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Un recul révélateur des défis structurels qui freinent encore la transformation agricole africaine
L’agriculture africaine continue de perdre du terrain dans la création de richesse du continent. Selon les dernières données publiées par la Banque africaine de développement (BAD), la contribution du secteur agricole au produit intérieur brut (PIB) africain est tombée à 17 % en 2025, contre 18 % en 2020. Une évolution qui illustre à la fois la transformation progressive des économies africaines et les difficultés persistantes auxquelles le secteur reste confronté.
Ce recul intervient alors même que l’agriculture demeure le principal moyen de subsistance de centaines de millions d’Africains. Dans de nombreux pays du continent, le secteur emploie encore plus de la moitié de la population active et constitue un pilier essentiel de la sécurité alimentaire. Pourtant, sa contribution à la richesse produite reste limitée par une faible productivité, des infrastructures insuffisantes et une vulnérabilité croissante aux chocs climatiques.
La BAD souligne que les rendements céréaliers africains stagnent autour de 1,68 tonne par hectare, soit moins de la moitié de la moyenne mondiale estimée à 4,2 tonnes par hectare. Cette situation reflète le retard accumulé dans l’irrigation, la mécanisation, l’accès aux intrants agricoles et la modernisation des chaînes de valeur.
Le paradoxe africain reste frappant. Le continent dispose d’environ 65 % des terres arables non exploitées de la planète, mais continue d’importer près de 70 milliards de dollars de produits alimentaires chaque année. Cette dépendance expose les pays africains aux fluctuations des marchés internationaux et aux perturbations des chaînes d’approvisionnement mondiales.
Les défis sécuritaires aggravent également la situation. Les conflits au Sahel, au Soudan ainsi que dans certaines régions des Grands Lacs perturbent les activités agricoles, déplacent les populations rurales et fragilisent les systèmes alimentaires. À cela s’ajoutent les sécheresses, les inondations et les phénomènes climatiques extrêmes qui affectent de plus en plus les rendements agricoles.
Selon les estimations citées par la BAD, près de 307 millions d’Africains souffrent aujourd’hui de la faim ou de la sous-alimentation. Plus préoccupant encore, l’Afrique pourrait représenter près de 60 % de la population mondiale exposée à la faim chronique d’ici 2030 si les tendances actuelles se poursuivent.
Face à cette situation, plusieurs initiatives continentales tentent d’accélérer la transformation du secteur. Le Programme détaillé pour le développement de l’agriculture africaine (PDDAA/CAADP) encourage les États à consacrer au moins 10 % de leurs budgets nationaux à l’agriculture. Parallèlement, des programmes soutenus par la Banque mondiale et d’autres partenaires internationaux misent sur l’agriculture intelligente face au climat, la digitalisation des exploitations et l’amélioration de l’accès au financement rural.
Pour la République démocratique du Congo, cette évolution constitue à la fois un avertissement et une opportunité. Avec plus de 80 millions d’hectares de terres arables et des ressources hydriques parmi les plus importantes du continent, le pays dispose d’un potentiel agricole exceptionnel encore largement sous-exploité. Dans un contexte où la diversification économique devient une priorité stratégique, l’agriculture pourrait jouer un rôle central dans la création d’emplois, la réduction des importations alimentaires et l’amélioration de la sécurité alimentaire nationale.
Au-delà des chiffres, la baisse de la part de l’agriculture dans le PIB africain rappelle une réalité fondamentale : le continent ne manque pas de ressources agricoles, mais d’investissements, d’infrastructures et de gains de productivité capables de transformer ce potentiel en croissance durable. Les prochaines années seront déterminantes pour savoir si l’Afrique peut convertir son immense capital foncier en véritable moteur de développement économique.
DecryptEco
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