À l’occasion du point de presse tenu en marge de la réunion du Comité de politique monétaire de la Banque Centrale du Congo (BCC), le 9 avril 2026, son gouverneur, André Wameso, a apporté des éclaircissements attendus sur les images largement relayées sur les réseaux sociaux montrant d’importantes sommes d’argent en espèces à Kinshasa.
Ces séquences, filmées notamment à l’aéroport, dans des chambres d’hôtel ou encore dans des tiroirs, ont alimenté diverses interprétations, allant jusqu’à suggérer une implication directe de la Banque centrale.
Des images spectaculaires, mais des opérations encadrées
Le gouverneur a tenu à rappeler un principe fondamental du fonctionnement de l’institution : la Banque centrale n’interagit pas directement avec des particuliers. Les flux financiers publics transitent, en règle générale, par le système bancaire, les comptes du Trésor étant logés à la BCC.
Toutefois, des dérogations exceptionnelles peuvent être accordées pour des paiements en espèces. Dans l’un des cas évoqués, une institution publique avait obtenu une autorisation formelle pour effectuer un paiement en cash. Le comptable habilité a ainsi retiré les fonds auprès de la Banque centrale afin de régler un prestataire, ce dernier s’étant présenté pour encaisser son dû à la sortie.
Dans ce contexte, les images diffusées ne traduisent pas nécessairement une irrégularité au niveau de la Banque centrale. Selon le gouverneur, les pratiques observées relèvent, dans ce cas précis, du cadre autorisé. Des vérifications complémentaires ont néanmoins été engagées afin de s’assurer de la conformité globale des opérations.
L’affaire de Ndjili : une anomalie constatée
En parallèle, André Wameso est revenu sur la saisie intervenue le 22 mars 2026 à l’aéroport international de Ndjili, portant sur 3,5 millions de dollars américains.
Contrairement aux rumeurs initiales, les fonds ne provenaient pas d’une institution publique, mais d’une messagerie financière agréée. Cette dernière avait obtenu une autorisation pour transporter des liquidités vers l’Est du pays, pas sous occupation, dans le cadre de ses activités de paiement à la clientèle.
Cependant, lors du contrôle, les autorités ont relevé un écart entre le montant autorisé et celui effectivement transporté. Cette divergence constitue une irrégularité formelle. En conséquence, les fonds ont été saisis et consignés à la Banque centrale, dans l’attente des conclusions de l’enquête.
Une gestion conforme, dans un environnement encore marqué par le cash
La communication de la Banque centrale est globalement saluée par les experts en gouvernance financière. Ceux-ci mettent en avant la clarté apportée dans la distinction entre les deux situations, ainsi que le respect des procédures et la collaboration avec les services de contrôle.
Cette approche s’inscrit dans les standards du Groupe d’action financière (GAFI), en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et les flux financiers illicites. Selon plusieurs analystes, la République démocratique du Congo aurait déjà satisfait près de 90 % des exigences de cette organisation.
Ils soulignent néanmoins la nécessité d’accélérer la transition vers des circuits financiers plus formels, en réduisant progressivement la dépendance aux transactions en espèces.
Vers une réforme structurelle du marché des devises
Dans cette perspective, la Banque Centrale du Congo engage une réforme d’envergure visant à renforcer la maîtrise des flux en devises et la transparence des transactions.
À compter du 9 avril 2027, l’importation physique de billets en monnaies étrangères sera exclusivement assurée par la Banque centrale. Les banques commerciales ne seront plus autorisées à effectuer directement ces opérations. Cette centralisation permettra un meilleur suivi des volumes de devises en circulation, tout en limitant les risques liés aux circuits parallèles.
Parallèlement, les transactions en espèces en monnaies étrangères seront supprimées sur l’ensemble du territoire national. Désormais, toute opération en devises, qu’elle concerne des personnes physiques ou morales, devra obligatoirement transiter par des canaux scripturaux, via le système bancaire.
Cette orientation traduit une volonté claire de modernisation du système financier congolais, avec pour objectifs principaux l’amélioration de la traçabilité des flux, le renforcement de la stabilité monétaire et la conformité aux standards internationaux en matière de régulation et de lutte contre les flux illicites.
DecryptEco
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