Réuni le vendredi 10 avril 2026 lors de sa 85ᵉ réunion, le Conseil des ministres a examiné la situation préoccupante du Fonds de Promotion de l’Industrie (FPI), confronté à un volume de créances impayées évalué à près de 300 millions de dollars américains. Le dossier a été présenté par le Ministre d’État, Ministre de l’Industrie a.i., qui a alerté sur l’impact de ces arriérés sur la capacité de financement de l’institution.
Ces ressources avaient été mobilisées pour accompagner le financement de projets industriels à travers le pays. Toutefois, une part significative de ces concours n’a jamais été remboursée. Dans de nombreux cas, les créances sont pourtant parfaitement identifiées : les débiteurs sont connus, les montants établis et les échéances largement dépassées. Le principal obstacle ne réside donc pas dans la traçabilité des dettes, mais dans l’ineffectivité des mécanismes de recouvrement.
Cette situation fragilise directement le modèle économique du FPI, fondé sur un principe de recyclage des ressources : les remboursements des bénéficiaires doivent permettre de financer de nouveaux projets. En l’absence de retour des fonds engagés, la capacité d’intervention de l’établissement se contracte, réduisant de facto son rôle dans le soutien à l’industrialisation nationale.
Le Ministre a par ailleurs pointé plusieurs insuffisances dans la gouvernance interne de l’établissement, notamment l’existence de pratiques informelles dans l’octroi de certains financements.
Autrement dit, certains projets auraient bénéficié de concours financiers en dehors des standards requis de rigueur administrative, de traçabilité et d’évaluation du risque. Une telle dérive compromet mécaniquement les perspectives de recouvrement et soulève des interrogations sur la qualité du dispositif de contrôle interne.
Afin de remédier à ces dysfonctionnements, le Gouvernement a ordonné un audit complet du portefeuille des créances. Celui-ci devra permettre de distinguer les créances recouvrables de celles compromises, d’identifier les causes structurelles des blocages et d’établir les responsabilités éventuelles dans la gestion des dossiers litigieux.
Parallèlement, l’Exécutif envisage la mise en place d’une commission spéciale chargée du suivi rapproché du dossier. Celle-ci aurait pour mandat de négocier avec les débiteurs de bonne foi des modalités de remboursement adaptées, tout en recommandant des mesures coercitives à l’encontre des opérateurs défaillants ou réfractaires.
Des mesures conservatoires sur les actifs des débiteurs insolvables ou de mauvaise foi figurent également parmi les options à l’étude.
Au-delà de la question comptable, l’enjeu est fondamentalement macroéconomique : la crédibilité des instruments publics de financement du développement dépend de leur capacité à préserver la rotation du capital investi. Lorsqu’un fonds de développement ne récupère pas ses ressources, c’est toute la chaîne de financement de l’investissement productif qui se grippe.
Dans politique industrielle, mobiliser des capitaux publics ne suffit pas ; encore faut-il garantir leur discipline d’utilisation, leur traçabilité et leur recyclage. Sans cela, les ambitions d’industrialisation risquent de demeurer tributaires d’annonces, plutôt que de s’inscrire dans une dynamique durable de transformation économique.
DecryptEco
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