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BRICS : à New Delhi, Pékin place les minerais stratégiques au cœur d’une nouvelle architecture de puissance face au G7

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  • Réunis les 22 et 23 juin 2026 à New Delhi pour la 16e réunion des conseillers à la sécurité nationale et hauts représentants du BRICS, les principaux responsables sécuritaires du bloc ont placé les minerais critiques, l’intelligence artificielle et la sécurité énergétique au centre de leurs discussions.

  • L’appel de Wang Yi à renforcer la coopération sur les ressources stratégiques intervient alors que les États-Unis, le G7 et l’Union européenne multiplient les initiatives visant à réduire leur dépendance à la Chine dans les chaînes d’approvisionnement des métaux critiques.

Derrière les déclarations officielles sur la coopération et le multilatéralisme, la réunion des hauts responsables de sécurité du BRICS qui s’est tenue à New Delhi les 22 et 23 juin pourrait marquer une nouvelle étape dans la compétition mondiale pour le contrôle des ressources stratégiques. À cette occasion, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a appelé les membres du bloc à renforcer leur coopération dans les domaines des minerais critiques, de l’intelligence artificielle, de la sécurité énergétique et de la sécurité alimentaire, des secteurs désormais considérés comme des instruments de puissance au même titre que les capacités militaires ou financières.

La rencontre, organisée sous présidence indienne, a réuni plusieurs hauts responsables sécuritaires du groupe dans un contexte international particulièrement tendu, marqué par les conséquences du conflit entre Israël et l’Iran, les tensions commerciales croissantes entre Pékin et les économies occidentales ainsi que la multiplication des restrictions sur les exportations de matières premières critiques.

Le choix de mettre les minerais stratégiques au premier plan n’est pas anodin. Ces dernières semaines, le G7 a annoncé la création d’une alliance destinée à réduire sa dépendance à l’égard de la Chine pour l’approvisionnement en lithium, nickel, terres rares et autres métaux critiques nécessaires aux industries de la défense, des semi-conducteurs, des batteries et de la transition énergétique. L’objectif affiché est de ramener la dépendance à un fournisseur dominant sous le seuil de 60 % d’ici 2030.

Dans le même temps, Washington poursuit la constitution d’un bloc international dédié aux minerais critiques afin de sécuriser ses approvisionnements et de réduire l’influence chinoise sur les chaînes de valeur mondiales. Pékin considère ouvertement ces initiatives comme des tentatives de restructuration géoéconomique visant à contenir son influence industrielle.

L’intervention de Wang Yi peut ainsi être interprétée comme une réponse stratégique à cette offensive occidentale. La Chine demeure aujourd’hui l’acteur dominant dans le raffinage des terres rares et de nombreux métaux critiques. Mais elle cherche désormais à consolider un réseau de partenaires au sein du BRICS+, où se concentrent certaines des plus importantes réserves mondiales de lithium, de cobalt, de manganèse, de graphite, de nickel et de terres rares.

Au-delà des minerais, le chef de la diplomatie chinoise a également insisté sur la nécessité d’une coopération renforcée face aux risques liés à l’intelligence artificielle, à la cybersécurité, aux crises sanitaires comme Ebola et aux nouvelles formes de conflits hybrides. L’évocation explicite de la guerre informationnelle et cybernétique reflète une évolution du BRICS vers des questions de sécurité plus larges que les seules préoccupations économiques qui ont historiquement dominé l’agenda du groupe.

Pour les investisseurs et les observateurs géopolitiques, trois scénarios se dessinent désormais.

Le premier serait celui d’une consolidation progressive d’un « axe des ressources » au sein du BRICS. Dans cette hypothèse, les membres renforceraient leur coopération dans l’extraction, le raffinage, le financement et la sécurisation des minerais critiques. Une telle dynamique pourrait accroître leur influence sur les marchés mondiaux des matières premières stratégiques et renforcer leur capacité de négociation face aux économies occidentales.

Le deuxième scénario verrait émerger une fragmentation accrue des chaînes d’approvisionnement mondiales. Les initiatives concurrentes du G7, des États-Unis et du BRICS conduiraient alors à la constitution de blocs miniers rivaux, chacun cherchant à sécuriser ses propres ressources et capacités industrielles. Cette trajectoire pourrait accentuer la volatilité des marchés et accélérer la politisation du commerce des métaux critiques.

Le troisième scénario, plus pragmatique, reposerait sur une coexistence compétitive entre les différentes coalitions. Malgré les rivalités géopolitiques, l’interdépendance des chaînes industrielles resterait suffisamment forte pour empêcher une véritable fracture du marché mondial des matières premières.

Quelle que soit l’issue, le message envoyé depuis New Delhi est clair : les minerais critiques ne sont plus seulement des ressources industrielles. Ils deviennent progressivement des actifs géostratégiques au cœur de la compétition pour le leadership technologique, énergétique et industriel du XXIe siècle. Dans cette nouvelle géographie de la puissance, le BRICS entend manifestement jouer un rôle de premier plan.

DecryptEco

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