La République démocratique du Congo affiche des performances minières inédites. En 2024, le pays a exporté plus de 3,1 millions de tonnes de cuivre et environ 220.000 tonnes de cobalt. En 2025, les exportations de cuivre ont encore progressé pour atteindre plus de 3,4 millions de tonnes.
lors du dernier conseil des ministres, tenu le vendredi 24 avril 2026, le Président Félix Tshisekedi a indiqué que le problème n’est donc plus seulement productif. Il est surtout financier, fiscal et institutionnel. La vraie question est désormais de savoir combien l’État capte réellement sur la richesse minière exportée.
Cette lecture rejoint les préoccupations portées depuis plusieurs années par l’ITIE. L’Initiative pour la transparence dans les industries extractives insiste sur la nécessité de suivre toute la chaîne de valeur, depuis l’octroi des droits miniers jusqu’aux paiements reçus par l’État. En RDC, l’ITIE rappelle aussi que les dispositions de transparence intégrées au Code minier de 2018 visaient notamment la traçabilité des revenus miniers.
Face aux vulnérabilités constatées, l’exécutif veut durcir le dispositif. Un audit exhaustif et nominatif sera lancé dans un délai de 30 jours. Il devra vérifier le respect des obligations de rapatriement des recettes d’exportation, examiner la gouvernance des joint-ventures et évaluer les actifs miniers détenus par l’État.
L’enjeu est majeur. Dans un secteur dominé par les grands groupes du cuivre et du cobalt, les écarts de déclaration, les prix de transfert, les circuits d’exportation complexes et le non-rapatriement d’une partie des devises peuvent réduire fortement les recettes publiques. Reuters a rapporté en 2025 qu’un audit de la Cour des comptes avait relevé des sous-déclarations de revenus miniers entre 2018 et 2023, avec un impact sur les contributions destinées au développement local.
Pour les experts du secteur, la décision présidentielle marque un changement d’approche. L’État ne veut plus seulement compter les tonnes exportées. Il veut suivre les flux, identifier les bénéficiaires, contrôler les paiements et sécuriser l’encaissement public.
C’est dans cette logique que le gouvernement devra finaliser l’interconnexion entre l’OGEFREM, l’OCC, la DGDA, la Banque centrale du Congo, les banques commerciales et les autres services intervenant dans la chaîne minière.
Cette intégration technique doit permettre de relier le bordereau logistique, la déclaration douanière, le paiement des droits, le rapatriement des devises et l’entrée effective des recettes dans les caisses publiques.
Pour plusieurs cabinets et organismes spécialisés, la faiblesse de la gouvernance minière en RDC ne tient pas seulement au niveau des taxes, mais à la canalisation des revenus, à la qualité du contrôle et à la coordination entre administrations. Une étude portée par Ginger Sofreco sur le potentiel fiscal minier visait déjà l’amélioration de la gouvernance pour une meilleure gestion des revenus générés par l’activité minière.
La Gécamines est également au centre de cette équation. Dans les joint-ventures, la question n’est pas uniquement celle des participations de l’État, mais aussi celle du pouvoir réel de contrôle, de la transparence des contrats, des revenus commerciaux et de la capacité à peser dans la vente des minerais. Reuters avait déjà rapporté que la Gécamines cherchait à renforcer son contrôle sur les joint-ventures et à mieux valoriser ses participations.
L’audit annoncé peut donc devenir un instrument de souveraineté financière. Mais son efficacité, préviennent les experts, dépendra de trois conditions : publier des conclusions exploitables, sanctionner les manquements et rendre l’interconnexion administrative réellement obligatoire.
Les premières réflexions sont attendues au plus tard le 15 juin 2026. Pour la RDC, le défi est donc de passer d’un modèle centré sur les volumes exportés à un modèle capable de transformer la puissance minière en recettes publiques effectives.
DecryptEco
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