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RDC : la réforme de Prince Kangila veut donner un statut et des droits aux travailleurs domestiques

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  • Le député national Prince Kangila Kahwela propose de modifier le Code du travail afin d’y intégrer un régime juridique spécifique pour les employés domestiques, notamment les femmes de ménage, nounous, gardiens et chauffeurs.

  • L’initiative vise à formaliser un secteur largement informel et à renforcer la protection sociale de milliers de travailleurs souvent exclus des mécanismes classiques de droit du travail.

Chaque matin à Kinshasa, bien avant l’ouverture des administrations et des entreprises, des milliers de travailleurs domestiques sont déjà à l’œuvre. Ils nettoient les maisons, préparent les repas, gardent les enfants, assurent la sécurité des parcelles ou conduisent les membres des familles. Pourtant, malgré leur contribution essentielle à la vie économique et sociale du pays, ils exercent généralement sans contrat écrit, sans couverture sociale et sans véritable protection juridique.

À Matete, Béatrice, 38 ans, travaille comme femme de ménage depuis plus de dix ans. « Je travaille six jours par semaine, mais je n’ai jamais signé un contrat », raconte-t-elle.

À Bandalungwa, Mireille, nounou de profession, explique qu’elle ne bénéficie d’aucune protection lorsqu’elle tombe malade. « Si je suis absente parce que je suis malade, je peux perdre une partie de mon salaire », témoigne-t-elle.

Même constat pour Joséphine, employée domestique à Ngaliema. Après plusieurs années de service chez différents employeurs, elle affirme n’avoir jamais bénéficié d’un quelconque mécanisme de protection sociale. « Nous travaillons comme tout le monde, mais nous sommes rarement considérées comme des travailleuses à part entière », dit-elle.

Pour répondre à cette réalité, le député national Prince Kangila Kahwela a déposé, au mois de mai 2026, à l’Assemblée nationale, une proposition de loi modifiant le Code du travail afin d’y intégrer des dispositions spécifiques relatives au travail domestique.

Selon l’élu de Tshangu, l’objectif « est de mieux encadrer les relations entre employeurs et travailleurs domestiques et de sortir progressivement ce secteur de l’informalité », explique Prince Kangila.

Le texte vise notamment à clarifier les conditions d’emploi, les modalités de rémunération ainsi que certains droits fondamentaux liés à la protection sociale et à la dignité au travail.

« Aujourd’hui, c’est un secteur qui évolue dans l’informel et nous avons voulu formaliser cela », a expliqué le député lors du dépôt de sa proposition de loi.

Pour Chantal, rencontrée à Lemba, cette initiative pourrait contribuer à instaurer davantage de transparence dans les relations de travail.

« Un contrat permettrait d’éviter beaucoup de malentendus entre employeurs et employés », estime-t-elle.

À Masina, Aline considère que la reconnaissance officielle du métier constituerait déjà une avancée importante.

« Beaucoup pensent encore qu’il s’agit simplement d’une aide familiale alors que c’est un véritable travail », souligne-t-elle.

Cette réforme s’inscrit dans une dynamique internationale de reconnaissance du travail domestique comme une activité professionnelle à part entière.

L’Organisation internationale du Travail (OIT) rappelle que plus de 75 millions de personnes exercent un travail domestique dans le monde, dont une majorité de femmes.

Ce secteur demeure l’un des plus exposés à l’informalité, à l’absence de protection sociale et aux situations de vulnérabilité.

Depuis l’adoption de la Convention n°189 sur les travailleuses et travailleurs domestiques, l’OIT encourage les États à mettre en place des cadres juridiques garantissant notamment des conditions de travail décentes, un repos hebdomadaire, une rémunération régulière et un meilleur accès à la sécurité sociale.

Au-delà de sa dimension sociale, la réforme ouvre également un débat économique plus large sur la formalisation progressive de milliers d’emplois encore peu encadrés.

Pour plusieurs observateurs, un meilleur encadrement du travail domestique pourrait contribuer à professionnaliser le secteur, à améliorer la stabilité des relations de travail et à élargir progressivement la couverture sociale dans le pays.

Certains soulignent néanmoins que la mise en œuvre de telles mesures devra tenir compte des réalités économiques des ménages employeurs.

La généralisation des contrats et d’éventuelles obligations sociales pourrait entraîner des coûts supplémentaires pour certaines familles. L’enjeu pour le législateur sera donc de trouver un équilibre entre la protection des travailleurs et la capacité des employeurs à respecter les nouvelles exigences.

Si elle est adoptée, la proposition de loi portée par Prince Kangila pourrait constituer l’une des premières tentatives d’encadrement spécifique du travail domestique en République démocratique du Congo.

Elle marquerait une étape importante dans la reconnaissance professionnelle de milliers de femmes et d’hommes dont le travail, indispensable au fonctionnement quotidien de nombreux ménages, est longtemps resté dans l’ombre.

Pour beaucoup de travailleurs domestiques, Il s’agit avant tout d’obtenir une reconnaissance pleine et entière de leur contribution à l’économie et à la société congolaises.

DecryptEco

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