En Tanzanie, les banques ont fortement réorienté leurs financements en un an. C’est ce qu’indique le tableau 2.2.2 de la Banque de Tanzanie, contenu dans sa note d’analyse du secteur, qui retrace l’évolution annuelle du crédit accordé à plusieurs secteurs entre février 2025 et février 2026.
Le document ne donne pas le volume total en valeur absolue. Il mesure les rythmes de progression, en pourcentage, par secteur.
Le mouvement le plus spectaculaire concerne les mines et carrières. Après une contraction de 28,2 % en février 2025, puis encore de 10,5 % en avril 2025, le crédit bondit à 91,1 % en décembre 2025, avant d’atteindre 103,9 % en février 2026. Cela traduit un basculement majeur du financement bancaire vers les activités extractives.
Le commerce suit la même tendance, avec une hausse de 5,8 % à 48,7 % sur la période.
Le transport et la communication progressent également, passant de 14,5 % à 39,4 %. L’agriculture reste solide à 31,9 % en février 2026, même si elle ralentit par rapport aux 37,2 % observés un an plus tôt. La construction demeure bien orientée à 28,1 %, tandis que le crédit personnel atteint 18,9 %.
Le point de fragilité se situe dans l’industrie manufacturière. Après une croissance de 16,9 % en février 2025, le secteur bascule en territoire négatif à -8,5 % en février 2026. Autrement dit, les banques financent davantage les secteurs à rotation rapide ou à forte rentabilité perçue, au détriment de la transformation industrielle.
Cette dynamique pose en filigrane la question de la capacité d’absorption de l’économie. Une expansion aussi rapide du crédit dans les secteurs extractifs et commerciaux suppose que les projets financés puissent être exécutés efficacement et trouver des débouchés suffisants.
À défaut, des déséquilibres peuvent apparaître, notamment sous forme de surinvestissement ou de tensions sur la qualité des portefeuilles bancaires.
À l’inverse, si ces flux sont bien orientés, ils peuvent générer des effets d’entraînement vers le transport, les services et certaines activités locales, sans toutefois compenser pleinement la faiblesse persistante du financement industriel.
Cette photographie du crédit dessine donc une économie tanzanienne portée par les mines, le commerce et les services, mais où l’appareil productif industriel peine à attirer les financements bancaires. C’est un signal important pour la qualité future de la croissance.
DecryptEco
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