Accueil Marchés Or et argent : derrière le calme des cours, la grande purge des métaux précieux n’est peut-être pas terminée
Marchés

Or et argent : derrière le calme des cours, la grande purge des métaux précieux n’est peut-être pas terminée

Partager
Partager
  • L’or évolue de nouveau au contact des 4 100 dollars l’once et l’argent reste proche de 60 dollars, mais l’apparente stabilisation masque une pression vendeuse encore profonde. En juin, les ETF mondiaux adossés à l’or ont perdu 74 tonnes d’encours, l’équivalent de 8,9 milliards de dollars de sorties, tandis que CPM Group estime que le marché pourrait encore chercher plus bas.

  • La correction dessine surtout une fracture inhabituelle : les investisseurs réduisent leur exposition au moment même où certaines banques centrales continuent d’accumuler. La Chine vient ainsi de signer son plus important achat mensuel d’or depuis 2023. Le marché ne manque pas d’acheteurs ; il change de mains.

L’or tient encore 4 100 dollars. Ce seuil rassure. Peut-être trop.

Après l’une de ses corrections les plus violentes depuis la crise financière mondiale, le métal jaune donne l’impression d’avoir retrouvé un plancher. Vendredi, il évoluait autour de 4 102 dollars l’once. L’argent, lui, restait voisin de 60 dollars. Deux niveaux encore spectaculaires à l’échelle historique, mais qui masquent une mécanique beaucoup moins confortable : la liquidation n’a pas nécessairement épuisé sa force.

C’est la lecture défendue par Jeffrey Christian, fondateur de CPM Group. Son scénario n’annonce pas l’effondrement des métaux précieux ; il décrit une purge encore inachevée. L’or continue de tester la zone des 4 000 à 4 100 dollars et pourrait, selon les analyses récentes du groupe, glisser vers 3 800 dollars au cours des prochains mois. Pour l’argent, un retour vers 55 dollars reste plausible. L’idée d’un plongeon jusqu’à 40 ou 45 dollars convainc toutefois beaucoup moins CPM Group.

Le vrai signal vient des flux. En juin, les fonds cotés adossés à l’or (ETF) ont subi 8,9 milliards de dollars de retraits, signe qu’une partie du capital financier a choisi de réduire son exposition au métal jaune. Leurs avoirs ont fondu de 74 tonnes, à 4 047 tonnes. L’Amérique du Nord a mené le reflux, mais aucune grande région n’y a échappé. Ce n’est plus un simple accès de volatilité : une partie du capital financier a choisi de sortir.

La violence du mouvement le confirme. L’or au comptant a perdu 11,65 % en juin, sa plus forte baisse mensuelle depuis octobre 2008. Dans le même temps, la remontée du pétrole liée aux tensions entre les États-Unis et l’Iran nourrit les craintes inflationnistes et ravive la perspective de taux américains durablement élevés. Pour un actif qui ne verse aucun rendement, le coût d’opportunité redevient brutal.

Et pourtant, au cœur même de la correction, Pékin achète.

La Banque populaire de Chine a ajouté 480 000 onces à ses réserves en juin, près de 15 tonnes en un mois. Il s’agit de sa plus forte acquisition mensuelle depuis octobre 2023 et de son vingtième mois consécutif d’accumulation. Ses avoirs atteignent désormais 75,44 millions d’onces. Le contraste est saisissant : tandis que les ETF dégarnissent leurs coffres, une grande banque centrale renforce les siens.

C’est peut-être là que se joue la véritable histoire du marché. L’or ne traverse pas seulement une correction de prix ; il connaît un transfert de conviction. Les capitaux les plus sensibles aux taux, au dollar et à la performance immédiate vendent. Des acheteurs stratégiques, eux, profitent de la baisse pour consolider des réserves pensées sur plusieurs années.

L’argent reste pris dans la même tempête, avec une nervosité supérieure. Son exposition à la fois monétaire et industrielle amplifie les mouvements, tandis que le platine et le palladium subissent la faiblesse de la demande automobile et un environnement moins porteur.

Le marché des métaux précieux entre ainsi dans une phase où les records passés ne protègent plus personne. La baisse peut encore mordre. Mais derrière les écrans, une recomposition plus silencieuse est déjà à l’œuvre : l’or vendu par les investisseurs pressés trouve face à lui des acheteurs qui raisonnent en décennies.

La correction n’a peut-être pas dit son dernier mot. La bataille pour la propriété du métal, elle, a déjà commencé.

DecryptEco

Partager

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *