-
Plus de 2 000 tonnes de coltan provenant de Rubaya auraient été acheminées frauduleusement vers le Rwanda depuis la prise de contrôle du site par le M23, selon une enquête de Global Witness.
-
Les mines de Rubaya représentent environ 15 % de l’approvisionnement mondial en tantale, un métal stratégique utilisé dans les smartphones, ordinateurs et équipements électroniques.
Au cœur du Nord-Kivu, la mine de Rubaya est devenue l’un des principaux points de tension de l’économie minière régionale. Dans un rapport publié en juin 2026, l’ONG Global Witness affirme que plus de 2 000 tonnes de coltan issues de cette zone auraient été introduites illégalement au Rwanda avant d’intégrer les circuits internationaux du commerce des minerais.
Selon l’organisation, au moins 120 tonnes de coltan traversaient chaque mois la frontière vers le Rwanda entre mai et octobre 2024. Un an après la prise de contrôle des mines par le M23, plus de 1 400 tonnes avaient déjà été recensées dans ce circuit de contrebande, tandis que les volumes réels pourraient être sensiblement plus élevés. Global Witness estime que cette situation constitue l’un des plus importants cas de contamination des chaînes d’approvisionnement en minerais observés dans la région des Grands Lacs au cours de la dernière décennie.
L’enquête souligne que le coltan extrait à Rubaya transiterait principalement par Goma avant d’être acheminé vers Kigali, où il serait souvent mélangé à la production locale. Cette pratique compliquerait l’identification de son origine réelle au moment de l’exportation.
Le rapport évoque également une implication de responsables rwandais dans le processus de passage des minerais, des allégations que Kigali rejette régulièrement dans le cadre du conflit à l’Est de la RDC.
Les données commerciales analysées par Global Witness montrent par ailleurs que les exportations officielles de coltan du Rwanda ont été multipliées par 2,5 entre 2021 et 2025. En 2024, les importations de coltan rwandais déclarées par les pays acheteurs ont dépassé 2 900 tonnes. Pour les auteurs du rapport, cette progression rapide alimente les interrogations sur la provenance d’une partie des minerais exportés.
Au-delà de la question de la contrebande, Rubaya constitue un actif stratégique pour l’industrie mondiale.
Situées dans le territoire de Masisi, ses mines assurent environ 15 % de l’offre mondiale de tantale, un métal obtenu à partir du coltan et indispensable à la fabrication de composants électroniques utilisés dans les téléphones, ordinateurs, véhicules et équipements de télécommunication.
Global Witness estime que depuis la prise de contrôle du site en avril 2024, le coltan est devenu l’une des principales sources de financement du M23. Les taxes imposées sur l’exploitation et le commerce du minerai auraient permis au mouvement rebelle de générer près de 800 000 dollars par mois, selon des estimations reprises dans le rapport.
L’organisation affirme également avoir identifié sept entreprises ayant assuré près de 85 % des exportations de coltan rwandais entre janvier 2023 et septembre 2025. Une partie de ce minerai aurait ensuite été dirigée vers des fonderies en Chine et au Kazakhstan avant d’intégrer les chaînes d’approvisionnement de l’industrie électronique mondiale.
Pour Global Witness, le cas de Rubaya illustre les difficultés persistantes à garantir la traçabilité des minerais stratégiques dans les zones de conflit.
Malgré les mécanismes de contrôle mis en place ces dernières années, l’organisation estime que des quantités importantes de coltan provenant des zones sous contrôle du M23 continuent d’alimenter les marchés internationaux.
DecryptEco
Laisser un commentaire