Accueil Mines & Énergie Minéraux critiques : à Abidjan, les États-Unis proposent à l’Afrique une alternative au modèle chinois
Mines & Énergie

Minéraux critiques : à Abidjan, les États-Unis proposent à l’Afrique une alternative au modèle chinois

Partager
Partager
  • Pendant des décennies, l’Afrique a extrait les minerais indispensables aux grandes révolutions industrielles sans jamais capter l’essentiel de la valeur qu’ils généraient. Réunis les 9 et 10 juillet 2026 à Abidjan à l’occasion du Forum ministériel sur les minéraux critiques, les chaînes de valeur et la valorisation : les voies de la transformation de l’Afrique, gouvernements, institutions financières et investisseurs ont voulu dessiner un nouveau modèle fondé sur la transformation industrielle locale.

  • Devant des ministres africains des Mines, de l’Énergie, de l’Industrie et des Finances, des représentants de la Commission de l’Union africaine, du Secrétariat de la ZLECAf, de la Banque africaine de développement (BAD) ainsi que des investisseurs internationaux, Jeremy Wiggins, secrétaire adjoint délégué chargé de l’Investissement, de l’Énergie et des Infrastructures au département américain du Trésor, a plaidé pour une chaîne de valeur africaine capable d’offrir une alternative à la domination chinoise dans les minerais critiques.

Le cobalt extrait en République démocratique du Congo, le lithium produit en Afrique australe ou encore le graphite exploité sur le continent parcourent aujourd’hui des milliers de kilomètres avant d’être transformés en batteries, en véhicules électriques ou en semi-conducteurs. Une fois industrialisés, ces produits reviennent souvent sur les marchés africains avec une valeur plusieurs fois supérieure à celle des matières premières exportées.

C’est précisément cette mécanique que les États-Unis souhaitent voir évoluer.

À Abidjan, où la Banque africaine de développement organisait le Forum ministériel consacré aux minéraux critiques, Jeremy Wiggins a défendu une vision qui rompt avec des décennies d’économie extractive : faire de l’Afrique non plus le simple réservoir des minerais de la transition énergétique, mais un véritable pôle industriel capable de transformer ses ressources et d’intégrer les chaînes de valeur mondiales.

Le moment est stratégique. Cuivre, cobalt, lithium, manganèse, nickel ou graphite constituent désormais les matières premières les plus recherchées par les industries des batteries, des centres de données, des réseaux électriques intelligents et des véhicules électriques. Selon les estimations rappelées lors du forum, le continent africain concentre près de 30 % des réserves mondiales de minéraux critiques, alors que la plus grande partie des activités de raffinage et de transformation demeure concentrée en Asie, en particulier en Chine.

Pour Washington, la sécurisation des approvisionnements ne peut plus reposer sur un modèle où les minerais quittent l’Afrique sous forme brute avant d’être transformés ailleurs. L’administration américaine défend désormais des partenariats orientés vers les infrastructures, l’énergie, les corridors logistiques, les unités de raffinage et la montée en puissance d’un tissu industriel africain capable de créer davantage de valeur localement. Cette approche s’inscrit dans la stratégie américaine visant à diversifier les chaînes d’approvisionnement mondiales tout en réduisant leur dépendance à l’égard de la Chine.

Pour la République démocratique du Congo, premier producteur mondial de cobalt et acteur incontournable du cuivre, l’enjeu dépasse largement les performances du secteur minier. La prochaine bataille ne portera plus uniquement sur les volumes extraits, mais sur la capacité du pays à attirer des raffineries, des industries de fabrication de composants, des technologies et des capitaux capables de retenir sur son territoire une part plus importante de la richesse générée par ses ressources naturelles.

Le rendez-vous d’Abidjan aura ainsi rappelé une réalité de plus en plus évidente : dans l’économie de la transition énergétique, les pays qui s’enrichiront demain ne seront pas nécessairement ceux qui possèdent les minerais les plus convoités, mais ceux qui maîtriseront les différentes étapes de leur transformation industrielle.

DecryptEco

Partager

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *