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Donald Trump a ravivé au sommet de l’OTAN à Ankara son ambition de placer le Groenland sous contrôle américain, présentant l’immense territoire arctique comme essentiel à la sécurité des États-Unis et de leurs alliés. Le Danemark et les autorités groenlandaises ont réaffirmé que l’île n’était pas à vendre.
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Derrière la confrontation diplomatique se superposent défense, routes arctiques et minerais critiques. Le Groenland disposerait d’environ 1,5 million de tonnes de réserves de terres rares et son sous-sol présente un potentiel dans 25 des 34 matières premières jugées critiques par l’Union européenne, alors que Washington cherche à sécuriser des chaînes d’approvisionnement moins dépendantes de la Chine.
Le Groenland revient au centre des tensions stratégiques entre Washington et ses alliés européens. Au sommet de l’OTAN à Ankara, Donald Trump a de nouveau défendu l’idée d’un contrôle américain sur le territoire autonome du Royaume du Danemark, estimant que les États-Unis en avaient besoin pour leur sécurité et celle du monde. Ses déclarations ont ravivé un dossier que plusieurs mois de discussions diplomatiques n’avaient pas refermé.
La réponse a été immédiate. La Première ministre danoise Mette Frederiksen a réaffirmé la souveraineté du Royaume du Danemark et promis de défendre chaque partie du territoire de l’Alliance. À Nuuk, le Premier ministre groenlandais Jens-Frederik Nielsen a lui aussi répété que le Groenland n’était pas à vendre.
Si Trump place d’abord son argumentaire sur le terrain de la sécurité, la profondeur économique du dossier est considérable. Le Groenland figure parmi les territoires les plus observés dans la course mondiale aux matières premières critiques. Une étude géologique publiée en 2023 a conclu que l’île présente un potentiel pour 25 des 34 matières premières critiques recensées par la Commission européenne. Cette présence géologique ne signifie pas que l’ensemble de ces ressources constitue des réserves économiquement exploitables, mais elle donne la mesure de la diversité du sous-sol groenlandais.
Les terres rares occupent une place particulière. Le Groenland est crédité d’environ 1,5 million de tonnes de réserves, ce qui le situerait au huitième rang mondial. Deux projets concentrent l’attention : Kvanefjeld et Tanbreez, dans le sud de l’île, présentés parmi les grands gisements connus de terres rares. Tanbreez est notamment considéré comme l’un des plus importants gisements connus de terres rares lourdes, une catégorie particulièrement recherchée pour certaines applications industrielles et technologiques.
Le potentiel dépasse les seules terres rares. Les travaux géologiques sur le Groenland recensent des perspectives autour du graphite, du lithium, du nickel, du cuivre, du zinc, du niobium, du tantale, du zirconium et d’autres matières premières critiques. Le gisement de Tanbreez lui-même est associé non seulement aux terres rares, mais aussi au zirconium, au tantale et au niobium.
Cette richesse potentielle prend une valeur stratégique au moment où les États-Unis, l’Europe et le Japon cherchent à diversifier leurs approvisionnements. Le mouvement est déjà visible : en mai 2026, le développeur du projet Tanbreez a signé un accord contraignant de quinze ans portant sur une partie de sa future production de concentrés de terres rares ; en juin, le Japon préparait une délégation au Groenland pour évaluer les possibilités d’extraction.
Washington suit le dossier depuis plusieurs années. Les autorités américaines et danoises avaient déjà exercé des pressions pour éviter que le projet Tanbreez ne passe sous contrôle d’intérêts liés à la Chine. En 2025, l’administration Trump avait également examiné la possibilité d’une participation dans l’entreprise développant ce projet, selon Reuters.
Le potentiel minier ne doit toutefois pas être confondu avec une puissance extractive déjà constituée. Selon le service géologique du Danemark et du Groenland, l’île ne comptait encore que deux mines actives en janvier 2026 : une mine d’or dans le sud et une mine d’anorthosite dans l’ouest. Aucune production commerciale de terres rares n’était alors établie. Le climat arctique, le manque d’infrastructures, les coûts énergétiques, la logistique et les arbitrages environnementaux ralentissent fortement le passage de la ressource géologique à la production.
C’est cette combinaison qui donne au Groenland sa place singulière. L’île n’est pas seulement un territoire riche en minerais ; elle se situe à l’intersection des nouvelles priorités occidentales : défense de l’Arctique, surveillance des routes polaires, sécurisation des chaînes d’approvisionnement et réduction de la dépendance envers la Chine pour les métaux indispensables aux aimants permanents, aux technologies énergétiques et à certains équipements de défense.
Les propos de Trump replacent ainsi les ressources groenlandaises dans une équation plus vaste. Pour Washington, la géographie militaire et la sécurité minérale tendent à se rapprocher. Pour Copenhague et Nuuk, la question reste d’abord celle de la souveraineté et de l’autodétermination. Entre les deux, un sous-sol encore largement sous-développé acquiert une importance mondiale avant même d’avoir livré l’essentiel de son potentiel.
DecryptEco
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