge des Assemblées de printemps du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale (BM), le gouverneur de la Banque centrale du Congo, André Wameso, a dévoilé, lors d’une interview accordée à Bloomberg, une feuille de route monétaire ambitieuse, articulée autour de trois axes : réduction de l’usage du dollar en espèces, consolidation de la stabilité des prix et constitution de réserves stratégiques en or.

« Les dollars que nous importons ne restent pas dans l’économie formelle », a-t-il déclaré, pointant un problème structurel de traçabilité des flux dans une économie encore largement informelle. La mesure phare consiste à mettre fin aux transactions en espèces en dollars dès 2027, au profit de paiements électroniques. Les comptes en devises seront maintenus, mais les flux devront transiter par le système bancaire.

Une réforme monétaire à visée systémique

L’objectif est de renforcer la lutte contre le blanchiment et redonner au franc congolais sa fonction de monnaie de référence. Cette orientation s’inscrit dans la volonté de la RDC de sortir de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), un facteur déterminant pour l’accès aux financements internationaux.

Pour les analystes, cette réforme marque un tournant. Alexander Venter estime qu’elle « renforce l’efficacité de la politique monétaire », tout en rappelant que son succès dépendra de la capacité à formaliser une économie encore dominée par le cash.

Inflation contenue, mais vigilance externe

Sur le front des prix, la Banque centrale revendique une inflation maîtrisée autour de 2,3 % à 2,4 %, bien en dessous de sa cible de 7 %. Une performance notable dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques.

« Si la crise au Moyen-Orient se prolonge, nous pourrions faire face à une hausse des coûts d’importation et à une baisse des recettes d’exportation », a averti le gouverneur, évoquant notamment l’impact sur les industries minières dépendantes du carburant.

Vers une souveraineté financière accrue

Autre chantier stratégique : la constitution de réserves en or à partir de la production locale. En partenariat avec DRC Gold Trading SA, la Banque centrale veut sécuriser des approvisionnements certifiés et renforcer ses actifs de réserve.

Parallèlement, la digitalisation financière s’accélère, avec l’entrée de fintechs et des partenariats structurants avec Visa et Mastercard. Une dynamique qui soutient la transition vers une économie moins dépendante du cash.

Signaux de crédibilité sur les marchés

Les récentes émissions d’obligations en francs congolais ; dont 75 % des 100 milliards proposés ont été souscrits, traduisent, selon André Wameso, « une anticipation de stabilité par les acteurs économiques ». Cette confiance a été renforcée par le succès du premier eurobond du pays (1,25 milliard USD).

Au-delà des réformes monétaires, la trajectoire macroéconomique repositionne la RDC dans le paysage africain. Selon les projections du Fonds monétaire international (FMI), le pays devrait atteindre un PIB d’environ 123 milliards USD en 2026, dépassant l’Éthiopie ( 122 milliards USD) et intégrant le top 5 des économies en Afrique subsaharienne.

Cette progression repose sur deux moteurs principaux :

La hausse des prix des matières premières, notamment le cuivre et le cobalt, qui soutiennent les exportations

L’appréciation du franc congolais, passé d’environ 2.800 CDF à près de 2.200 CDF pour 1 USD, renforçant mécaniquement le PIB en dollars

Dans ce contexte, la politique monétaire menée sous l’ère Wameso apparaît cohérente. La réduction du taux directeur, combinée à une gestion prudente de la liquidité, a contribué à stabiliser les anticipations et à soutenir l’activité.

Une trajectoire crédible, mais exigeante

L’ensemble de ces mesures dessine une stratégie claire : reprendre le contrôle de la monnaie, formaliser les flux financiers et les activités économique et renforcer la crédibilité internationale.

Mais leur applicabilité reste le véritable test. Dans une économie où le cash domine et où la confiance dans la monnaie locale a été historiquement fragilisée, la réussite dépendra, selon les experts, de trois facteurs :

Primo, l’inclusion financière réelle des populations ;

Secundo, la robustesse des infrastructures numériques ;

Tertio, la constance des politiques publiques.

En creux, poursuivent-ils, le pari de la Banque centrale est ambitieux : transformer une économie dollarisée en un système monétaire souverain et crédible. Un basculement qui, s’il se concrétise, pourrait redéfinir durablement la trajectoire économique de la RDC.

DecryptEco

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