- Avec plus de 100.000 MW de potentiel hydroélectrique estimé, la RDC reste pourtant l’un des pays les moins électrifiés d’Afrique. Entre ambitions énergétiques, retards structurels et besoins massifs d’investissement, le secteur électrique congolais cherche encore son véritable point de bascule.
- Le paradoxe énergétique congolais demeure entier : un potentiel capable d’alimenter une partie du continent africain, mais un accès à l’électricité encore limité pour une large majorité de la population.
Dans un entretien accordé conjointement à Jeune Afrique, la directrice générale de l’Autorité de Régulation du secteur de l’Électricité (ARE), Soraya Aziz-Moto, estime que le principal défi énergétique de la RDC n’est plus l’adoption de nouvelles lois, mais l’exécution effective des réformes engagées depuis plusieurs années.
Alors que la RDC dispose de l’un des plus importants potentiels hydroélectriques au monde, le pays demeure confronté à une faible couverture électrique, des infrastructures vieillissantes et des besoins massifs d’investissement.
Dans un contexte marqué par les délestages récurrents, les ambitions d’électrification nationale et les débats autour du projet Grand Inga, Soraya Aziz-Moto propose une lecture lucide des blocages structurels et des leviers de transformation du secteur électrique congolais.
À travers cet échange, la directrice générale de l’ARE défend notamment le rôle joué par son institution dans l’ouverture progressive du marché énergétique congolais aux investissements privés, depuis la libéralisation du secteur engagée en 2014.
Selon elle, le taux d’accès à l’électricité en RDC est passé d’environ 9 % en 2016 à près de 22 % aujourd’hui. Une progression qu’elle attribue à la mise en place progressive d’un cadre réglementaire destiné à attirer les investisseurs et à structurer le marché énergétique national.
« Le défi n’est plus de réformer les lois, mais d’exécuter », affirme-t-elle, estimant que l’architecture réglementaire existe désormais, mais que la mise en œuvre opérationnelle reste encore insuffisante face aux besoins du pays.
Cette réalité contraste fortement avec le potentiel énergétique exceptionnel de la RDC. Le pays dispose d’un potentiel hydroélectrique estimé à plus de 100.000 MW, dont près de 40.000 MW concentrés sur le seul site d’Inga, dans le Kongo-Central. Selon plusieurs institutions internationales, ce potentiel représente près de 13 % des réserves hydroélectriques mondiales.
À lui seul, le complexe Grand Inga pourrait devenir, à terme, la plus grande centrale hydroélectrique du monde, avec une capacité projetée dépassant 40.000 MW, soit davantage que le barrage chinois des Trois Gorges.
Mais malgré cette richesse énergétique théorique, la réalité actuelle du secteur reste marquée par un déficit structurel important. Plusieurs études indiquent que la RDC n’exploite aujourd’hui qu’une faible partie de son potentiel énergétique total.
Interrogée sur les coupures prolongées observées à Kinshasa et dans plusieurs villes du pays, Soraya Aziz-Moto évoque des problèmes structurels accumulés depuis plusieurs décennies, notamment le vieillissement des réseaux, les pertes techniques importantes et l’insuffisance des investissements dans les infrastructures.
Elle estime également que les responsabilités sont partagées entre plusieurs acteurs, y compris l’État, accusé d’accumuler lui-même des impayés de consommation électrique vis-à-vis de la Société Nationale d’Électricité.
Selon elle, le rôle du régulateur n’est pas de produire ou de distribuer l’électricité, mais de créer les conditions permettant au système énergétique de fonctionner de manière plus efficace et plus attractive pour les investisseurs.
Plusieurs experts du secteur considèrent d’ailleurs que le principal défi énergétique de la RDC ne réside plus uniquement dans la disponibilité des ressources naturelles, mais dans la capacité du pays à financer les infrastructures, moderniser les réseaux de transport et renforcer la gouvernance des opérateurs publics.
Le contraste entre le potentiel énergétique congolais et le faible niveau d’accès à l’électricité est régulièrement présenté comme l’un des paradoxes économiques majeurs du pays. Alors que la RDC ambitionne de donner accès à l’électricité à près de 80 millions de personnes d’ici 2030, la transformation effective du secteur nécessitera des investissements colossaux, une stabilité réglementaire durable et une meilleure coordination entre l’État, les partenaires techniques et les investisseurs privés.
DecryptEco
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