-
Avec un rendement des fonds propres de 19 % en 2024 et 17 % en 2025, les banques africaines affichent une rentabilité largement supérieure à la moyenne mondiale, selon le dernier rapport de McKinsey & Company.
-
Porté par la digitalisation, l’inclusion financière et l’essor des marchés domestiques, le secteur bancaire africain s’impose désormais comme l’un des principaux moteurs de création de valeur du continent, malgré des défis persistants liés aux devises et à la concentration des marchés.
Pendant longtemps, la finance africaine a été analysée sous le prisme du risque. Désormais, elle s’impose par la performance.
La dernière édition du Global Banking Annual Review 2026 de McKinsey & Company confirme un basculement majeur : les banques africaines ne sont plus seulement des institutions opérant dans des économies à fort potentiel, elles figurent désormais parmi les établissements les plus rentables de l’industrie bancaire mondiale.
Le cabinet de conseil révèle que les banques du continent ont enregistré un retour sur fonds propres (ROE) de 19 % en 2024, avant de maintenir un niveau de 17 % en 2025, alors que la moyenne mondiale avoisine 10 %. Dans une industrie où la rentabilité constitue le principal indicateur de création de valeur pour les investisseurs, cet écart traduit une montée en puissance structurelle du secteur bancaire africain.
Cette performance intervient alors même que le secteur bancaire mondial a généré près de 5 900 milliards de dollars de revenus en 2025, un niveau historique.
Dans cet environnement hautement concurrentiel, les établissements africains se distinguent par leur capacité à préserver des marges élevées, tout en accompagnant l’expansion des économies nationales.
« Cette rentabilité signifie que le secteur financier a accru son empreinte au sein de l’économie africaine », souligne McKinsey. Entre 2020 et 2024, la contribution du secteur bancaire au produit intérieur brut du continent s’est ainsi renforcée de 0,4 point de pourcentage, illustrant son rôle croissant dans le financement de l’activité économique.
L’analyse révèle toutefois une réalité plus nuancée lorsqu’elle est exprimée en dollars. En monnaie locale, les revenus du secteur progressent au rythme annuel moyen de 17 %, traduisant une forte expansion des activités bancaires.
Mais la dépréciation de plusieurs devises africaines réduit cette dynamique à 5,2 % en dollars, les revenus passant de 81 milliards de dollars en 2020 à 99 milliards en 2024. En 2025, le marché franchit néanmoins un nouveau cap pour atteindre environ 107 milliards de dollars.
Cette croissance repose sur une géographie bancaire largement dominée par cinq économies. L’Afrique du Sud, l’Égypte, le Nigeria, le Maroc et le Kenya concentrent à eux seuls près de 70 % des revenus bancaires du continent, confirmant l’existence de véritables pôles financiers régionaux.
Avec 26,4 milliards de dollars de revenus, l’Afrique du Sud demeure le premier marché bancaire africain. Standard Bank, FirstRand, Absa et Nedbank contrôlent à elles seules 82 % du marché, illustrant un niveau de concentration rarement observé dans les autres régions du monde. McKinsey anticipe toutefois une croissance désormais plus modérée, de l’ordre de 2 % par an, reflet d’un marché arrivé à maturité.
À l’inverse, l’Égypte apparaît comme l’un des principaux relais de croissance du continent. Les revenus bancaires y ont progressé à un rythme annuel moyen de 10 % entre 2018 et 2024, atteignant 18 milliards de dollars. Porté par les réformes réglementaires, la bancarisation et la transformation numérique, le marché égyptien pourrait quasiment doubler de taille pour atteindre 34 milliards de dollars d’ici 2030.
Au-delà des performances financières, McKinsey identifie un immense gisement de croissance dans les segments encore insuffisamment servis.
Les petites et moyennes entreprises restent largement exclues du financement bancaire classique. Dans certains marchés, notamment en Égypte, près de 88 % des PME ne disposent toujours pas d’un accès satisfaisant aux services bancaires traditionnels, ouvrant un vaste champ d’expansion pour les établissements financiers.
La révolution technologique constitue l’autre accélérateur du secteur. Intelligence artificielle générative, automatisation des processus, analyse prédictive et exploitation des données transactionnelles redéfinissent déjà les modèles économiques des banques.
McKinsey estime que l’adoption de ces technologies pourrait générer entre 200 et 340 milliards de dollars de gains de productivité chaque année pour l’industrie bancaire mondiale.
Cette mutation dépasse désormais le simple cadre technologique. Elle traduit une évolution profonde de la banque africaine, dont la croissance repose de moins en moins sur l’expansion des bilans et de plus en plus sur l’innovation, l’efficacité opérationnelle et la sophistication des services financiers.
« L’histoire de la banque africaine n’est plus seulement celle d’un potentiel émergent ; elle est désormais celle d’une performance démontrée, d’une innovation permanente et d’une résilience durable », conclut McKinsey.
La lecture du rapport est sans équivoque. Si les banques africaines restent confrontées aux défis de la volatilité monétaire, du coût du capital et des disparités entre marchés, elles s’imposent désormais comme des acteurs capables de créer durablement de la valeur. Pour les investisseurs comme pour les décideurs publics, cette évolution marque le passage d’une finance africaine de rattrapage à une finance africaine de compétitivité.
DecryptEco
Laisser un commentaire