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BGN mène des discussions préliminaires avec des producteurs de cobalt en RDC en vue de contrats d’enlèvement, selon Reuters. Le négociant turc, historiquement actif dans l’énergie, développe depuis 2025 une activité consacrée aux métaux critiques.
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Son arrivée intervient dans un marché désormais plus administré : la RDC, qui fournit environ 70 % du cobalt mondial, limite ses exportations à 96 600 tonnes par an en 2026 et 2027 et réserve à l’Entreprise générale du cobalt la commercialisation de la production artisanale.
Le négociant turc BGN cherche à sécuriser du cobalt en République démocratique du Congo, au moment où l’accès aux volumes exportables dépend davantage des quotas fixés par Kinshasa et des accords conclus directement avec les producteurs.
Le groupe mène des discussions préliminaires avec plusieurs compagnies minières en vue de contrats d’enlèvement, selon des sources citées par Reuters. Aucun producteur n’a été identifié et aucun accord n’a encore été annoncé. BGN n’a pas répondu à la demande de commentaire de l’agence.
Un contrat d’enlèvement, ou offtake agreement, permet à un négociant de réserver à l’avance une partie de la production future d’une mine. Pour le producteur, il sécurise un débouché commercial et peut faciliter le financement. Pour l’acheteur, il garantit l’accès à des volumes déterminés sans nécessiter la propriété de l’actif minier.
BGN étend ainsi au cobalt une diversification engagée l’an dernier. Le groupe, davantage connu pour le négoce de gaz de pétrole liquéfié et de produits chimiques, a constitué une activité métaux couvrant notamment le cuivre, l’aluminium, le nickel et le cobalt.
En octobre 2025, il avait recruté l’ancienne responsable du lithium chez Trafigura, Claire Blanchelande, pour diriger cette activité. Ses équipes de négoce des métaux sont présentes à Genève, Singapour et Shanghai.
La RDC offre une concentration de volumes difficile à reproduire ailleurs. Le pays fournit environ 70 % du cobalt extrait dans le monde et abrite notamment les opérations de CMOC et Glencore, deux des principaux producteurs mondiaux. Mais les conditions de commercialisation ont changé depuis la suspension des exportations décidée en février 2025 pour réduire l’excès d’offre et soutenir les cours.
Kinshasa a depuis remplacé la suspension générale par un régime de quotas. Le plafond annuel est fixé à 96 600 tonnes pour 2026 comme pour 2027. Les exportations d’hydroxyde de cobalt transformé restent autorisées dans cette limite, tandis que les exportations de concentrés sont interdites. CMOC et Glencore disposent des allocations les plus importantes parmi les producteurs.
BGN pourrait aussi chercher des volumes en dehors des grandes mines industrielles. Une source citée par Reuters indique que le groupe pourrait être en discussion avec l’État congolais pour acheter du cobalt artisanal commercialisé par l’Entreprise générale du cobalt, EGC.
Cette éventualité n’a pas été confirmée par BGN ni par les autorités congolaises.
L’EGC occupe une position particulière dans cette filière. Le gouvernement lui reconnaît le monopole de la commercialisation du cobalt issu de l’exploitation artisanale, tandis que l’ARECOMS régule le marché des substances minérales stratégiques.
Le cobalt artisanal représenterait environ 15 % à 25 % de la production congolaise, selon les estimations rapportées par Reuters.
L’intégration de ces volumes aux chaînes d’approvisionnement internationales reste liée à leur traçabilité. L’exploitation artisanale congolaise est depuis plusieurs années exposée aux risques de travail des enfants, d’intrusions dans les concessions industrielles et de circulation de minerais hors des circuits formels.
Pour EGC, la commercialisation centralisée doit permettre de séparer des volumes traçables de ces circuits informels.
Cette filière attire déjà d’autres acheteurs. En mai, EGC, Trafigura et l’américain EVelution Energy ont signé un protocole d’accord visant à construire une chaîne d’approvisionnement de long terme entre la RDC et les États-Unis. Le projet prévoit l’expédition d’hydroxyde de cobalt congolais vers une future installation de raffinage en Arizona.
L’intérêt de BGN intervient donc dans un marché où la compétition ne porte plus uniquement sur le prix du cobalt, mais sur l’accès contractuel aux tonnes autorisées à sortir de RDC.
Pour un négociant qui construit une activité dans les métaux critiques, disposer d’un offtake congolais offrirait une source directe dans le premier bassin mondial de cobalt. Pour Kinshasa, la multiplication des acheteurs peut élargir les débouchés et réduire la concentration commerciale, sans augmenter pour autant les volumes exportables fixés par le régime de quotas.
À ce stade, BGN ne dispose d’aucun contrat rendu public en RDC. La portée de son offensive congolaise dépendra des producteurs avec lesquels le groupe parviendra à contracter, des volumes obtenus sous quotas et, éventuellement, de son accès au cobalt artisanal commercialisé par EGC.
DecryptEco | RDC & Afrique
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