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RDC : Lubumbashi inaugure le data center Lofoy, une nouvelle étape vers la souveraineté numérique

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  • Inauguré le 27 juin sur le campus de l’Université Nouveaux Horizons à Lubumbashi, le data center Lofoy, présenté comme un « supercalculateur », permettra de stocker et de traiter localement des données destinées à la recherche, à l’intelligence artificielle et aux applications industrielles.

  • Deux ans après l’arrivée des premiers grands data centers commerciaux à Kinshasa, cette infrastructure confirme l’émergence d’un nouvel enjeu économique en RDC : produire, héberger et exploiter les données sur le territoire national plutôt que de les envoyer à l’étranger.

Pendant longtemps, la République démocratique du Congo a exporté bien plus que ses minerais. Ses données aussi quittaient le pays. Qu’il s’agisse de recherches universitaires, de services numériques ou d’applications d’entreprises, une grande partie des informations produites en RDC était traitée sur des serveurs installés en Europe, en Afrique du Sud ou au Moyen-Orient. Une dépendance devenue problématique à mesure que les données prennent une place centrale dans l’économie mondiale.

L’inauguration du data center Lofoy, samedi 27 juin à Lubumbashi, traduit la volonté de commencer à inverser cette tendance.

Portée par l’Université Nouveaux Horizons, cette infrastructure de calcul intensif est destinée aux chercheurs, aux laboratoires, aux entreprises et aux institutions qui manipulent de grands volumes de données. Le centre, surnommé « supercalculateur », comprend une trentaine de serveurs et une capacité de calcul adaptée aux applications d’intelligence artificielle, de modélisation scientifique et d’analyse de données massives.

Lofoy n’arrive pas sur un terrain vierge. Depuis 2024, le paysage numérique congolais connaît une accélération.

En mai 2024, le groupe panafricain Raxio a inauguré à Kinshasa le premier data center commercial Tier III de la RDC, fruit d’un investissement de 30 millions de dollars. L’infrastructure, conçue pour les banques, les opérateurs télécoms, les fournisseurs cloud et les grandes entreprises, peut accueillir jusqu’à 400 baies informatiques et dispose d’une puissance informatique de 1,5 MW. Elle constitue aujourd’hui l’une des principales infrastructures d’hébergement de données du pays.

Quelques mois auparavant, Open Access Data Centres (OADC) avait également ouvert son premier centre de données à Kinshasa, au sein de Silikin Village, avec l’ambition de développer un point d’interconnexion numérique local et de rapprocher les contenus des utilisateurs congolais. Cette implantation répondait déjà à un objectif simple : réduire la dépendance vis-à-vis des infrastructures étrangères et améliorer les performances des services numériques.

Lofoy poursuit cette dynamique, mais avec une spécialisation différente. Là où Raxio et OADC répondent principalement aux besoins du marché, le nouveau data center de Lubumbashi cible la recherche scientifique et le calcul haute performance. Les universités pourront entraîner des modèles d’intelligence artificielle, analyser des images satellitaires, traiter des données géologiques ou développer des projets autour des langues nationales sans devoir transférer leurs bases de données hors du pays.

L’industrie minière pourrait également y trouver un intérêt stratégique. Les compagnies exploitant le cuivre ou le cobalt génèrent quotidiennement d’importants volumes de données géologiques, environnementales et opérationnelles. Pouvoir les traiter localement réduit les délais, améliore la confidentialité des informations et ouvre la voie à des applications avancées de l’intelligence artificielle dans l’exploration et l’optimisation de la production.

Cette évolution s’inscrit dans une transformation plus large. Les data centers sont devenus des infrastructures critiques de l’économie numérique, au même titre que les réseaux électriques, les ports ou les autoroutes. Ils conditionnent le développement du cloud, de la cybersécurité, de la finance numérique et, désormais, de l’intelligence artificielle.

Pour la RDC, le défi consiste désormais à transformer ces investissements en un véritable écosystème. Les infrastructures existent progressivement ; il reste à attirer les entreprises technologiques, les laboratoires de recherche, les startups et les fournisseurs de services numériques capables de créer de la valeur autour de ces capacités de calcul.

Longtemps, la richesse du pays s’est mesurée à ce qui sortait de son sous-sol. Avec Lofoy, une autre ressource commence à prendre de la valeur : la donnée. Et dans l’économie numérique mondiale, c’est souvent celui qui maîtrise ses données qui maîtrise aussi une partie de sa croissance.

DecryptEco

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