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Félix Tshisekedi a signé une ordonnance-loi qui encadre la production, la diffusion et l’archivage des statistiques officielles ainsi que les recensements d’intérêt national, au moment où la RDC prépare son deuxième recensement général depuis 1984.
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Le RGPH2, dont le budget est estimé à 192 millions USD, doit fournir les données démographiques nécessaires à la planification des infrastructures, des services publics et des politiques économiques dans un pays dont la population reste largement mesurée par estimations.
La République démocratique du Congo se dote d’un nouveau cadre juridique pour organiser son système statistique. L’ordonnance-loi signée par le président Félix Tshisekedi et rendue publique le 11 septembre encadre la production, la diffusion et l’archivage des statistiques officielles, les recensements d’intérêt national ainsi que l’organisation, la coordination et le financement du système statistique national.
Le texte consacre notamment l’indépendance professionnelle, l’impartialité, l’objectivité, la transparence, la qualité et la confidentialité des statistiques. Il renforce également le secret statistique : les données individuelles recueillies à des fins statistiques ne peuvent être utilisées pour des contrôles, poursuites, sanctions ou décisions individuelles, sauf dans les cas prévus par la loi.
Cette protection répond à une question centrale pour la qualité des données. Les ménages et les entreprises sont davantage susceptibles de communiquer des informations complètes lorsque leur utilisation est clairement définie et que les données individuelles restent protégées.
La réforme remplace un cadre reposant principalement sur le décret n°10/05 du 11 février 2010 relatif au Système statistique national. En décembre 2024, l’Institut national de la statistique, avec l’appui de l’UNFPA et de PARIS21, avait déjà validé un avant-projet destiné à doter la RDC d’une législation spécifiquement consacrée à l’activité statistique.
La procédure législative n’est toutefois pas achevée. Le 11 septembre, le Gouvernement a adopté le projet de loi autorisant la ratification de l’ordonnance-loi. L’article 129 de la Constitution permet au Gouvernement, après habilitation parlementaire, de prendre temporairement des mesures relevant normalement du domaine de la loi. Leur maintien dépend ensuite de leur ratification dans les conditions prévues par la Constitution et la loi d’habilitation.
Le calendrier de cette réforme coïncide avec celui du deuxième Recensement général de la population et de l’habitat. La RDC n’a plus réalisé de recensement général depuis 1984, ce qui signifie que l’essentiel des données démographiques utilisées aujourd’hui repose sur des projections, des enquêtes et des estimations.
Le RGPH2 est désormais engagé dans sa phase de cartographie censitaire. L’UNICEF et l’UNFPA ont indiqué le 11 septembre que cette opération était en cours et que la formation des opérateurs avait débuté le 9 septembre. La cartographie doit notamment permettre de découper le territoire en zones de dénombrement avant le passage des agents recenseurs.
L’opération représente également un effort financier important. En mars 2026, environ 83 % du budget du RGPH2, évalué à 192 millions USD, avaient été sécurisés, dont 30 millions mobilisés par l’État congolais. À cette date, près de 17 % du financement restait donc à couvrir.
L’intérêt économique du recensement dépasse largement le décompte de la population. Sans données démographiques actualisées, la localisation des écoles, des centres de santé, des réseaux d’eau, des infrastructures électriques ou des programmes sociaux repose en partie sur des estimations. La même contrainte affecte le calcul d’indicateurs par habitant, l’identification des bassins de consommation, l’évaluation des besoins provinciaux ou encore le ciblage géographique des investissements publics.
Pour l’État, disposer d’une population mieux localisée permet aussi d’améliorer la programmation budgétaire. Une province dont la croissance démographique est sous-estimée peut recevoir des infrastructures ou des services publics insuffisants par rapport à ses besoins réels. À l’inverse, des données plus précises permettent de rapprocher les dépenses publiques de la distribution effective de la population et de l’activité économique.
Le déficit statistique reste visible dans les indicateurs internationaux. L’indicateur de performance statistique de la Banque mondiale attribuait à la RDC un score de 46,3 sur 100 en 2024, contre 56,0 en moyenne pour les pays à faible revenu. La Banque mondiale avait déjà approuvé en août 2015 un financement de 45 millions USD destiné au renforcement des capacités du système statistique congolais.
La réforme juridique apporte désormais des règles plus précises à la production et à la protection des statistiques publiques. Son effet concret dépendra cependant de la capacité des institutions concernées à produire des données à intervalles réguliers, à les publier dans des délais utiles et à les rendre suffisamment détaillées pour éclairer les politiques publiques et les décisions économiques.
Le RGPH2 donnera une première indication de cette capacité. Après quarante-deux années sans recensement général, son achèvement, la couverture effective du territoire et la publication des résultats détermineront surtout si la RDC dispose enfin d’une base démographique suffisamment récente pour planifier ses dépenses publiques, ses infrastructures et ses politiques de développement.
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