En République démocratique du Congo, le gouvernement a engagé depuis janvier 2026 un processus de nettoyage en profondeur du fichier de paie du secteur de l’éducation, un outil central pour le paiement des enseignants et la gestion de la prime de gratuité de l’enseignement primaire. Cette opération, conduite en interne par la DINACOPE, intervient dans un contexte marqué par des soupçons d’irrégularités administratives, techniques et financières affectant la fiabilité des rémunérations. Elle vient en appui à un audit gouvernemental plus large en cours.
Les premières conclusions présentées lors de la 85ᵉ réunion du Conseil des ministres du 3 avril 2026 révèlent l’ampleur des dysfonctionnements.
En mars, le fichier de paie comptait 700 249 agents, dont 624 081 enseignants répartis entre le maternel, le primaire et le secondaire. Mais derrière ces chiffres, plusieurs anomalies ont été identifiées.
D’abord, une ponction irrégulière sur la prime de gratuité a touché 32 732 enseignants du primaire en janvier 2026. Cette situation a été corrigée dès février, avec une régularisation effective. Toutefois, des problèmes persistent : 788 enseignants du primaire restent non payés pour cette prime en mars, tandis que 33 938 enseignants du sous-primaire continuent de subir des sous-paiements.
Ensuite, des paiements injustifiés ont été mis en évidence. Au total, 618 agents ont perçu la prime de gratuité de manière indue, dont 470 enseignants des niveaux maternel et secondaire, pourtant non éligibles, ainsi que 148 agents administratifs. Ces erreurs traduisent des failles dans le ciblage et le contrôle des bénéficiaires.
Ces dysfonctionnements ne sont pas anodins. La prime de gratuité constitue un pilier de la politique éducative, destinée à soutenir les enseignants dans le cadre de la gratuité de l’enseignement primaire. Sa mauvaise gestion affecte directement les revenus des bénéficiaires légitimes et fragilise la crédibilité de l’action publique.
Pour y remédier, le gouvernement a engagé des mesures immédiates : suspension des pratiques irrégulières, renforcement des contrôles, et lancement de procédures administratives et disciplinaires.
L’objectif est de sécuriser durablement le fichier de paie, éviter les détournements et garantir que les ressources publiques atteignent effectivement leurs destinataires.
Au-delà des corrections techniques, cet assainissement vise un enjeu plus large : restaurer la confiance dans la gestion du système éducatif et assurer une utilisation transparente des finances publiques dans un secteur à forte portée sociale.
DecryptEco
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