Accueil Mines & Énergie Namibie : Etango et Tumas pourraient ajouter 7,1 millions de livres d’uranium par an
Mines & Énergie

Namibie : Etango et Tumas pourraient ajouter 7,1 millions de livres d’uranium par an

Partager
Partager
  • Bannerman Energy et Deep Yellow avancent deux projets d’uranium en Namibie capables de produire ensemble environ 7,1 millions de livres d’U₃O₈ par an, soit plus de 4 % de la production minière mondiale estimée en 2025.

  • Le retour de l’investissement intervient alors que la demande nucléaire repart et que les producteurs préparent de nouvelles capacités après plus d’une décennie de sous-investissement. La Chine finance Etango et sécurise déjà 60 % de sa future production.

La remontée du nucléaire mondial commence à déplacer des capitaux vers les gisements d’uranium africains. En Namibie, les groupes australiens Bannerman Energy et Deep Yellow avancent deux projets capables d’ajouter ensemble environ 7,1 millions de livres d’U₃O₈ par an à un pays qui occupe déjà le troisième rang mondial de la production.

L’échelle est significative. La production minière mondiale d’uranium était estimée à environ 164 millions de livres en 2025, dont 13 % provenaient de Namibie. Aux capacités prévues, Etango et Tumas représenteraient à eux seuls environ 4,3 % de cette production mondiale de référence.

Etango est le plus avancé des deux projets. Bannerman prévoit une production initiale de 3,5 millions de livres par an, avec une option d’expansion à 6,7 millions.

Les premiers travaux sont déjà largement engagés et la décision finale d’investissement est attendue au quatrième trimestre 2026. Une mise en service reste envisagée à partir de 2028.

Le financement a franchi une étape décisive en septembre. Bannerman a levé 124 millions de dollars australiens, soit environ 89 millions USD, et affirme désormais disposer, avec ses autres ressources financières, des fonds nécessaires à la construction et à la montée en puissance d’Etango.

La finalisation de la coentreprise avec CNNC Overseas Limited reste attendue au cours du mois.

La filiale du groupe nucléaire public chinois doit investir jusqu’à 321,5 millions USD et prendre 45 % de la société de Bannerman qui contrôle 95 % d’Etango.

Elle obtient en parallèle le droit d’acheter 60 % de la production du projet pendant sa durée de vie, à des prix indexés sur le marché.

La transaction donne à la Chine deux actifs à la fois : une participation dans une future mine et un accès de long terme à son uranium. CNNC contrôle déjà Rössing et détient 25 % de Langer Heinrich en Namibie, tandis que Husab appartient à China General Nuclear Power Group.

Le capital chinois est ainsi présent dans les trois grandes opérations actuelles du pays et désormais dans l’un de ses principaux projets de croissance.

Deep Yellow avance parallèlement Tumas, conçu pour produire jusqu’à 3,6 millions de livres par an sur plusieurs décennies. Le projet dispose déjà de son permis minier, les travaux d’ingénierie et certaines infrastructures préliminaires progressent, mais la construction de l’usine reste conditionnée à des prix de l’uranium jugés suffisamment rémunérateurs.

Bloomberg rapporte que le groupe vise une décision finale d’investissement vers la fin de 2026.

Cette prudence reflète l’économie particulière de l’uranium. Après Fukushima en 2011, la faiblesse durable des prix avait entraîné fermetures, reports de projets et recul de l’investissement.

Les mines ont couvert environ 90 % des besoins mondiaux en 2024, le solde provenant notamment des stocks et d’autres sources secondaires. Or ces volumes secondaires devraient diminuer au cours de la prochaine décennie.

UxC prévoit une demande d’uranium en hausse de 58 % entre 2025 et 2045. Son scénario de base reste relativement équilibré jusqu’en 2030, avant l’apparition d’un besoin beaucoup plus important de nouvelles capacités minières entre 2031 et 2045.

La demande bénéficie du retour du nucléaire dans les politiques énergétiques. Chine, États-Unis, Inde et plusieurs économies européennes prévoient de nouvelles capacités pour répondre à la croissance de la consommation électrique, réduire les émissions et renforcer leur sécurité énergétique.

Les centres de données ajoutent désormais une nouvelle source de demande d’électricité continue.

La Namibie pourrait aussi chercher à conserver davantage de valeur sur son territoire. Son plan national de développement prévoit d’étudier la conversion de l’uranium et pose les bases d’un éventuel programme nucléaire, notamment autour des petits réacteurs modulaires.

Le pays reste importateur net d’électricité malgré son rang parmi les premiers producteurs mondiaux d’uranium.

Etango et Tumas montrent ainsi deux dimensions du nouveau cycle de l’uranium. La ressource namibienne attire de nouveaux investissements, mais les tonnes futures sont déjà au centre de stratégies d’approvisionnement de long terme.

Avec 60 % d’Etango réservé à CNNC, la compétition mondiale ne porte plus seulement sur l’ouverture de nouvelles mines : elle commence en amont, dans leur financement et la réservation de leur production.

DecryptEco | RDC & Afrique

Partager

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *