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OR : après une chute de près de 30 %, trois scénarios pourraient bouleverser le marché mondial d’ici la fin de 2026

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  • Après avoir atteint un record historique de 5 594 dollars l’once le 28 janvier 2026, l’or est tombé sous le seuil psychologique des 4 000 dollars le 24 juin, victime du dollar fort, des anticipations de taux élevés de la Réserve fédérale américaine (Fed) et d’un apaisement des tensions géopolitiques au Moyen-Orient.

  • Les analystes restent toutefois divisés sur la suite. Entre consolidation, retour vers les sommets historiques ou nouvelle correction, l’évolution de l’inflation américaine, de la politique monétaire de la Fed et des risques géopolitiques mondiaux sera déterminante pour les marchés au second semestre 2026.

Le marché mondial de l’or traverse un moment charnière. Le 24 juin 2026, le métal précieux a franchi un seuil hautement symbolique en passant sous les 4 000 dollars l’once, une première depuis novembre 2025, avant de rebondir légèrement autour de 4 020 dollars le 26 juin. Cette correction intervient après une ascension spectaculaire qui avait porté les cours jusqu’au record historique de 5 594 dollars le 28 janvier 2026, soit une baisse de près de 30 % en seulement cinq mois.

Ce retournement s’explique d’abord par un changement profond des anticipations des investisseurs. Lors de sa réunion de juin, la Réserve fédérale américaine a adopté un ton plus ferme que prévu, laissant entendre que des hausses de taux d’intérêt restent envisageables dès le mois de septembre si les tensions inflationnistes persistent. Les marchés anticipent désormais une politique monétaire durablement restrictive, ce qui favorise le dollar américain et réduit l’intérêt des investisseurs pour un actif comme l’or, qui ne génère aucun rendement.

La dimension géopolitique a également profondément évolué. Durant le premier trimestre 2026, les craintes d’une escalade militaire entre Israël et l’Iran avaient alimenté une ruée vers les valeurs refuges, propulsant l’or vers des niveaux historiques. Mais les récents signaux de désescalade et les progrès diplomatiques observés au Moyen-Orient ont progressivement réduit cette prime de risque. Les investisseurs ont ainsi commencé à arbitrer leurs portefeuilles en faveur d’actifs plus rémunérateurs, accélérant les prises de bénéfices sur le métal jaune.

Pour autant, peu d’experts considèrent que le marché entre dans un véritable cycle baissier. Tai Wong, négociant indépendant spécialisé dans les métaux précieux, estime que la correction actuelle correspond davantage à une normalisation qu’à un effondrement. Selon lui, les achats continus des banques centrales constituent un puissant filet de sécurité. Il considère que les cours disposent d’un support important légèrement sous les 3 900 dollars l’once, ce qui devrait limiter les risques d’une chute plus profonde, même si une longue période de consolidation paraît désormais probable.

Les économistes d’ING partagent cette analyse prudente. Face au durcissement des perspectives monétaires américaines, la banque a revu à la baisse ses prévisions pour le second semestre 2026. Elle table désormais sur un prix moyen de 4 300 dollars l’once au troisième trimestre, puis 4 600 dollars au quatrième trimestre, contre des estimations supérieures à 4 800 dollars il y a encore quelques semaines. Selon ING, la trajectoire future dépendra essentiellement de l’évolution de l’inflation américaine et du calendrier d’un éventuel assouplissement de la Fed.

À l’opposé, J.P. Morgan demeure l’une des institutions les plus optimistes sur les perspectives de long terme. La banque considère que les facteurs structurels qui ont porté l’or ces dernières années restent intacts. La diversification des réserves de change par les banques centrales, le niveau élevé de la dette publique mondiale, les incertitudes budgétaires américaines et la fragmentation croissante de l’économie mondiale devraient continuer d’alimenter la demande. Dans ce contexte, les analystes de la banque estiment que le métal précieux pourrait atteindre 6 000 dollars l’once d’ici fin 2026 si les flux vers les fonds indiciels (ETF) repartent à la hausse et si la Fed adopte progressivement une politique moins restrictive.

Trois scénarios dominent aujourd’hui les anticipations des marchés. Le premier, considéré comme le plus probable, est celui d’une consolidation prolongée entre 4 300 et 4 600 dollars l’once. Ce scénario suppose une inflation encore élevée aux États-Unis et des taux d’intérêt qui resteraient durablement élevés, limitant le potentiel de rebond de l’or tout en évitant une correction plus sévère grâce aux achats des banques centrales.

Le deuxième scénario est celui d’un retour rapide vers les sommets historiques. Une baisse plus marquée de l’inflation américaine, un ralentissement économique ou une reprise des tensions géopolitiques au Moyen-Orient, en Europe de l’Est ou en Asie pourraient rapidement relancer les flux vers les actifs refuges. Dans cette hypothèse, plusieurs banques internationales estiment que les prix pourraient progressivement retrouver les niveaux observés en janvier, voire dépasser les 6 000 dollars l’once.

Le troisième scénario demeure plus pessimiste. Si l’économie américaine continue de surprendre par sa résilience, si le dollar poursuit son appréciation et si la Fed relève effectivement ses taux d’intérêt dans les prochains mois, l’or pourrait rester sous pression plus longtemps. Les investisseurs continueraient alors de privilégier les actifs obligataires américains, dont les rendements deviendraient encore plus attractifs. Dans ce contexte, certains analystes estiment que les cours pourraient tester durablement la zone des 3 900 dollars l’once, sans toutefois anticiper un effondrement grâce au soutien structurel des banques centrales.

Au-delà des fluctuations de court terme, les fondamentaux du marché demeurent néanmoins solides. La poursuite de la dédollarisation par plusieurs économies émergentes, les tensions persistantes entre les grandes puissances, les incertitudes commerciales, l’endettement record des États et les besoins de diversification des réserves officielles continuent de renforcer le rôle stratégique de l’or dans le système financier mondial. Si la politique monétaire américaine dictera l’évolution des cours dans les prochains mois, les grands équilibres géopolitiques resteront, eux aussi, un déterminant majeur de la trajectoire du métal jaune.

DecryptEco

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