En marge des Assemblées de printemps du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale (BM) à Washington, le gouverneur de la Banque centrale du Congo, André Wameso, a accordé une interview à Jeune Afrique, dans laquelle il met en lumière la reconfiguration en cours du paysage macrofinancier congolais. Il y propose une lecture structurée de la trajectoire économique du pays, à la croisée de l’accès aux marchés internationaux, de la stabilisation monétaire et de la recomposition du système financier.
Le point d’inflexion tient à l’émission inaugurale de l’eurobond souverain, véritable test de crédibilité externe. La sursouscription observée ne relève pas d’un simple effet de cycle, mais traduit une requalification du risque souverain congolais. « Le marché financier se projette désormais avec la RDC sur un horizon supérieur à cinq ans », souligne André Wameso. Les investisseurs pricent ainsi une trajectoire à moyen-long terme, intégrant la continuité programmatique avec le FMI et une amélioration graduelle des fondamentaux macroéconomiques.
Cette revalorisation s’inscrit dans un cadre macroéconomique en phase de normalisation avancée. La désinflation, de 11,7 % fin 2024 à environ 2,2 % début 2026, s’accompagne d’une stabilisation du taux de change et d’un rétablissement progressif du pouvoir d’achat en francs congolais. Ce triptyque reflète un pilotage monétaire plus fin, articulé autour d’une gestion active de la liquidité et d’un allongement des maturités des instruments, contribuant à ancrer les anticipations inflationnistes.
Sur le plan microstructurel, la réforme du circuit des devises constitue un levier déterminant. « Nous avons un système qui ne favorise pas la transparence », admet André Wameso, évoquant l’asymétrie persistante entre les volumes de cash en circulation et leur intermédiation bancaire. La perspective, à l’horizon 2027, d’une substitution graduelle des paiements en espèces en dollars par des transactions électroniques vise à renforcer la traçabilité des flux, à formaliser davantage l’économie et à améliorer la transmission de la politique monétaire.
Parallèlement, la stratégie de consolidation des réserves internationales se densifie. L’accumulation d’or monétaire s’inscrit dans une logique de diversification des actifs de réserve et de renforcement des marges de sécurité face aux chocs exogènes, dans un environnement global marqué par une volatilité accrue.
Néanmoins, la matrice productive demeure largement tributaire du secteur extractif. Si des signaux d’émergence du segment non minier apparaissent, ils restent à ce stade embryonnaires, soulignant les limites d’une diversification encore inaboutie.
L’appréciation du franc congolais, de près de 2 800 à environ 2 200 CDF pour un dollar américain, induit un effet de valorisation mécanique du PIB en devise.
Les projections du FMI tablent sur une croissance réelle de 5,9 % en 2026, tandis que le PIB en dollars progresserait d’environ 33 %, illustrant l’ampleur des effets de change dans la dynamique nominale.
En filigrane, renseignent plusieurs profils économiques, la soutenabilité de cette trajectoire repose sur un arbitrage délicat entre discipline budgétaire, crédibilité monétaire et transformation structurelle. À défaut d’une consolidation rigoureuse des finances publiques et d’une diffusion plus inclusive de la croissance, le risque demeure celui d’un découplage persistant entre performance macroéconomique et amélioration tangible des conditions de vie, une préoccupation également soulignée par la Banque mondiale.
DecryptEco
Laisser un commentaire