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Sahel : près de 90 % des violences autour des mines surviennent hors des concessions

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  • ACLED a recensé 1 185 événements de conflit à proximité de zones minières au Burkina Faso, au Mali et au Niger entre janvier 2015 et juin 2026. Près de 90 % se sont produits hors des concessions minières.

  • Cette géographie déplace une partie du coût de la sécurité vers les routes, les convois de personnel, l’approvisionnement en carburant et équipements, l’assurance et la surveillance des infrastructures situées autour des mines.

Les groupes miniers opérant dans certaines zones du Sahel renforcent leurs propres dispositifs de sécurité pour maintenir leurs activités lorsque les routes et les territoires entourant leurs mines sont exposés aux groupes armés. George McLeod, partenaire de Critical Risk Team, a décrit ces dispositifs comme de petites « armées » lors d’un entretien consacré notamment au Burkina Faso, au Mali et au Niger dans le podcast The Northern Miner.

La formule relève de son appréciation ; les données disponibles montrent surtout que le risque ne se limite pas à l’intérieur des mines.

ACLED a étudié 1 185 événements de conflit enregistrés entre janvier 2015 et le 19 juin 2026 autour de sites miniers du Burkina Faso, du Mali et du Niger.

Près de 90 % se situent hors des concessions. Pour les sites industriels, seuls 10 % des incidents recensés se produisent à moins de trois kilomètres de la mine.

Les autres concernent davantage les routes, localités, marchés et infrastructures qui permettent aux sites miniers de fonctionner.

Cette répartition explique pourquoi sécuriser uniquement l’usine, la fosse ou le camp des travailleurs ne suffit pas à protéger une exploitation.

Une mine dépend quotidiennement de l’arrivée du carburant, des explosifs, des pièces détachées, des réactifs et du personnel. Elle doit également pouvoir évacuer sa production.

Selon ACLED, les groupes armés peuvent cibler les convois, contrôler les mouvements ou perturber les routes sans attaquer directement les installations minières.

Le risque est déjà apparu dans les opérations d’entreprises internationales.

En février 2024, trois employés de B2Gold ont été tués lorsqu’un bus transportant du personnel de la mine de Fekola vers Bamako a été attaqué malgré une escorte de la gendarmerie malienne.

L’incident s’est produit à plus de 300 kilomètres du site minier et n’a pas interrompu l’extraction ou le traitement à Fekola. B2Gold avait alors indiqué travailler avec les autorités maliennes au renforcement de la sécurité sur l’itinéraire.

Fekola continue pourtant de produire à grande échelle. La mine a extrait 530 769 onces d’or en 2025 et le complexe reste l’un des principaux actifs aurifères du Mali.

B2Gold indique également réaliser des évaluations des risques sécuritaires et des droits humains dans ses opérations ; son rapport réglementaire 2026 classe l’instabilité et la sécurité parmi les risques susceptibles d’affecter ses activités au Mali.

Au Burkina Faso, la combinaison entre production minière et insécurité concerne directement les finances publiques.

Le gouvernement indique que le pays comptait 15 mines industrielles en production en 2025 et que la production totale d’or a dépassé 94 tonnes, dont environ 42 tonnes issues du secteur artisanal.

À fin septembre 2025, le ministère des Mines estimait les recettes publiques tirées du secteur à plus de 585 milliards de FCFA, tandis que les industries extractives représentaient 17,1 % du PIB selon ses estimations.

Le Burkina Faso reste en même temps fortement exposé à la violence armée. L’Institute for Economics & Peace a comptabilisé 846 décès liés au terrorisme dans le pays en 2025, contre 1 532 en 2024.

Les mines d’or concentrent une grande partie de cette exposition régionale. Dans l’échantillon d’ACLED, l’or représente 39 des 44 sites étudiés et environ 90 % des événements de violence recensés autour des zones minières. JNIM apparaît dans 42 % des événements de conflit minier-adjacent enregistrés sur la période, soit une proportion similaire à celle impliquant les forces armées des trois États étudiés.

Pour les entreprises, le coût se traduit concrètement par davantage de protection des convois, de surveillance, d’assurance, de sécurisation des approvisionnements et, plus récemment, par des investissements possibles contre les drones.

ACLED souligne également qu’un renforcement de la protection du site peut déplacer les attaques vers des travailleurs, des véhicules ou des infrastructures moins protégés. La continuité d’une mine dépend ainsi autant de la sécurité de ses accès que de celle de ses installations.

DecryptEco | RDC & Afrique

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